AU FIL DES HOMELIES

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VIVRE SOUS LE REGARD DE DIEU

Jr 33, 14-22

(15 décembre 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

a faute essentielle de l'homme, c'est sa distraction ... C'est parce qu'il s'est laissé distraire de la présence de Dieu au premier Jour de la création que le mal, le péché et la mort sont entrés dans son cœur et dans sa vie. Et ceci n'est pas simplement caractéristique du premier péché, c'est notre état de pécheurs qui, encore aujourd'hui, en porte la marque. Les chrétiens d'aujourd'hui sont des grands distraits. C'est d'ailleurs sûrement pour cela qu'ils parlent et qu'ils vivent de façon si abstraite."

        Dans la prière au début de cette messe, nous demandions au Seigneur de "regarder avec bonté l'œuvre de sa miséricorde." Nous nous permettons donc de rappeler Dieu à l'ordre comme si nous pensions qu'Il était distrait de l'œuvre qu'Il a accomplie et qu'Il continue d'accomplir. Mais ceci nous amène à lui demander de regarder nous-mêmes avec un oeil bon l'œuvre de sa miséricorde, c'est-à-dire à nous soustraire à nos distractions pour ramener notre regard à l'essentiel c'est-à-dire à l'œuvre que sa miséricorde accomplit en nous. C'est d'ailleurs cela qui a été le message essentiel de ces prophètes dont nous lisons les oracles pendant ce temps de l'Avent. Ainsi le bref passage de Jérémie qui rappelle que "Dieu est aussi fidèle à l'homme que le jour à la nuit." Fidélité inaltérable, fidélité essentielle sans laquelle il n'y aurait pas de vie.

       La fidélité de Dieu est antérieure à notre connaissance de cette fidélité de Dieu L'œuvre de sa miséricorde et de son salut nous est totalement et définitivement donnée avant même que nous puissions ouvrir les yeux de notre cœur et de notre esprit sur cette œuvre accomplie. Dieu est fidèle comme le jour est fidèle à la nuit. Dieu est fidèle à sa création première et c'est à cause de cette fidélité qu'Il ne cesse, dans sa miséricorde, de la recréer. C'est cela le présent de Dieu. Si Dieu n'était pas présent à ce que nous sommes, il n'y aurait pas aujourd'hui de présent. C'est pourquoi, alors que va bientôt s'achever ce temps de l'Avent, ne faudrait-il pas que nous entrions dans le regard que Dieu porte avec bonté sur l'œuvre que sa miséricorde a accomplie en chacun de nous ? Et si nous abandonnions un instant notre façon de voir le monde et les autres et nous-mêmes, façon si souvent distrayante, pour rejoindre la façon dont Dieu, Lui, nous regarde. Ce regard qui nous façonne de nouveau à l'image de sa bonté et pour une œuvre de miséricorde.

       Que viendrez-vous célébrer à Noël si ce n'est Celui dont vous avez découvert le salut, maintenant dans votre vie ? Que viendrez-vous célébrer à Noël si ce n'est votre joie et votre allégresse d'avoir découvert que Dieu vous a sauvés ? Mais pour cela, il faut que votre regard se porte et s'arrête sur votre propre vie, sur votre vie intérieure sur ce que, depuis des années ou des jours, Dieu fait en vous, sur ce qu'Il tisse, sur ce qu'Il brode, sur ce qu'Il noue et sur ce qu'Il dénoue. Autrement, la fête de Noël serait extérieure et ne serait qu'extérieure même célébrée liturgiquement. Alors que notre cœur se prépare à Noël en reconnaissant, avec lucidité, avec vérité, que Dieu est présent en nous d'une présence qui est la fécondité de sa fidélité, d'une présence qui est comme le jour à la nuit c'est-à-dire qu'elle nous découvre à nous-même, qu'elle nous découvre à son salut, à sa tendresse, à son pardon.

       Lorsque nous parcourons rapidement les grandes figures de l'Ancien Testament, depuis Noé jusqu'à Jean-Baptiste, que découvrons-nous ? Que ce sont des hommes qui, par leur vie, ont découvert la présence d'un Dieu qui sauve parce qu'Il est fidèle et d'une fidélité affectueuse qui appelle à l'aimer sans peur et à L'adorer sans crainte c'est-à-dire qui appelle à passer du paganisme à la religion véritable.

       Que l'eucharistie que nous célébrons et qui est l'œuvre de la miséricorde du Christ et de Dieu ouvre nos yeux sur ce qu'Il accomplit, aujourd'hui comme hier, en nous. Que nous arrivions à la nuit de Noël, les yeux fatigués d'avoir passé notre temps à scruter Celui qui est. Que nous arrivions la nuit de Noël le regard usé d'avoir attendu Dieu parce que nous aurons découvert, avec profondeur, combien Lui-même use son regard à cette œuvre de bonté, a cette miséricorde et que ce regard appelle notre regard jusqu'à l'usure de celui-ci. Et puissions-nous, au jour de notre mort, faire en sorte que nos yeux ne se ferment pas de fatigue ou de lourdeur, mais justement de s'être usés à chercher la face du Seigneur.

       AMEN

 

 
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