AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE DOUTE

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 5-25

Mardi de la troisième semaine de l'Avent – A

(18 décembre 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, quand on discute avec des gens il arrive que l'on partage des choses assez intimes, et certaines personnes se mettent à vous livrer le point de philosophie, leur manière de vivre, ce qui est pour eux la clé pour la réussite de leur vie, et ces gens vous disent que le meilleur moyen pour ne pas être déçu, c'est de ne rien désirer, comme cela, il ne m'arrivera jamais rien de mal puisque je m'attends toujours au pire, donc c'est toujours le meilleur qui arrivera. Quand ce sont des chrétiens et qu'on aborde le problème de la prière, est-ce que nous devons demander, est-ce que nous devons exiger dans notre prière ? Cette même question se pose. Il vaut mieux ne rien demander à Dieu parce que d'abord, je ne suis rien vis-à-vis de Dieu, et il faut bien l'avouer, frères et sœurs, j'aurais beaucoup trop peur de ne pas être exaucé et d'être déçu par Dieu. Certains trouvent même que c'est assez noble de la part de l'homme de n'entretenir qu'une relation sans intérêt avec Dieu pour lui montrer que ce n'est pas pour demander quelque chose qu'on le prie, mais parce que de toute manière, je ne sais même pas si tu seras capable de me donner ce que je veux.

Zacharie, c'est cet homme usé par le temps, qui avance en vieillesse, peut-être désabusé, qui n'a justement pas reçu ce qu'il voulait le plus, un enfant, l'enfant de la promesse, en ce temps où la perpétuation d'un peuple ne peut se faire et s'envisager qu'à travers la naissance physique et génétique d'une progéniture. En même temps, Zacharie est peut-être un homme désabusé vis-à-vis de Dieu, et pourtant il est là, il le prie, il répond à l'appel du service liturgique, c'est un très bon juif. Mais vous le savez, comme cela arrive quelquefois, à force de ne plus rien attendre, on est tellement surpris d'être exaucé qu'on ne croit même pas que ce qu'on a demandé est arrivé. Je crois que c'est ça le problème de Zacharie. Cet antagonisme ou ce paradoxe qui habite le cœur de Zacharie, comme souvent notre cœur, à savoir comment nous désirons l'indésirable, voir Dieu, accomplir notre vie, rencontrer le Seigneur, et il faut bien l'avouer, quand l'incroyable arrive, nous sommes quelquefois les premiers à être aussi suspicieux que Zacharie en nous disant : non, ça ne peut pas marcher.

Je pense à cette jeune femme que j'ai marié il y a quelques années et qui me racontait comment l'âge avançant, tout est relatif, elle avait entre trente et trente-cinq ans, mais pour les femmes et pour l'entourage, quand on ne se marie pas assez vite, on dit toujours : tu n'as pas d'amis, que t'arrive-t-il ? Elle en était arrivé à un point où elle s'imaginait que ce n'était pas pour elle, que jamais elle ne pourrait avoir une vie affective, une vie familiale, et autant tirer un trait dessus. Elle me raconte comment elle a été à la fois surprise et presque suspicieuse de ce qui se passait dans la rencontre avec ce fiancé et même du doute qui l'a habité : est-ce possible que cela m'arrive ?

Je pense aussi frères et sœurs pour l'avoir entendu ce matin, par rapport aux SDF, par rapport aux gens qui sont en marge de notre société, j'entendais Augustin Legrand qui était interviewé à la radio et une dame lui disait : quand un SDF a passé dix ans dans la rue, il est absolument incapable de s'en sortir, et ça retombe. C'est vrai et c'est faux. Nous sommes à la fois surpris de voir comment des gens sont capables de se remettre régulièrement en situation d'échec, alors que nous sommes là à essayer de les sortir à bout de bras, comme si effectivement ils étaient comme Zacharie à se dire : maintenant, c'est fini, autant continuer sur mes habitudes et sur cette incapacité de m'en sortir. Au moins là, je sais où j'en suis ! alors que quand j'accepte l'inconnu je suis sur un terrain beaucoup plus difficile. Et Augustin Legrand disait qu'il y a des gens qu'il avait rencontrés et alors qu'ils étaient dans la rue depuis dix, quinze ans, ont été capables avec un système approprié, de se sortir de la rue et de ne plus désirer y retourner.

Il y a cette attitude de Zacharie, et puis, il y a l'attitude de l'ange : est-ce que ce silence imposé est une punition de la part de Dieu ? comme si Dieu lui disait : tu vois, tu ne n'a pas cru, donc je te punis. Je ne le crois pas. Je cois que ce silence c'est justement ce temps de maturation, de gestation comme un enfant qui grandit dans le corps de sa mère, ce silence donné à Zacharie, c'est ce temps de gestation et de maturation afin qu'il puisse découvrir que ce qu'il avait envisagé et dont il avait fait son deuil jusqu'ici, allait arriver. Seulement quand Zacharie est dans ce temps, il n'est pas encore en état de reconnaître l'incroyable et de la faire sien.

Frères et sœurs, c'est le temps du grand silence qui s'ouvre aujourd'hui pour nous, dans l'attente de Noël et dans l'attente de Dieu dans le cœur de chacun d'entre nous. Non pas le silence désabusé, non pas le silence endeuillé, c'est le meilleur moyen au moins de ne jamais être déçu mais ce silence fécond de cette grâce de Dieu qui vient travailler au cœur de notre vie et qui nous préparera au jour où nous rencontrerons le Seigneur qui nous préparera à crier ce cri d'allégresse, ce même cri que Zacharie a poussé au jour où Jean a reçu son nom.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public