AU FIL DES HOMELIES

Photos

Isaïe 63, 5-64, 3 ; Luc 1, 5-25

Mardi de la troisième semaine de l'Avent – C

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

A

quoi pensait Zacharie de la classe d'Abia, prêtre ? Marie avait une cousine, descendante d'Aaron dont le nom était Élisabeth. A quoi pensait Zacharie quand il a été choisi par le sort pour entrer dans le temple pour y faire mémoire des merveilles du Seigneur, sacrifier, brûler de l'encens. A quoi pensait-il ? Pensait-il à ce qui est dit dans la Torah qui dit : obéis-moi, est mes préceptes et tu seras riche tu auras une grande vie, tu auras une grande famille, tu auras des fils, tu auras des biens. Ou pensait-il à cet extrait d'Isaïe que nous avons lu en première lecture qui reprend toute l'histoire d'Israël, de ce peuple aimé par son Seigneur et jamais abandonné même au milieu de la déréliction, même au bord de l'eau entre les égyptiens et la mort par noyade. A quoi pensait Zacharie, lui qui est juste, qui suit tous les préceptes exactement comme le Seigneur le demande dans la Torah, dans la Loi et qui n'a pas d'enfant ? Pourquoi la vie n'est-elle pas juste avec ceux qui sont justes ? Pourquoi Zacharie, dont le nom signifie : celui dont Dieu fait souvenir, pourquoi ce brave Zacharie doit-il faire souvenir de tous les bienfaits de Dieu pour Israël et les autres, ce Dieu qui ne lui a jamais manifesté un quelconque geste d'affection, en ne lui donnant même pas un enfant ? Et nous savons combien c'est tellement important d'avoir un enfant. Car c'est encore ce que vivent les juifs maintenant, ils le disent : si je n'ai pas d'enfant qui se souviendra de moi ? Moi, je me souviens de mes parents, je me souviens des autres, de ceux qui m'ont précédé, mais si je n'ai pas de descendance, qui se souviendra de moi ? Qui priera la prière des morts le jour où je serai enterré ? C'est ce Zacharie-là qui est face au Seigneur, c'est ce Zacharie-là vers qui le Seigneur va venir annoncer cette bonne nouvelle.

C'est étrange que celui dont Dieu se souvient, ne se souvient plus dans le sens où il ne croit plus ce que Dieu peut faire pour lui ce que Dieu a fait auparavant pour Israël. Cela soulève deux problèmes, que je voudrais esquisser ce matin. Ce souvenir qui s'effrite, aussi parce que le désir s'use. Se souvenir, ce n'est pas uniquement se souvenir de ce que Dieu a fait auparavant, la mémoire telle que l'Ancien Testament nous le rappelle, mais la mémoire c'est ce lieu qui interpénètre à la fois les actes précédents que Dieu a posé pour son peuple, en disant : cette grâce que tu as donnée, viens à nouveau la donner à ton peuple là, maintenant.

Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, d'autant plus que dans la Bible le nom est très important, il y a Zacharie et Jean dont le prénom signifie : Dieu fait grâce. Zacharie est quelqu'un qui est tellement dans le souvenir, qu'il en oublie même que Dieu peut encore maintenant venir pour lui. Sa vie de juste ne doit pas être uniquement de se tourner vers une mémoire ancienne, disant : je suis un prêtre, je viens prier pour tout ce que Dieu a fait auparavant, mais maintenant, c'est fini. C'est le souvenir stérile, mais au contraire, il doit découvrir que ce que Dieu a fait auparavant dans son peuple il doit découvrir que Diu peut le faire encore maintenant. C'est cela la mémoire qui manque à Zacharie, lui dont le nom veut dire : celui dont Dieu fait le souvenir.

Comme à l'autre bout, cet enfant promis qui va arriver et qui s'appelle Jean, c'est cette grâce que Dieu donne à chacun d'entre nous au cœur même de la mémoire. Cette grâce, notre fils, notre fille, notre enfant que nous recevons de la part de Dieu, et qui nous fait découvrir que ce que Dieu nous a donné auparavant, Dieu veut encore nous le donner maintenant.

J'aurais voulu détourner le dernier verset que vous avez entendu dans la première lecture d'Isaïe : "Jamais on n'avait ouï dire, on n'avait pas entendu et l'œil n'avait pas vu un Dieu toi excepté, agir ainsi en faveur de qui a confiance en lui".

Frères et sœurs, Dieu s'est souvenu de Zacharie qui ne faisait que se souvenir, dont le désir avait été effrité, lui qui n'attendait plus rien de la vie, lui qui pensait que sa destinée était d'aller vers la mort, vers l'oubli, et en reprenant ce verset, nous pourrions dire avec Zacharie : jamais on n'avait ouï dire Seigneur, on n'avait pas entendu et l'œil n'avait pas vu un Dieu, toi excepté agir ainsi en faveur de tous ceux, même ceux qui doutent, ceux qui ont oublié, même ceux qui n'ont plus le désir de te rencontrer, toi, excepté, agir ainsi en faveur de tous les hommes, de tous les délaissés.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public