AU FIL DES HOMELIES

Photos

NOS RACINES

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Mardi de la troisième semaine de l'Avent – A

(17 décembre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jessé - Reuilly

F

rères et sœurs, depuis quelques siècles notre manière d'être, de penser et de sentir est vraiment très orgueilleuse. Nous nous éprouvons toujours soit individuellement, soit à chaque génération, comme le commencement absolu d'une aventure nouvelle qui ne devrait pas grand-chose aux générations précédentes. C'est ainsi qu'a pu s'édifier un certain nombre d'idéologies, de grandes visions du progrès, chaque génération a apporté sa pierre au progrès et tout ce qui s'était fait avant n'était pas nécessairement utile. C'est comme cela qu'est né aussi le concept de révolution qui fait table rase du passé. Cette morgue moderne qui nous vient d'un esprit français appelé Descartes, a fait pas mal de ravages et aujourd'hui on commence timidement à se dire que c'était un peu naïf. Pour de multiples raisons l'insertion de l'homme sur la planète, dans le monde, le rapport des sociétés entre elles n'est peut-être pas réinventé à toutes les générations et on pourrait tenir compte d'un certain nombre d'expériences du passé.

Il est certain que dans la mentalité ancienne, dites traditionnelles, les sociétés ne se comprennent pas à partir d'un projet où l'on va refaire le monde tous les matins, mais l'existence humaine, d'une société se comprend à partir de l'amont c'est-à-dire, d'où je viens, et qu'est-ce qui m'a permis d'arriver jusqu'ici ? cela change pas mal de choses. Le problème est d'essayer d'être à la hauteur de ce qui avait eu lieu avant. Comme les ancêtres ont quand même cet immense mérite d'avoir existé, d'avoir tenu à travers des difficultés que l'on connaît dans la génération suivante, on se dit que peut-être ils ont quelque chose à nous apprendre. Cela peut tomber dans un conservatisme frileux et paralysé qui est une attitude un peu désolante. Mais ce que je suis aujourd'hui, je le dois nécessairement aux générations précédentes. On se comprend mieux d'abord comme héritage, quitte à ajouter quelque chose dans tout cela, mais on comprend d'abord l'héritage. Ce qui est le plus inquiétant dans nos sociétés actuelles, ce n'est pas l'élévation de la température, mais c'est la baisse du degré de culture. C'est dramatique, parce que une société composée individuellement d'imbéciles, fera une société imbécile. S'il n'y a plus de racines, on risque de ne plus exister. Les arbres ont toujours compris qu'il leur fallait des racines, les hommes ne le comprennent plus toujours.

C'est exactement le sens de la généalogie que nous avons entendu tout à l'heure. C'est vrai que les auteurs du Nouveau Testament étaient persuadés que le Christ apportait toute la nouveauté. Il apportait la nouveauté du salut, la nouveauté de sa personne, la nouveauté de Dieu parmi nous. Tout l'évangile sert à montrer la nouveauté, et les auteurs du Nouveau Testament savent très bien que cette nouveauté ne vient pas d'eux, mais elle vient de Dieu. Ce qu'ils veulent montrer, c'est que l'irruption de cette nouveauté n'a pas voulu se faire sans tenir compte du passé. Quand Matthieu commence son évangile, il veut faire comprendre que le Christ est l'accomplissement des prophéties et qu'on ne peut pas rejeter les prophéties en décrétant qu'elles n'étaient pas à la hauteur. Le souci des évangélistes, même si la liste des ancêtres j'en conviens n'a pas été établie sur base des archives départementales, l'intention était de démontrer que s'il y a aujourd'hui Jésus, c'est parce qu'il veut lui-même le Christ s'enraciner dans cette descendance.

C'est aussi l'intention de Dieu. Dieu est novateur, mais il sait le poids du passé. C'est cela la généalogie. De Joseph qui a pris chez lui Marie comme épouse, va naître celui qui va être le successeur de David. Dans la titulature habituelle de Jésus, on utilisera l'expression "Fils de David". Si on le dénomme ainsi c'est parce qu'on sait qu'il est héritier des rois d'Israël, des patriarches et des prophètes. Tout son enseignement sera pétri et nourri de cet héritage.

Frères et sœurs, quand on entre dans ce temps c'est une perspective qui est très importante pour nous. Ce n'est pas pour être conservateur que nous sommes attachés à la généalogie, mais c'est pour assumer le passé et la tradition et voir en quoi ils nous ont propulsé où nous en sommes. On prend alors le recul et la distance nécessaires pour découvrir à travers ce que nous livre le passé. Les auteurs du Nouveau Testament ont lu l'Ancien Testament à la lumière du Christ. C'est cela que nous devons faire nous aussi. Nous pouvons relire au niveau de notre propre histoire ce qui pour chacun d'entre nous, a été son propre passé, mais cela doit se faire dans la prière pour découvrir comment Dieu depuis notre enfance nous a conduits jusque là où nous en sommes. Ce n'est pas un exercice narcissique : ce que je suis aujourd'hui devant Dieu c'est Dieu qui me l'a façonné dans le cycle des années des saisons … Dieu s'est servi de cette progression-là pour constituer ce que nous sommes aujourd'hui.

Que cette semaine où nous allons vivre en compagnie des patriarches et prophètes et de tous ceux qui ont attendu le Messie d'Israël, que cela nous redonne ce regard spirituellement reconnaissant. Ce qu'est l'Église aujourd'hui c'est à travers une histoire lente et difficile que s'est transmis le mystère de Dieu. Si nous célébrons l'eucharistie aujourd'hui, ce n'est pas à cause de nous qui aurions inventé l'eucharistie il y a une semaine. C'est l'eucharistie qui, de génération en génération, à cause de la fidélité des hommes et des femmes qui ont prié, vécu et se sont nourris de cette eucharistie, et qui font qu'aujourd'hui l'Église existe, tout ce peuple de Dieu qui attend son Messie en grâce et en vérité.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public