AU FIL DES HOMELIES

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L'AVENTURE DE LA MORT

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent

(17 décembre 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mons : collégiale sainte Waudru
Vitrail de l'arbre de Jessé (détail)

C

hers amis, vous tous les enfants, petits enfants, neveux et nièces de Jean, vous vous demandez peut-être ce que peut bien signifier cette parole de Dieu, cette parole de l'évangile, cette longue et solennelle généalogie que nous venons d'entendre par rapport à l'événement que nous célébrons aujourd'hui : l'entrée de votre père, grand-père, oncle, dans le mystère de Dieu. Je crois que souvent la liturgie, et c'est un peu ce que sentait Jean, la liturgie éclaire notre vie d'un jour tout à fait inattendu.

Je voudrais retenir quelques traits et les méditer avec vous. Le premier, c'est, cette lecture que nous avons entendu tout à l'heure, le vieux patriarche Jacob qui a mené une vie difficile, pénible, et il arrive en Égypte pour retrouver tous ses enfants et notamment Joseph qui était parti en Égypte, cette belle histoire. Il est assis sur son lit au moment de sa mort et il fait venir ses enfants. Il leur dit tout ce qu'il porte dans son cœur. Et ce qu'il porte dans son cœur, c'est une promesse de vie : vous mes enfants, les douze tribus, vous allez vivre, vous allez grandir et comme chef parmi vous, il y aura Juda. Je ne peux pas m'empêcher de penser à Jean quand il écrivait ces lignes que je trouve magnifiques, et qu'il faut recevoir comme un testament de Jacob. Ecoutez cela : "Traverser la mort pour découvrir une nouvelle vie, quelle aventure unique dans l'existence, dont la seule perspective me fascinait. J'ai attendu ce moment parfois avec curiosité, toujours avec crainte, et plusieurs fois souhaité. Alors, ne soyez pas tristes quand je suis dans la joie. Je suis vivant et plus que jamais, je reste présent, attentif, aimant et espérant pour chacun d'entre vous". C'est magnifique d'avoir pu écrire cela noir sur blanc en pensant à sa mort. Cela témoigne d'une foi et d'une vitalité extraordinaire. C'est vraiment le plus beau testament qu'on puisse écrire.

"Oui, la mort, il faut y passer, mais quelle aventure. Quelle aventure quand on pense que c'est le mystère du Fils de Dieu qui est venu dans notre vie, dans notre cœur au moment même où j'aborde ce moment de la mort, même si j'ai parfois de la crainte, de la curiosité pour savoir comment cela va se passer, je suis comme fasciné par la présence du Christ, fasciné par l'idée que je ne vous abandonnerai pas. Je serai là avec vous, je suis porteur pour vous de cette promesse". Et c'est de cette promesse que désormais, nous sommes tous les dépositaires. Ce ne sera plus simplement un souvenir, Jean ce sera cette présence et cette promesse dans votre cœur.

Vous voyez, cela rejoint en profondeur le texte que nous avons entendu tout à l'heure. Cette longue généalogie, ces générations qui s'enchaînent les unes après les autres … il y a des gens qui sont passionnés de généalogie, plus ils remontent loin dans les ancêtres, plus ils sont contents. Je ne crois pas que c'était le tempérament de Jean, c'était un homme beaucoup plus clair, lui, c'était le présent, c'était ce qu'il fallait faire tout de suite et pour les gens qui étaient proches, c'était cela son tempérament. En réalité, dans l'évangile, cela veut dire la même chose. Quelle est la signification de la suite de toutes ces générations ? Cela veut dire que tous ces hommes qui ont lutté pas à pas contre l'usure, contre l'adversité, contre le mal, contre la mort, cette généalogie pour moi, c'est une succession d'étapes contre la mort. C'est l'humanité qui dit : si vraiment il y a Dieu qui doit venir, alors je suis comme fasciné, et je résiste, et je transmets, je donne tout ce que j'ai de meilleur à la génération suivante et Dieu finira bien par venir. C'est magnifique.

Nous aujourd'hui, parfois nous courons le danger d'avoir une vie tellement facile que nous attendons simplement que cela arrive. Mais ce que je trouve beau dans la vie de la génération de Jean, et ce que je trouve beau dans la génération des patriarches, c'est qu'ils nous ont appris que Dieu ne tombait pas tout seul, de soi ! Il faut se battre, il faut ouvrir son cœur, être présent aux générations à venir, avoir le souci de l'autre, avoir cette générosité de cœur pour la partager, pour la donner en disant : voilà Seigneur, à travers tout cela, c'est simplement le cadre dans lequel Tu peux venir à notre rencontre.

Je crois qu'en célébrant cette eucharistie aujourd'hui nous allons à la fois rendre compte et rendre grâces pour tout ce que Jean a vécu, tout ce qu'il a réalisé dans sa vie à travers toutes les responsabilités qu'il a assumées, parfois très lourdes, et en même temps à travers cette attention merveilleuse et délicate auprès de chacun d'entre vous, et rendre grâces à Dieu pour cela. C'est cela le vrai testament d'un homme : c'est de pouvoir dire : je suis tellement fasciné par cette venue et cette rencontre de Dieu que je veux vraiment en faire le trésor de ma vie et le partager avec les autres.

Nous demanderons au Seigneur qu'Il accueille avec tendresse et bonté, j'allais dire presque humour, ce serviteur si merveilleux qui était si curieux d'entrer dans l'avènement du Seigneur, dans sa venue. Oui, je crois que nous pouvons dire, même si nous avons des larmes dans les yeux, je crois qu'aujourd'hui, pour notre frère Jean, c'est son Noël. C'est un Noël de larmes pour nous, mais pour lui, c'est vraiment le moment où il contemple, émerveillé, Celui qu'il a toujours cherché dans sa vie.

 

AMEN

 
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