AU FIL DES HOMELIES

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L'ASTRE, LA LAMPE ET LA LUMIÈRE

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Mardi de la troisième semaine de l'Avent

(16 décembre 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saulieu : église Saint Andoche
Balaam et l'ange

F

rères et sœurs, les deux textes que nous venons d'entendre ne sont pas très connus ni très souvent lus. Il y a d'abord ce très vieil oracle du livre des Nombres, un des plus anciens textes sans doute de la Bible, dans lequel nous voyons un prophète très ancien, bien avant le roi David, bien avant les prophètes que sont Isaïe et Jérémie, bien avant Élie lui-même, Balaam, un homme qui parle au nom de Dieu. Vous vous souvenez sans doute de l'histoire de l'ânesse de Balaam, car il a voulu échapper à la mission qui Dieu lui confiait, parce qu'il était payé par le roi de Moab, l'ennemi des juifs, pour prophétiser en faveur de ce roi. Balaam qui essayait d'échapper ainsi à la mission que Dieu lui envoyait et qui voulait fuir, a été remis dans le droit chemin pas son ânesse qui a refusé le chemin de la fuite et qui l'a conduit vers sa mission.

Ce prophète qui n'est donc pas un saint et qui obéit à contrecœur à l'inspiration divine, manifeste cependant ce que Dieu veut dire et malgré qu'il ait été payé par le roi de Moab pour dire du mal d'Israël. Il clame d'une manière encore tout à fait lointaine et sans comprendre pleinement ce qu'il dit, bien sûr, il proclame "que les tentes d'Israël sont belles, comme des jardins au bord d'un fleuve", et surtout, que dans la descendance d'Israël, va grandir "un héros qui sera comme un astre, comme un lumière, une étoile, issue de Jacob, comme un sceptre pour être le roi d'Israël".

C'est sans doute la première annonce d'un Messie, d'un roi qui par sa mission dépassera ce que l'histoire nous permet de pressentir, ce que l'histoire des rivalités entre le peuple de Moab et celui d'Israël. C'est la plus ancienne annonce sans doute de ce roi sauveur qui naîtra en Israël.

Curieusement, ce texte très ancien utilise une image semblable à l'oracle que nous lisons dans l'évangile de saint Jean. En effet, que nous est-il dit dans l'évangile de saint Jean à propos de Jean-Baptiste ? Il nous est dit qu'il était comme une lampe qui précède la lumière. Comme dans la nuit finissante, on est obligé d'allumer une bougie pour y voir clair avant que l'aurore ne se lève, ainsi Jean-Baptiste a été comme une lampe qui annonce la lumière de l'aurore et l'aurore c'est Jésus lui-même qui revendique pour lui ces titres. Ainsi se recoupent ces paroles de Jésus avec l'annonce de Balaam qui annonçait un astre, une lumière qui se lève dans un lointain futur, et cette lumière qui devait se lever comme un astre, c'est le Messie, et Jésus en nous disant qu'il est l'aurore, qu'Il est la lumière que Jean-Baptiste a seulement annoncé, comme une lampe précédant le lever du soleil, Jésus affirme donc qu'Il accomplit ces vieux oracles qui annonçaient ainsi la venue d'une lumière. C'est d'ailleurs ce que l'évangéliste affirme dans le prologue de son évangile, où il nous dit : "Le Verbe était la lumière, la vraie lumière, celle qui éclaire tout homme. Jean-Baptiste lui n'était que celui qui annonce la lumière. Il venait rendre témoignage à la lumière" comme cette bougie qui n'a de sens que parce que bientôt va se lever le jour. "Il rendait témoignage à la lumière afin que tous croient en Lui. Il n'était pas la lumière, la vraie lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres n'ont pas pu se saisir d'elle".

Voici donc que le Christ vient comme une lumière, qu'est-ce à dire sinon que la lumière nous permet de voir ce que la nuit cachait à nos yeux ? Ce que la flamme vacillante de la bougie de Jean-Baptiste a simplement permis de pressentir, ce que Balaam ne faisait lui aussi que pressentir d'une façon très lointaine, voilà que Jésus comme lumière va nous le faire découvrir, Il est celui qui révèle. Que nous révèle-t-Il ? Il nous révèle le mystère, le secret de Dieu. "Dieu personne ne l'a jamais vu". Pour nous, parler de Dieu, c'est comme marcher à tâtons dans la nuit vers quelque chose qui nous échappe. "Dieu, personne ne l'a jamais vu mais le Fils unique, le Verbe, précisément parce qu'Il est la lumière, Lui qui repose dans le sein du Père, nous l'a fait connaître, nous l'a révélé, nous l'a dévoilé". La première raison d'être de la venue du Christ sur terre, c'est de nous révéler le mystère du Père, ensuite, ce sera de nous y faire participer, et par le mystère de sa Pâque, de nous rendre malgré nos fautes et malgré nos péchés, capables à travers le pardon de Dieu, d'entrer dans ce mystère, d'y participer, d'y trouver notre bonheur, mais la première fonction du Christ, c'est de nous révéler ce mystère, ce mystère de Dieu que l'humanité cherche depuis toujours sans parvenir à l'étreindre, ce mystère de Dieu qui est le mystère de notre propre vie puisque nous sommes appelés à partager la vie de Dieu, à y trouver notre plénitude, notre joie, notre bonheur éternel.

Frères et sœurs, pendant ce temps de l'Avent où nous nous approchons du Christ qui est venu, du Christ qui vient et ne cesse de venir, du Christ qui reviendra à la fin des temps. Pendant ce temps de l'Avent, laissons-nous illuminer par cette lumière, que nous puissions découvrir l'amour infini de Dieu pour nous, qui veut se faire connaître de nous pour que nous entrions dans son mystère et dans sa joie.

 

AMEN


 

 
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