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TU ES BÉNIE !

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – B

(19 décembre 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

T

u es bénie entre les femmes et béni le fruit de ton sein !" Nous connaissons très bien cette formule puisque c'est une des phrases de la salutation angélique, de ce "Je vous salue, Marie !" que l'on égrène au fil des chapelets. Pourtant avons-nous jamais remarqué le paradoxe de ce texte. "Tu es bénie et béni le fruit de ton sein !"

Ces paroles d'Elisabeth nous montrent qu'elle a salué d'abord la Mère avant de saluer l'Enfant. Elle a dit la bénédiction de Marie avant de reconnaître la source de toute bénédiction qui est le fruit de son sein. C'est étonnant, car Elisabeth avait déjà reçu, senti la présence de son Seigneur à travers le tressaillement de son propre enfant dans son sein. Et pourtant elle salue la vierge Marie avant de saluer le fruit de son sein. Il y a là quelque chose de très important pour nous.

Dieu ne vient dans le monde, Dieu ne vient parmi les hommes comme source de bénédiction qu'à travers le signe maternel de Marie et le signe maternel de l'Église. Pour entrer dans la bénédiction de Dieu, il faut passer par la bénédiction de l'Église. Pour entrer dans la source des bienfaits, il faut d'abord reconnaître le canal et la voie et le chemin du bienfait. Tel est le sens de ce que nous célébrons aujourd'hui à travers cette étape préparatoire à Noël. C'est vrai que tout notre cœur est tourné vers le moment où le Fils "sor­tant de son pavillon" comme le dit le psaume 18, vient à la rencontre de l'homme. C'est vrai que tout notre cœur est tourné vers le moment de la rencontre per­sonnelle de Dieu avec les hommes, en Jésus-Christ. Et pourtant ! Pourtant, pour que cette rencontre ait lieu, il faut qu'il y ait l'Église, il faut qu'il y ait la chair de Marie qui porte, qui donne, qui apporte le Verbe de Dieu. Dieu ne vient pas tout seul. Dès le premier mo­ment de sa présence parmi les hommes, Il est porté par la chair de Marie.

Et aujourd'hui encore, chaque fois que nous voulons remonter à la source de tout bienfait et de toute bénédiction, il y a cette présence maternelle de l'Église. C'est dans le même sens que nous avons en­tendu le Cantique des cantiques. C'est vrai que, dans cette affaire, tout est mû par le désir de la rencontre du Bien-Aimé et de la Bien-Aimée. Et pourtant, il y faut le printemps, il y faut les bourgeons qui reverdis­sent, il y faut ce cadre du renouveau global de la vie, du bonheur, ce sens de quelque chose qui éclôt. Et à l'intérieur de cela, à l'intérieur de ce renouveau du printemps, se manifeste la présence du Dieu vivant.

C'est pour cela que l'Église dure dans le monde malgré toutes ses failles, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher, malgré tout ce qu'on trouve qui lui manque. Elle est là, simplement, comme celle qui, première héritière de la bénédiction, ne la garde pas pour elle-même, mais au contraire bondit sur les col­lines de Judée, s'avance dans toutes les directions de ce monde, aux quatre vents, pour porter le Verbe de Dieu qui déjà commence à mûrir en son sein. Tel est le sens de notre propre vocation de chrétien. Tel est le sens de notre mission : porteur de Dieu. Oui, bien sûr, mais non pas pour le garder pour nous, non pas pour le cultiver en serre chaude, mais porteur de Dieu pour que nous soyons témoins des bénédictions et des bienfaits qui nous ont été donnés.

Qu'en cette eucharistie où nous allons, une fois de plus, célébrer comme Église, la présence de la chair de Dieu à l'intérieur de nous-mêmes, nous réali­sions mieux à quel point ce don qui nous est fait n'est pas simplement pour nous, n'est pas réservé à nous, mais qu'il est le don de Dieu au monde. Et rendons grâce à Dieu de ce qui, si pécheurs et si faibles que nous soyons, nous ayons été, par pure grâce, associés à cette manière dont Dieu veut se donner au monde.

 

 

AMEN