AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE À ZACHARIE

Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – C

(18 décembre 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'annonce à Zacharie

C

 

e passage de l'évangile que nous venons de lire est sans doute un texte propre à nous mettre exactement dans l'attitude qui convient pour accueillir l'avènement du Seigneur.

En effet, on dirait qu'il y a de la part de Zacharie une sorte de contradiction. Il est prêtre, il vit dans ce temps bien réglé qui est le calendrier liturgique, complètement orienté vers la présence de Dieu. Il accomplit son service au moment voulu, en allant offrir l'encens dans le Temple. Il vit dans cette espèce de relation très pacifique et très familière avec Dieu, il entre dans le sanctuaire, ce qui n'était pas permis à ceux qui ne faisaient pas partie de la classe des prêtres. D'autre part, il est marié et il n'a pas d'enfant. Et c'est là que, au contraire de sa vie religieuse normale de prêtre, il est complètement brisé dans son désir profond qui traverse tout l'Ancien Testament et toute la sensibilité d'Israël de pouvoir susciter une postérité, d'avoir un fils qui accueillerait l'héritage, non seulement l'héritage de ses biens matériels, mais surtout l'héritage de ce qu'il est, l'héritage de sa foi.

Par conséquent Zacharie est un homme dont le désir est à vif, parce qu'il aurait voulu avoir un enfant, mais que maintenant, il sait que, humainement, il ne peut plus en avoir. Ce qui est tout à fait étonnant, c'est qu'au moment où l'ange vient, où l'ange dit à Zacharie : "Voilà que ton désir va être exauce, ce que tu n'attendais pas, voilà que cela va se faire !" Cela c'est la merveille de la délicatesse de Dieu ! Dieu qui vient au-devant de notre propre désir et qui dit : "Même si ce désir n'est pas réalisable, Moi, je vais le réaliser pour toi !" curieusement Zacharie ne croit plus ni à son désir, ni à la possibilité que Dieu a de le réaliser. Par son attitude d'incrédulité, Zacharie met le doigt sur la contradiction la plus profonde à l'intérieur de notre propre existence.

A la fois, nous sommes des êtres de désir et nous ne croyons pas vraiment à notre propre désir. Si on nous dit : "Dieu se donne à toi" nous croyons que finalement ce n'est pas possible. C'est cela le grand mystère de Zacharie. Il représente ce qu'il y a de plus profond en nous du point de vue de notre péché : à la fois le désir fou de recevoir quelque chose de Dieu, et au moment même où Dieu nous dit : "Voilà, je te le donne !" curieusement c'est trop beau, on n'y croit plus. Et alors Dieu a, par l'intermédiaire de son ange, cette espèce de répartie : "Puisque je vais réaliser quelque chose à quoi tu ne crois pas, cela va s'accomplir dans le silence, tu ne pourras pas parler." J'allais dire, c'est une punition, mais avec un tel humour. C'est de dire à Zacharie : "Puisque vraiment tu n'y crois pas, tu ne pourras pas vraiment en parler, avant que cela se réalise, avant que tu l'aies vu se réaliser sous tes yeux." Evidemment, d'ailleurs, au moment où cela s'accomplira Zacharie pourra en parler d'une manière infiniment plus belle et plus profonde, il chantera le Benedictus : "Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël parce qu'Il vient pour visiter et racheter son peuple !"

C'est là toute notre condition humaine. Dieu sait tous les désirs qui se cachent dans notre cœur. Dieu sait tous les regrets, les tristesses, tous les chagrins, toutes les faiblesses aussi, tous les péchés concernant notre propre désir. Et nous n'allons jamais jusqu'au bout de notre propre désir qui est de reconnaître que c'est Dieu que nous voulons. Et chaque fois que Dieu vient et dit : "Me voici ! Je viens pour toi !" curieusement, nous avons un mal fou à y croire. Nous n'osons pas y croire, et d'une certaine manière, nous sommes toujours frappés d'un certain mutisme. On ne peut pas desserrer les dents, parce que nous sommes pris à notre propre contradiction : à la fois ce désir d'infini, ce désir de Dieu, ce désir d'absolu, et en même temps le fait que Dieu, nous prenant au jeu de notre propre désir, nous-mêmes, à tout moment, nous reculons et nous avons peur, et nous avons envie de dire à Dieu : "Non ! Ne va pas jusque-là ! Laisse-nous dans notre univers tranquille ! Laisse-nous ne pas faire face ni à Toi-même, ni au désir que nous avons de Toi !"

Et bien c'est précisément pour cela que le Christ est venu. Il est venu au-devant du désir de l'homme. Dieu connaît le cœur de l'homme. Dieu connaît son désir et Il sait toutes les aspirations qui sont au fond de notre cœur. Il sait qu'il y a des aspirations folles, mais Il sait aussi, surtout, qu'il y a un désir profond de le rencontrer, de vivre totalement et pleinement dans son amitié. Il y a un désir d'immortalité, un désir de fou de vie dans notre cœur. Et Dieu nous dit : "Ton désir ne mourra pas !" Et nous avons terriblement de peine à le croire. Et pourtant, c'est cela que le Christ est venu nous apporter. Il est venu nous apporter cette vie qui peut, seule, combler la totalité de notre désir. La seule chose qu'Il nous demande c'est d'y adhérer de tout notre être, de tout notre cœur.

C'est cela précisément qu'on appelle la foi. Au moment où nous entrons dans le temps de la célébration de la venue du Sauveur, la seule chose qui nous est demandée, c'est de croire à cet impossible que Dieu vient, que notre désir, notre désir si perdu soit-il, si égaré soit-il, peut être ressaisi, peut être transfiguré, peut être divinisé par la présence même du Dieu qui vient. C'est à cela que nous sommes appelés aujourd'hui et il faut, il faut absolument que nous y répondions vraiment, dans la foi.

 

AMEN

 
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