AU FIL DES HOMELIES

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DIEU VIENT VERS NOUS

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Mercredi de la troisième semaine d'Avent – B

(19 décembre 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Il vient, bondissant sur les collines !

C

 

'est donc Marie qui est proposée aujourd'hui à notre regard, Marie dans le mystère de son attente du Fils de Dieu qui vient, qui vient en elle, qui vient par elle, Marie plus particulièrement dans le mystère de sa Visitation à Elisabeth. Ce mystère souligne un aspect fondamental de notre foi. Tous les hommes, depuis l'origine du monde, ont cherché quelque chose, quelqu'un qui réponde à leur désir, à leur attente, quelqu'un qui donne un sens à ce monde dans lequel ils se trouvaient, quelqu'un qui puisse, à la fois dominer sur ce monde et protéger ces hommes qui, ainsi, appelaient vers Dieu.

Mais ce qui est caractéristique, décisif de la révélation, de la révélation de l'Ancien et du Nouveau Testament, c'est que ce n'est pas seulement ni d'abord l'homme qui est à la recherche de Dieu, mais Dieu qui est à la recherche de l'homme. Depuis le début de la Bible, c'est Dieu qui vient, c'est Dieu qui se met à la recherche de l'homme pour le trouver, car ce n'est pas seulement le désir de l'homme qui, à tâtons, va vers quelque chose ou quelqu'un qui pourrait combler ce désir, mais c'est le désir du cœur de Dieu de trouver l'homme pour le prendre dans ses bras et l'étreindre dans son amour. Dieu est amour et c'est Lui qui nous a aimés le premier, et s'il y a en nous la profondeur de cette attente et de ce désir, c'est d'abord parce qu'il y a, dans le cœur de Dieu le désir de notre bonheur, le désir de nous combler, la volonté d'être notre joie et de nous amener à la plénitude de cette joie.

C'est pourquoi Dieu est à la recherche de l'homme, dès le premier paradis et plus encore quand l'homme, s'étant détourné de Lui, Dieu rend sa recherche, en quelque sorte plus insistante et appelle : "Adam ! Où es-tu ?" Toute l'histoire, tout l'ancien Testament est parcouru par ce cri de Dieu : "Adam ! Où es-tu ?" Et tout à l'heure, nous lisions dans le Cantique des cantiques, cet admirable poème où c'est le Bien-Aimé qui court à la rencontre de sa bien-aimée, qui vient au-devant d'elle, "bondissant sur les collines, sautant sur les montagnes", l'appelant : "Viens ! ma bien-aimée ! Lève-toi ! Je viens vers toi !"

Et c'est exactement ce qui se passe au jour de la Visitation. Quand Marie vient rendre visite à Elisabeth, ce n'est pas tant Marie qui vient que le Christ Lui-même dans son sein, qui vient rendre visite à Elisabeth et plus encore à Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère. C'est Dieu, Dieu fait homme qui-vient à la recherche de l'homme, qui vient à la rencontre de l'homme, qui vient pour réveiller l'homme de son sommeil, qui vient pour faire naître dans le cœur de l'homme ce désir de l'Esprit Saint. Et, nous l'avons entendu, dès que Dieu se rend présent, dès que Dieu se manifeste, Jean-Baptiste bondit d'allégresse dans le sein de sa mère, sous l'influence de l'Esprit Saint. Et sa mère Elisabeth, elle-même, est tout entière remplie de l'Esprit, et elle pousse un grand cri. Voilà ce qu'est le mystère de la rencontre de Dieu et de l'homme.

C'est Dieu qui fait le premier pas, c'est Dieu qui se met en marche, c'est Lui qui vient à notre rencontre. Et cette rencontre, cette irruption de Dieu dans notre vie, c'est comme un grand cri qui sort de notre cœur, qui déchire notre cœur, c'est comme un tressaillement d'allégresse c'est comme un bondissement de joie. Voilà ce qu'est l'histoire de la venue de Dieu parmi les hommes. Voilà ce dont Marie a été l'instrument. Par elle, Dieu est venu vers nous. Par elle, Dieu a été porté jusqu'à nous, comme il est porté, en quelque sorte dans la maison d'Elisabeth et dans le cœur même d'Elisabeth où repose encore Jean-Baptiste en train de se former dans le sein de sa mère.

Dieu vient vers nous, et nous avons à l'accueillir, nous ayons à préparer notre cœur à cette venue, à cette rencontre, mais l'essentiel du chemin, c'est Lui qui le fait, et c'est Lui qui est dans la hâte. On nous dit que "Marie partit en grande hâte" et cette hâte qui saisit Marie, c'est la hâte qui est dans le cœur de son enfant, c'est la hâte qui est dans le cœur de Dieu, car Dieu a hâte de nous rencontrer c'est en Lui un désir pressant, véhément, qui le pousse vers nous. Et tout le mystère de notre salut c'est le mystère de cette soif que Dieu a de notre amour, de notre réponse à son amour, de notre bonheur. Oui, nous cherchons légitimement à être heureux, mais nous ne savons peut-être pas assez que Dieu a encore plus soif de notre bonheur que nous n'en avons nous-mêmes le désir. Personne ne désire pus notre plénitude, notre joie que Dieu Lui-même. C'est pourquoi nous devons nous en remettre à ce désir de Dieu, à cette venue de Dieu, mettre toute notre confiance entre les mains de Dieu car Il nous aime plus que nous ne saurons jamais nous aimer, plus que nous ne sommes capables d'aimer, et c'est cet amour de Dieu qui transforme notre vie, qui vient la prendre au fond de notre péché, au fond de notre solitude, au fond de nos ténèbres, pour nous amener à la Lumière, car c'est Lui qui nous a aimés le premier.

Bénie soit Marie qui nous a donné Dieu-qui-vient ! Bénie soit Marie qui a apporté l'Enfant Jésus auprès de Jean-Baptiste ! Bénie soit Marie qui a apporté Jésus enfant à l'humanité tout entière et à chacun de nous et qui ne cesse de nous le donner.

 

AMEN

 
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