AU FIL DES HOMELIES

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LE PROPHÈTE AU REGARD PÉNÉTRANT

Nb 24, 2-7+15-17

(16 décembre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

Promesse de fécondité 

B

alaam était un devin, étranger au peuple et à la foi juive. Le roi de Moab lui avait demandé de se prononcer sur ce Dieu du peuple juif qui avait envahi la terre de Palestine, parce que ce que Balaam bénit est vraiment béni et ce que Balaam maudit est vraiment maudit.

Et voici que cet étranger, voire cet ennemi de Dieu nous est présenté dans le livre des Nombres comme "un homme au regard pénétrant, comme un homme qui écoute la Parole de Dieu et qui voit ce que le Seigneur veut faire voir." Au fond, voilà un étranger qui ne connaît pas Dieu, qui parfois s'oppose à Dieu pour les circonstances qu'on lui demande, et c'est lui qui devient prophète d'une présence de Dieu.

       Il y a en nous toute une terre de notre vie qui est comme Balaam, étrangère, une terre de péché, de refus de Dieu, d'obscurité, de malédiction, même de malédiction portant sur Dieu, parce que ce qu'Il nous demande ou ce qu'Il est, ce qu'Il exige de nous ne nous convient pas. On le trouve un peu trop envahissant, comme le roi de Moab trouvait envahissant le peuple qui était venu s'installer sur la terre d'Israël en passant par les siennes.

       Or c'est à cette partie la plus sombre et la plus étrangère à Lui que Dieu s'adresse en ce temps de Noël, pour que nous puissions faire au moins cette expérience de Balaam, écouter sa Parole, et laisser cette Parole devenir lumière pour notre vie.  Nous croyons, nous que la Parole de Dieu, c'est comme un guide pratique dans les affaires profanes ou religieuses. Non ! La Parole de Dieu est à l'intérieur de notre cœur pour que nous puissions y croire. Et elle est sur nos lèvres, comme le dit Saint Paul dans l'épître aux Romains, pour que nous puissions en faire un chant de louange et en même temps une annonce, une Parole donnée pour les autres.

       Se préparer à célébrer Noël, c'est vouloir profondément, j'allais dire que Dieu ne "vienne pas dans notre vie" parce qu'Il y est déjà, mais c'est vouloir Lui laisser toute la place, et la place centrale. Nous ne savons pas nous démener avec les événements de notre vie, tout simplement parce que nous en avons perdu la source, le sens. Cette source, ce sens, c'est la présence de Dieu en nous, comme une Parole qui devient force, qui devient lumière, comme une Parole qui devient énergie et qui nous permet, non pas de changer les choses, mais de vivre avec ces choses et de les vivre dans la fidélité à Dieu.

       Et ce Balaam, tout d'un coup, se met à chanter qu'il voit "des vallées qui s'étendent, des jardins au bord des fleuves, des arbres plantés, des serres." Il a une vision de générosité. Il a une vision inattendue dans son désert, au bord de l'Euphrate. Si notre cœur était toujours, autant que faire se peut, illuminée par cette présence de Dieu en nous, assurée par sa Parole et l'efficacité de sa Parole, nous pourrions reconnaître beaucoup plus facilement que nous le pensons les signes de la fécondité du Royaume qui vient, du Royaume qui se lève.

       Et reconnaître ces signes comme une abondance de grâces, comme une promesse de récoltes, non seulement dans notre cœur mais aussi dans le cœur des autres, et probablement encore dans les évènements de la vie de l'Église, dans les évènements de la vie du monde. Si nous ne savons pas vivre nos évènements avec Dieu, c'est parce que nous ne savons pas vivre notre vie intime et intérieure avec Dieu. C'est à cela qu'il faut s'attacher en ces jours de Noël. Ne nous préparons pas à Noël comme à un spectacle du quatorze juillet : une fois par an, le grand feu d'artifice dans la nuit. Noël nous rappelle simplement que ce que nous allons célébrer solennellement se déroule, humblement, chaque jour de notre vie et que ce n'est pas un feu d'artifice passager et éblouissant. Noël c'et un feu sous la cendre, c'est une braise dans notre cœur. Et c'est cela qu'il faut laisser grandir pour que cette présence de Dieu devienne vraiment notre lumière, notre force et notre joie. 

       D'ailleurs, l'oracle de Balaam le suggère : "Je le vois qui monte, mais ce n'est pas pour maintenant. Je l'aperçois, mais ce n'est pas de près." Il ne s'agit pas d'abord de se situer dans la distance ou dans le temps, mais de laisser Dieu se situer dans notre propre cœur, pour que cette "situation" de Dieu devienne le lieu de notre vie. Alors, plus encore que Balaam, le prophète étranger et peu croyant, nous verrons vraiment l'œuvre de Dieu en nous et nous pourrons chanter le chant de sa louange, de sa fécondité, car notre vie peut donner son plus beau fruit.

       AMEN

 

 

 
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