AU FIL DES HOMELIES

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GÉNÉALOGIE DU CHRIST

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Mardi de la troisième semaine de l'Avent – C

(18 décembre 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Q

 

uel peut bien être le sens d'un tel texte ? Qu'est-ce que cela veut dire de comptabiliser des générations au long de près de deux mille ans d'histoire, pour notre conscience moderne ? Qu'est-ce que cela veut dire de s'occuper d'un arbre généalogique, de gens tout à fait anciens dont certains sont connus et d'autres complètement ignorés ?

C'est très important de lire aujourd'hui cette généalogie, car il ne s'agit pas de compter des gens, il ne s'agit pas de faire des sciences exactes pour savoir si tout cela est absolument conforme à l'histoire. Des sciences exactes, cela ne nourrit pas beaucoup ni le cœur ni l'espoir de l'homme, car elles ne sont qu'exactes c'est-à-dire qu'il n'y a rien d'autre à dire. Le sens de la lecture de la généalogie de Jésus dans saint Matthieu c'est de nous faire prendre l'exacte mesure de la véritable dimension de l'histoire, et spécialement de l'histoire qui a précédé la venue du Christ que nous préparons à célébrer, toujours dans l'histoire, et c'est la même histoire.

Pour prendre la mesure de cette histoire, il faut repenser à ce qu'a proclamé la vierge Marie au moment où elle portait dans son corps Celui dont il est question, le Christ. Elle s'est exclamée : "Sa miséricorde s'étend d'âge en âge, de génération en génération !" Et proclamer cette généalogie c'est simplement recevoir de Dieu sa miséricorde. C'est simplement professer qu'au long de l'histoire, depuis Abraham jusqu'au Christ, Dieu a exercé sa miséricorde pour tous les hommes de chaque génération, de chaque étape du développement de l'histoire.

Nous le professons, nous le croyons : "Dieu est amour !" Dieu est puissance d'amour. Or cette puissance d'amour de Dieu a été mise en échec par la puissance du mal et du péché de l'homme, lorsque celui-ci se fait complice du mal. Et devant cet échec, mis par l'homme à son amour, Dieu a inventé la miséricorde. Dieu a inventé dans son cœur ce sentiment qui l'a fait pencher sur la misère du cœur de l'homme. Et tous ces gens que nous venons d'évoquer n'ont pas tous été des saints, loin de là, mais ce n'est pas le propos. C'est que tous ces gens ont été l'objet de la miséricorde de Dieu, et la plupart du temps à cause même de leur péché, à cause même de leur infidélité, à cause même de leur refus de Dieu. La généalogie c'est un hymne à la miséricorde de Dieu, à sa fidélité jamais reprise, pour un peuple qu'Il avait élu, mais qui n'a jamais vécu parfaitement cette élection, pour un peuple élu et aimé de Dieu mais qui n'avait de cesse d'élire d'autres dieux pour les aimer et se donner à eux. C'est toute cette immense histoire de l'idolâtrie d'Israël, de sa recherche d'autres consolations que celle qui venait de Dieu, de consolations terrestres, matérielles, militaires ou autres, comme si l'unique consolation de Dieu, sa miséricorde, ne leur suffisait pas.

Nous sommes invités par cet évangile à retrouver, de façon nouvelle et de façon profonde, cette longue histoire de la miséricorde de Dieu pour le péché de l'homme. Mais il ne suffit pas, même si cela fait partie de notre foi, de rappeler ces événements passés. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas passés. Ce qui s'est déroulé au cours de ces générations se déroule encore aujourd'hui dans nos générations, dans notre génération. Quelqu'un me disait hier soir : "C'est fou ce que nous autres chrétiens, nous sommes encore de l'Ancien Testament !" voulant dire que peut-être, nous qui avons reçu la grâce de la paix et du salut en Christ, nous vivons encore avant le Christ, comme s'Il n'était pas encore venu s'incarner dans la vierge Marie et comme s'Il ne continuait pas à s'incarner dans la chair de l'Église qui est notre propre vie.

En cette période de préparation à Noël, il nous faut chanter cette miséricorde de Dieu qui s'est étendue d'âge en âge, avant la venue du Christ, mais il faut chanter et célébrer la miséricorde de Dieu qui s'étend encore d'âge en âge aujourd'hui et qui s'étend d'année en année dans votre vie personnelle. Alors je vous propose de reprendre ce texte, ce soir, aujourd'hui, demain, après-demain, de le relire non pas uniquement au plan historique, mais de le relire comme un support pour découvrir dans votre vie, depuis dix ans, vingt ans ou quatre-vingt dix ans, peu importe, l'action miséricordieuse de Dieu qui permet que, petit a petit, cette naissance du Christ vienne en vous, qui permet que, petit à petit, vous soyez réellement sauvés, et pas simplement élus. Car ces générations de l'Ancien Testament étaient élues par l'amour et la tendresse de Dieu, mais nous nous sommes des générations élues et sauvées, des générations où l'élection a pris toute son intensité de réalisation car les Écritures sont accomplies, car tout ce que l'Ancien Testament a préparé est accompli en la personne de Jésus-Christ qui rassemble toute cette attente, tout ce salut espéré. Maintenant le salut n'est plus espéré : il est donné, et Dieu attend simplement, dans son attente, dans son Avent, que l'événement de la naissance du Christ se réalise en vous, que vous laissiez dans votre cœur, cette part la plus grande possible de pauvreté, d'espérance, de désir, à cette place à la miséricorde de Dieu. Autrement, voyez-vous, ce Noël en sera peut-être un de plus dans une génération en plus, une année de plus, mais si ce Noël n'est pas du salut en plus, non pas en quantité mais dans la qualité même de votre vie spirituelle et humaine, si ce n'est pas cela, mais alors, qui sommes-nous ? Et que faisons-nous ?

Oui, la miséricorde de Dieu s'étend de génération en génération, et pour aujourd'hui, et pour notre génération, dans la vie de l'Église et de l'humanité, avec l'âge que nous avons. Ouvrons notre cœur et essayons de reprendre la mesure réelle, mais nous ne le pourrons pas, car la miséricorde de Dieu est sans mesure pour essayer de reprendre la présence réelle de cette miséricorde de Dieu qui nous accompagne, qui nous transforme et qui abonde là-même où est notre péché, car c'est là que nous avons besoin d'être sauvés, c'est dans le péché que vient le salut, puisque c'est dans la chair humaine et dans l'humanité qu'est venu le Fils de Dieu.

Voici ce qu'écrivait saint Jean Climaque : "La miséricorde de Dieu n'a pas de limite. Rien ne la surpasse. C'est pourquoi celui qui désespère, c'est lui-même qui se donne la mort." Notre péché est toujours une désespérance. Alors, que l'accueil de ce prochain Noël soit vraiment le don de la vie, l'antidote de la mort, la naissance continuée, augmentée, croissante, du salut en nous. Ainsi cette miséricorde de Dieu pourra s'étendre dans notre propre vie, dans la vie de l'Église, dans la vie du monde, sans limite, et elle surpassera tout, elle sera vraiment notre consolation, notre paix, notre grâce et notre espérance. Et nous pourrons vraiment, comme Marie, tressaillir d'allégresse et exulter, en Dieu, notre Sauveur.

 

AMEN

 
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