AU FIL DES HOMELIES

Photos

JEAN EST VENU DANS LA VOIX DE LA JUSTICE

Ba 4, 27-5, 9 ; Mt 21, 28-32

Mardi de la troisième semaine d'Avent – B

(15 décembre 981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

 

ean est venu dans la voie de la justice". Jean est précisément cet homme envoyé par Dieu pour nous dire où est le Royaume, qui est le Royaume, le Christ du Seigneur. "Il est venu dans la voie de la justice", c'est-à-dire qu'il est venu pour montrer là où devait aboutir l'Ancienne Alliance. Il est venu pour montrer que tout ce qui avait été donné en Abraham, en Moïse, en David et dans les Prophètes n'était pas une sorte de tout fermé sur lui-même qui s'achevait dans sa propre histoire et dans l'état d'Israël tel qu'il était à l'époque du Christ, mais qu'au contraire la justice c'était précisément que soit rétabli, en toute vérité et dans toute son extension, le véritable rapport entre Dieu et l'homme.

Car la justice n'est pas autre chose, la justice c'est que nous ne serons jamais en règle et en justice, au sens humain du terme avec Dieu. La justice que Jean-Baptiste est venu apporter, c'est cette justice qui dépasse tous nos calculs, toutes nos mesures et toutes nos prévisions concernant notre relation avec Dieu et notre comportement avec Lui. La justice c'est le fait que, même si nous sommes pauvres, misérables, pécheurs, quand nous sommes sauvés, nous sommes réajustés, réadaptés à l'amour infini et à la miséricorde infinie de Dieu.

C'est pourquoi cette parabole des deux fils convient si bien. En effet, le fils qui ne se reconnaît pas comme doué ou adapté ou même simplement parce qu'il est trop paresseux, pour travailler à la vigne de son Père, ne connaît pas, ou plus exactement dans un premier mouvement il méconnaît le dessein d'amour de son Père sur lui. Mais au moment même où il est plongé dans le péché de son refus, il se rend compte de ce qu'il n'y a pas de proportion entre l'état où il est et la miséricorde de Dieu, et que, au fond, qu'il ait dit oui ou non cela n'avait plus tellement d'importance parce qu'à ce moment-là, il sent que s'il va à la vigne, ce n'est pas de son propre chef, ce n'est pas pour être juste d'une justice tout humaine, ce n'est pas pour être en règle avec Dieu mais c'est simplement parce qu'il est touché par l'infinie miséricorde de Dieu qui l'appelait à quelque chose qu'il n'avait pas réalisé au premier moment.

C'est le type même de ceux que Jésus dit être après les prostituées et les pécheurs, c'est-à-dire eux qui dans un premier moment refusent le plan de Dieu sur eux, refusent de vivre le mieux possible leur humanité et qui, au moment même où ils se rendent compte de l'échec qui pèse sur leur vie, voient en même temps l'infini de la tendresse de Dieu s'ouvrir à eux. A ce moment-là, ils comprennent le véritable sens de la justice. Effectivement, il n'y a pas de proportion entre leur désir et ce que Dieu leur propose et veut leur donner.

Tandis que le fils qui dans un premier mouvement, comme le pharisien, réalise très bien ce que peut être le dessein de Dieu, celui qui pressent que Dieu l'aime et s'intéresse à lui, et qui ensuite ne veut pas aller travailler à la vigne, refuse de mettre la main à la pâte, c'est celui qui a eu peut-être le pressentiment de cette profondeur de l'amour de Dieu pour lui, mais qui a durci son cœur, qui n'y a pas cru. Peut-être simplement parce qu'il pensait qu'après tout, c'était normal qu'étant créé il soit pour Dieu, et que de même qu'il se mettait en règle avec Dieu, il pensait qu'il suffisait que Dieu se mette en règle avec lui. Même s'il n'avait pas fait grand-chose, il méritait toujours quelque chose. Dans ce cas-là lui avait échappé la disproportion profonde entre l'infini de l'amour du Père qui l'appelait à travailler dans une vigne dont il n'était pas digne et d'autre part il avait sans doute surestimé la manière dont il fallait concevoir son rapport avec Dieu.

Au moment même où nous nous préparons avec Jean-Baptiste à la grâce de Noël, sachons à la fois reconnaître la vérité de notre péché au fond de nos cœurs et l'aspect absolument immérité de cet amour qui vient à nous. Si l'amour de Dieu n'est pas pure grâce, si nous le caricaturons de telle sorte qu'il devienne une sorte du dû dans notre cœur, alors, nous risquons fort de ne jamais entrer dans la vigne du Seigneur.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public