AU FIL DES HOMELIES

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DIEU FAIT GRÂCE

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 5-25

Mardi de la troisième semaine de l'Avent – A

(19 décembre 1995)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, cette semaine préparatoire à Noël est remplie par ce que nos frères d'Orient appellent "Les Annonciations". Demain, nous célébrerons l'Annonciation à Marie, celle qui nous est la plus familière et qui, d'ailleurs, occupe la place centrale dans cette série de mystères.

Aujourd'hui, c'est l'annonciation à Zacharie. Et puis, au jour de la visitation, il y aura l'annoncia­tion à Elisabeth et dimanche prochain, la veille de Noël, l'annonciation à Joseph quand, pris de doute, l'Ange viendra lui dire : "Ne crains pas de prendre Marie pour épouse". Dans toutes ces annonciations, il y a des messagers qui viennent de la part de Dieu. L'ange Gabriel aujourd'hui et, demain à nouveau, les anges dont le nom ne nous est pas révélé pour Joseph. Mais ce qui est le plus caractéristique de ces annon­ciations c'est qu'elles sont chaque fois un appel à la foi de l'interlocuteur.

Vous le savez, Marie dira : "Je suis la ser­vante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole". Et c'est la foi de Marie qui sera l'ouverture même de son cœur à l'annonce de l'Ange. Et c'est ce qui per­mettra que se réalise l'Annonciation, que le fils de Dieu prenne chair dans le sein de Marie. Elisabeth célébrera cette foi de Marie : "Bienheureuse, toi qui a cru et Marie s'écrira dans un hymne de foi et de louange : "Mon âme exalte le Seigneur". A Joseph également c'est la foi qui lui sera demandée devant sa fiancée enceinte sans qu'il l'ait connue. Joseph sera pris de doute et l'Ange viendra le rassurer en lui di­sant : "Ne crains pas, crois seulement. Ce qui se passe dans le sein de ta fiancée, c'est l'œuvre de l'esprit".

L'annonciation à Zacharie que nous célébrons aujourd'hui est aussi centrée sur la foi mais cette fois-ci ce n'est pas simplement un doute passager comme chez Joseph, ce n'est pas une adhésion totale de la foi comme chez Marie. Ici c'est véritablement une incré­dulité. Zacharie n'arrive pas à en croire ses oreilles. Il est avancé en âge, sa femme est stérile. On lui an­nonce un enfant. Ceci reproduit la situation qui s'était déjà réalisée pour Abraham, quand Sara entendant l'Ange de Dieu dire à Abraham : "L'année prochaine quand je reviendrai vers toi Sara aura un enfant". Elle s'était mise à rire, d'un rire d'incrédulité. Com­ment pourrai-je connaître le plaisir moi qui suis usée et mon mari avancé en âge ? Ce sont les mêmes cir­constances, c'est la même réaction. Zacharie n'arrive pas à croire ce qui lui est proposé. Et c'est pourquoi un signe va se produire en sa chair, en son corps. Il va devenir muet. Lui qui va mettre au monde avec sa femme, Elisabeth, celui qui sera la voix de Jésus, qui précède le Verbe du Père, celui donc qui est appelé à jouer un rôle décisif dans cet évènement de la mani­festation et de la communication du secret de Dieu. Communication et manifestation qui mettent en jeu la parole, le verbe et la voix de Jean-Baptiste. Cette voix qui crie dans le désert. Voilà qu'il est muet parce qu'il n'a pas cru, parce qu'il n'a pas osé croire. Ce n'est pas une punition, c'est un signe. C'est un signe qui nous révèle, par avance, que tout va se jouer dans cette voix du Père. Ce Verbe du Père qui est Jésus. Et cette voix annonciatrice qui est Jean-Baptiste. Tout va être une affaire de communication entre Dieu et les hom­mes. Car il est nécessaire, si Dieu veut avoir une communication avec nous qu'il y ait un langage commun. Il faut que Dieu nous parle, qu'il nous parle dans une langue que nous puissions entendre, qu'il adopte donc d'une certaine manière les mots humains, les phrases humaines pour nous dire quelque chose de ce mystère ineffable, invisible qui est dans son cœur.

La venue du Christ, son Incarnation c'est d'abord une révélation, une manifestation, une parole qui est adressée à notre intelligence et à notre cœur pour que nous puissions adapter et familiariser notre cœur avec cette révélation et que nous puissions ac­cueillir cette présence vivante de Jésus, la parole du Père parmi nous. Jésus venu sur la terre à Bethléem, Jésus qui ne cesse de venir dans notre cœur par l'Eu­charistie et dans notre chair. Jésus qui remplit notre vie de ce mystère de Dieu pour que nous le partagions et qu'il devienne notre propre mystère. Pour que cette parole, en nous prenant de l'intérieur, nous fasse co-naturels de ce mystère de Dieu. Il s'agit donc d'une révélation, d'une manifestation, d'une communication. Et c'est pourquoi cette communication a besoin que nous nous ouvrions à elle. Cette ouverture de nous-mêmes à la parole de Dieu, à la Révélation de Dieu, aux mystères de Dieu, à la présence de Dieu en nous, à la communion entre Dieu et nous, cette ouverture, c'est la foi. Il faut que nous acceptions que ce que nous ne comprenons pas, ce qui nous dépasse de tou­tes parts, ce qui semble impossible, ce qui semble incroyable, que tout cela est vrai. Il faut que nous donnions notre assentiment à la parole de Dieu. Il faut que nous acceptions de construire notre vie sur cette parole qui nous dépasse, qui vient d'ailleurs, qui nous prend en quelque sorte au-delà de nous-mêmes. Et c'est cela que Zacharie n'a pas su faire. Et c'est pour­quoi Zacharie devient muet comme nous sommes muets en face de Dieu si la foi n'ouvre pas notre cœur cette révélation qui nous dépasse et qui nous semble impossible.

Alors frères et sœurs, en cette semaine qui prépare à Noël, demandons au Seigneur de nous don­ner cette foi. Demandons au Seigneur d'ouvrir notre cœur à sa parole. Demandons au Seigneur d'ouvrir notre cœur à sa grâce. Le nom même de Jean signifie : "Dieu fait grâce". Dieu est gratuit. Dieu dépasse tout ce que nous pouvons mériter et même imaginer. Dieu est au-delà et la foi c'est cette ouverture à l'au-delà de Dieu. C'est ce dépassement de nous-mêmes. C'est cette acceptation de ne pas tout savoir, de ne pas do­miner, de ne pas tout comprendre mais de nous laisser amener au-delà des limites de nous-mêmes. Pendant cette semaine, demandons au Seigneur la grâce de la foi afin que nous comprenions que rien n'est impossi­ble à Dieu et que Dieu nous conduise au-delà de nous-mêmes.

 

 

AMEN

 

 
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