AU FIL DES HOMELIES

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UN SCEPTRE ISSU DE JACOB

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 10, 37-42

Mercredi de la troisième semaine d'Avent – A

(16 décembre 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

es quelques versets peu connus de l'évangile de saint Jean nous montrent que, même à la veille de la Passion, le souvenir, la présence prophétique de Jean-Baptiste était encore très vif. Non seulement Jésus se retirait dans les lieux mêmes où Jean avait baptisé, mais encore ceux qui venaient à Lui se remémoraient la mission de Jean-Baptiste et sa prédication et constataient que tout ce qu'il avait an­noncé était accompli en Jésus. Tout ce temps d'Avent, où nous avons accompagné pas à pas Jean-Baptiste dans sa mission de précurseur, culmine dans ces petits versets où nous voyons Jean, au-delà de son martyre et de sa mort, conduire encore les foules à Jésus. Toute l'annonce de Jean s'accomplit dans le Christ au moment même où l'antagonisme croissant entre Jésus et les juifs qui cherchaient à le faire mourir réalisait ce que le dernier des prophètes avait proclamé.

Cette annonce prophétique, le passage des Nombres nous la montre dans ses racines les plus anciennes par l'oracle de Balaam qui se situe au mo­ment où Israël, prêt à entrer en Terre Promise, se constitue comme peuple. Le roi de Moab essaie de soudoyer Balaam un prophète pour maudire Israël. Mais ce prophète est emporté par l'Esprit du Seigneur au-delà de ce qu'il voudrait faire, au-delà de ce pour quoi le roi de Moab l'a payé. Et au lieu de maudire Israël, rempli de la lumière de Shaddaï, ses yeux étant illuminés, il voit prophétiquement la splendeur d'Israël et surtout "un héraut", "un astre"," un scep­tre", "un roi se lever du milieu d'Israël." Un roi plus grand que tous les rois de l'époque, un roi qui s'élève au-dessus de peuples nombreux, un roi qui n'est donc pas seulement le roi d'Israël mais dont la royauté a déjà un caractère universel, un roi qui illumine toute la terre, un roi qui fera l'unité de l'humanité tout en­tière autour de la vocation d'Israël, autour de la Ré­vélation faite à Israël.

Il y a ainsi dans la Bible, dès les origines, et ensuite à plusieurs reprises, des moments privilégiés où le caractère universel de la vocation d'Israël est soulignée. Israël n'est pas un peuple choisi pour lui-même, mais pour qu'il soit l'initiateur de la domina­tion de Dieu, domination qui n'est pas un pouvoir politique mais spirituel, sur l'univers tout entier, sur tous les peuples. Et c'est cela qui se réalisera en Jésus qui est cet Astre issu de Jacob, qui est ce Roi issu de la lignée de David, que Balaam ne pouvait pas encore imaginer. Jésus est ce Roi, non pas un roi qui impose­rait une domination d'ordre terrestre, mais le roi d'un Royaume Nouveau, d'un royaume d'une autre dimen­sion, ce Royaume dont Il parlera à Pilate au moment où, défiguré, flagellé, livré à la vindicte des foules comme un brigand, il lui dira : "Mon Royaume n'est pas de ce monde, mais Je suis roi !"

Oui, le Christ est roi, roi de toutes les profon­deurs du cœur humain, roi de toutes les profondeurs de l'humanité, roi de toutes les profondeurs de cet univers qui nous entoure, un roi qui va amener au plein jour ces réalités intimes les plus importantes auxquelles nous ne faisons pas attention habituelle­ment, mais qui sont la vérité de notre vie, la vérité de notre vocation et la vérité de la vocation de l'univers tout entier. Oui, cet Enfant qui va naître, cet homme en tout semblable aux autres hommes, ce prédicateur des routes de Galilée, cet homme refusé, flagellé, cloué sur la croix, cet homme apparemment quel­conque ou même en-dessous des glaires humaines, cet homme est le roi, le roi du Royaume nouveau, le roi du Royaume éternel. Il est Celui qui apporte à tous les hommes le sens profond de toute l'histoire. Dès l'aube de l'histoire Balaam, dans son regard prophétique que Dieu lui donnait, entrevoyait ce mystère de la royauté universelle et spirituelle de Jésus. Quand je dis spiri­tuelle, je ne veux pas dire une royauté purement des esprits, mais une royauté qui s'instaure par l'Esprit saint, par l'Esprit de Dieu, car elle ne s'étend pas seulement aux choses de l'esprit, aux choses du cœur, mais à l'univers tout entier même dans sa dimension matérielle car elle le transfigure, elle le transporte, elle le surélève, elle le conduit au-delà de ses appa­rences, au-delà de ce qui nous frappe d'abord quand nous regardons le monde ou notre propre vie.

Alors, en nous approchant de Noël, laissons-nous atteindre par cette prophétie de Balaam, par cette annonce de la royauté du Christ sur le fond de notre être et du monde qui nous entoure. Laissons-nous convertir à un regard qui, au-delà des apparences, va jusqu'au fond des choses et qui discerne, déjà ce Royaume de Dieu en train de naître ce Royaume de Dieu à l'œuvre dans notre monde, ce Royaume de Dieu où toutes choses seront accomplies et trouveront leur sens.

 

 

AMEN

 

 
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