AU FIL DES HOMELIES

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JÉRUSALEM QUITTE TA ROBE DE TRISTESSE !

Ba 5,1-9

(15 décembre 1999)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

e prophète Baruch que l'on reconnaît généralement comme secrétaire du prophète Jérémie, un de ces hommes qui a suivi son maître, et qui ensuite, parce qu'il était un sage et un scribe, a consigné non seulement les oracles de son maître, mais lui-même a eu à un moment ou l'autre des révélations prophétiques, le prophète Baruch s'inscrit dans cette tradition comme celle du prophète Isaïe où l'on personnifie Jérusalem. Je vous l'ai déjà dit, je crois, c'est une des choses les plus originales dans l'œuvre du prophète Isaïe que d'avoir commencé pour la première fois à identifier Jérusalem à une personne, à quelqu'un.

        C'est d'une certaine manière le premier pressentiment de ce que sera plus tard l'Église, car l'Église est bien sûr un peuple, elle est le peuple de Dieu, mais de l'Église on peut poser la question : "Qui est-elle ? " et non pas simplement : "Qu'est-ce que c'est ?" Car l'Église est une personne et même chacun de nous est connu personnellement de Dieu, nous serons appelés définitivement dans le Royaume et ici-bas déjà aussi à reconnaître le mystère du vis-à-vis personnel de chacun d'entre nous avec Dieu dans le mystère même de l'Église. Le mystère de notre propre destinée personnelle vis-à-vis de Dieu est inséparable du mystère de la destinée personnelle de l'Église. Parce que l'Église est appelée comme un peuple, comme un tout, comme une personne à rencontrer Dieu, chacun d'entre nous dans cette Église est appelé personnellement à rencontrer Dieu.

        Or, on s'étonne que lui-même reprend la même chose. Il reprend le même message avec beaucoup plus d'insistance et avec beaucoup plus de pathétique, alors qu'il a raison d'avoir des doutes sur la personne de Jérusalem. Quand il écrit Jérusalem n'est plus rien, Jérusalem n'existe plus Jérusalem a été dévastée dans ses murs, dans son Temple, dans ses palais, et la population surtout en a été déportée. Jérusalem est un champ de ruines, elle n'est plus rien. Et c'est dans ces conditions-là précisément que surgit l'oracle du prophète qui s'adresse à Jérusalem comme à quelqu'un. C'est déjà un premier enseignement, car cela nous apprend que même lorsque Jérusalem apparemment, visiblement n'a plus rien d'une figure personnelle, cependant le prophète s'adresse encore à elle. C'est une des choses les plus étonnantes d'ailleurs de notre propre existence, c'est que lorsque par exemple le péché a défiguré notre cœur, notre volonté, notre liberté, et a même pu l'atteindre à ce point d'intimité personnelle qui est ce lieu secret où nous rencontrons Dieu, cependant, Dieu nous interpelle et nous reconnaît toujours personnellement.

        Autrement dit, même chez le pécheur, la caractéristique de la personnalité ne cesse jamais, et c'est la même chose pour l'Église : même si dans l'Église nous sommes tous des pécheurs, cela n'empêche pas que Dieu s'adresse à l'Église comme à quelqu'un. Et ici, c'est la même chose, le prophète s'adresse à Jérusalem qui apparemment n'existe plus mais elle existe du vouloir qu'a Dieu sur elle. C'est cela la grandeur de cette intuition du prophète Baruch, c'est qu'il prolonge ce qu'Isaïe avait vu, mais lui, il avait quelque chose à voir, il y avait une ville, il y avait un roi, il y avait le Temple, il y avait des cultes, il y avait tout ce que vous voulez, même un petit peu trop parfois. En tout cas il pouvait d'adresser à Jérusalem comme à une ville, comme à quelqu'un, tandis que Baruch lui, il dit : "Je sais que tu n'existe plus, et pourtant, tu existes encore, tu existe comment ? Par le projet que Dieu a sur toi". Et c'est pour cela que ce texte est si étonnant, parce qu'il dit, Dieu dit à Jérusalem par son prophète : "Quitte la robe de deuil, de tristesse, c'est-à-dire tout ce qui a marqué les coups de l'ennemi, la victoire, la dévastation, la déportation, quitte ces vêtements de deuil et revêt la beauté de la Gloire de Dieu." C'est-à-dire que désormais la vocation de Jérusalem, ce n'est pas d'être habillée chez Chanel ou chez Cardin, c'est d'être habillée dans le Royaume de Dieu, c'est de revêtir la Gloire de Dieu. C'est une chose qu'aujourd'hui nous ne comprenons plus beaucoup, nous comprenons surtout le vêtement comme parure, en réalité, dans l'Antiquité, le vêtement a beaucoup plus de sens que celui de parure, ou de fonctionnel, ou en vue de l'activité qu'on doit faire, le vêtement est véritablement l'expression de la personnalité. Donc, si Jérusalem doit revêtir la parure de la Gloire de Dieu, c'est-à-dire que si elle doit s'habiller de la parure de la Gloire de Dieu lui-même, c'est que Jérusalem est investie de la Présence même de Dieu.

        C'est pour cela qu'on lit ce texte pendant l'Avent, c'est pour cette raison que c'est un oracle messianique : revêts la beauté de la Gloire de Dieu, cela veut dire que ton vêtement, ce sera ton Messie, voilà ce que ça veut dire 

        Alors ensuite, le prophète continue en disant : "Tu auras un nom : paix de la justice, et gloire de la piété". Piété aujourd'hui c'est un mot qu'on ne comprend plus, la piété, c'est la consécration à Dieu. Donc, "paix de la justice", c'est-à-dire pour qu'il y ait la paix, il faut qu'il y ait les citoyens rassemblés, il faut qu'il y ait la concorde des hommes, des membres de la cité, dans la justice, dans le respect et la vérité de la relation de chacun des hommes entre eux, et "gloire de la piété" cela veut dire la gloire qui lui vient d'être à nouveau consacrée au service de Dieu, c'est bien cela.

        Que dans ce temps de l'Avent, notre regard ne se porte pas uniquement sur notre propre attente, mais que nous comprenions nous-mêmes que notre propre attente consiste à quitter nos vêtements de deuil pour revêtir la gloire de Dieu, cela ne se passe que dans l'Église et par l'Église.

        AMEN

 

 
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