AU FIL DES HOMELIES

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L'INCRÉDULITÉ

Gn 18, 1-14

(18 décembre 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Saint Thibaut : Zacharie et Élisabeth 

S

ara, l'épouse d'Abraham, rit en elle-même et se dit : Comment pourrais-je encore enfanter ?"

Et Zacharie, devant l'annonce de l'ange Gabriel, répond "Qu'est-ce qui m'en assurera ?  Ma femme et moi-même nous sommes trop avancés en âge."

Frères et sœurs, il est curieux de voir comment l'histoire du salut de Dieu a toujours pour toile de fond l'incrédulité des hommes, notre incrédulité.

       A l'aurore des temps du salut, lorsque Dieu appelle Abraham à la foi, Il l'appelle déjà âgé, sans postérité, sans descendance, et l'on sait ce que cela signifiait dans cette vie de nomade, l'héritier, l'enfant qui naît dans un foyer, c'est précisément ce qui assure la continuité du clan et de la famille, c'est celui qui recevra tout l'héritage, toute la richesse d'humanité que le père et la mère ont reçue eux-mêmes de leurs ancêtres, c'est la vie et l'espérance qui continuent. Et lorsque Dieu s'adresse à Abraham et à Sara pour leur promettre une terre et leur demander de quitter toutes les attaches avec le monde ancien dans lequel ils étaient enterrés, voici qu'Il leur promet une descendance, mais d'une certaine manière, Il rencontre leur incrédulité.

       Et lorsque le temps du salut est venu où le Fils de Dieu, le Verbe éternel va prendre chair sur la terre, voici qu'il y a comme ce prologue de l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste, et se renouvelle encore cette incrédulité. Zacharie n'y croit pas.

       Sur ce fond d'incrédulité qui rappelle celui de l'aurore de l'humanité, lorsqu'Adam et Eve n'avaient pas cru à la parole du Seigneur : "Tu peux prendre de tous les arbres du jardin, mais celui qui est l'arbre de la connaissance du bien et du mal, celui qui est l'arbre du dessein de Dieu, tu n'y toucheras pas !" La même incrédulité avait frappé chef et tête en humanité.

       Mais voici qui est extraordinaire : malgré l'incrédulité des hommes la Parole de Dieu continue son œuvre et son travail. Sara ne croit pas, et pourtant le Seigneur lui dit : "Dans un an, à pareille époque, je repasserai et tu auras un fils." Dans la foi d'Abraham et dans l'incrédulité de Sara, la Parole de Dieu a réussi à se glisser, à devenir féconde, à faire que ce vieux monde voué à la stérilité puisse cependant renaître. Ainsi est manifesté que c'était la puissance de Dieu qui opérait. Et de même pour le couple de Zacharie et d'Elisabeth, au milieu de l'incrédulité même de Zacharie, la Parole de Dieu se réalisera quand même, le salut, la puissance de l'Esprit Saint viendra quand même sur Elisabeth, et elle qui est stérile, elle qui est vieillie, image de notre humanité vieillie dans son péché, voici que cependant elle enfantera. Ainsi la Parole de Dieu fait son œuvre. Elle rend Zacharie muet, mais elle rend féconde Elisabeth, et Jean sera le porteur, l'annonciateur et le témoin de la Parole. Ainsi l'œuvre de la Parole de Dieu ne peut pas rencontrer d'incrédulité si forte qu'elle ne lui résiste, qu'elle ne puisse y tenir tête et, finalement, la convertir en source de foi, en source de vie, en source de témoignage, au cœur des hommes qui l'ont, eux-mêmes, dans un premier moment, mal acceptée ou mal accueillie.

       Cet épisode d'Abraham et de Sara, de Zacharie et d'Elisabeth s'applique immédiatement à nos propres vies. La plupart du temps, nous regardons notre vie en disant : Dans cette vie usée, stérile et inféconde, trop marquée, trop blessée par le péché, que peut-il renaître de nouveau ? Et cependant, sans cesse, le Seigneur vient, sans cesse la Parole de Dieu veut être semée dans nos cœurs et peut être efficace ; sans cesse, le rythme même du temps liturgique revient, à travers la venue du Seigneur, à travers la fête de Noël pour nous assurer que cette Parole veut porter du fruit en notre propre vie. Et insensiblement, mystérieusement, à travers toute l'usure et toutes les désespérances, à travers toutes les épreuves et le poids du péché et du mal qui peuvent marquer nos vies, lentement, cette Parole fait son œuvre : elle nous guérit de cette espèce de stérilité qui marque notre vie spirituelle, elle nous fait revivre, elle nous fait porter lentement mais sûrement un fruit de vie que nous ne voyons pas encore, car ce fruit de vie ne s'épanouira qu'à l'heure de notre mort.

       Vous avez peut-être remarqué que, dans cet évangile de Luc, il n'y a que deux seules fois où le mot sanctuaire est utilisé : c'est ce moment où Zacharie se trouve au sanctuaire et où la Parole de Dieu fait irruption dans la nouvelle Alliance à travers la naissance de Jean-Baptiste, puis à un autre moment, à l'autre bout de l'évangile, dans le sanctuaire, dans le Saint des saints, le voile du Temple se déchire car, à ce moment-là, tout est accompli.

       C'est un peu l'image de notre vie, Notre vie commence dans le sanctuaire, dans le sanctuaire du baptême où la Parole de Dieu fait irruption dans nos cœurs. Souvent, après, on ne sent plus la présence du sanctuaire, il y a tous les soucis de la vie, il y a des tas de choses qui obscurcissent cette présence de Dieu, puis, tout à coup, à la fin de notre vie, nous nous retrouvons dans le sanctuaire. C'est le moment où, mystérieusement, le Christ vient accomplir, en nous, l'œuvre de sa grâce, et se déchire ce voile qui pesait sur notre cœur et nous empêchait de voir le Seigneur : c'est l'épreuve du déchirement de notre mort. Dans tous les cas, il s'agit d'une naissance, dans tous les cas, c'est la stérilité de notre pauvre humanité qui rejaillit en fécondité divine.

       AMEN

 

 
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