AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA JOIE DE JEAN-BAPTISTE

Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – B

(18 décembre 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

V

oici donc qu'après avoir entendu hier la gé­néalogie de Jésus, son enracinement dans ce peuple d'Israël, dans la promesse faite à Abraham et renouvelée à David, Voici qu'aujourd'hui nous nous approchons davantage de la nativité de Jésus, de sa crèche, et c'est le commencement des "annonciations", par l'annonciation à Zacharie qui nous est proposée en ce jour.

Saint Augustin hier soir nous invitait à voir la différence entre cette annonciation à Zacharie et celle à Marie que nous célébrerons dimanche prochain. Ici c'est le doute, Marie c'est la foi. Zacharie c'est la vieillesse de cette première Alliance qui est au bord d sa fin, Marie, c'est la nouveauté de l'Alliance nouvelle qui jaillit de l'éternelle jeunesse de Dieu. Ici, c'est Jean-Baptiste, l'ultime lumière de cette Alliance an­cienne, le dernier et le plus grand des prophètes, qui nous conduit jusqu'au seuil de la nouvelle Alliance qui va commencer dans le sein de Marie, par la venue de Dieu dans la chair.

C'est donc Jean-Baptiste qui est au centre de la page d'évangile d'aujourd'hui, Jean-Baptiste d'ail­leurs qui a rempli tout ce temps de l'Avent car il en est le personnage central avec Marie, Jean-Baptiste qui est celui de l'attente, de l'annonce, de l'approche de Dieu qui vient. Je voudrais m'arrêter un instant sur un point particulier de cet évangile d'aujourd'hui, de cette annonciation à Zacharie de la naissance de Jean-Baptiste. L'ange dit à Zacharie : "Ta supplication a été exaucée, ta femme t'enfantera un fils. Tu l'appelle­ras du nom de Jean. Tu auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance". Voilà que l'ange place la naissance de Jean-Baptiste sous le si­gne de la joie. Ceci peut peut-être nous surprendre car dans l'évangile et dans l'imagination populaire, Jean-Baptiste apparaît plutôt comme un personnage austè­res, vivant dans le désert, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, Jean-Baptiste qui annonce la ve­nue d'un Messie vengeur, d'un Messie qui va recueillir le grain et jeter la bale au feu, d'un Messie qui va pu­rifier son peuple. Jean-Baptiste nous apparaît bien comme un prophète de l'Ancien Testament qui manie la condamnation en même temps que la promesse, la purification et le jugement, en même temps que le salut.

Pourtant, ce n'est pas un simple verset isolé qui nous parle de joie à propos de Jean-Baptiste. D'une certaine manière tous les textes évangéliques reviennent comme par un refrain, à ce thème de la joie. Souvenez-vous de la visitation, quand Jésus dans le sein de la Vierge s'approche de Jean-Baptiste en­core dans le sein de sa mère, Elisabeth, que se passe-t-il ? Quand la parole de Marie atteint les oreilles d'Eli­sabeth et elle dit : "A l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein". Voilà donc que Jean-Baptiste avant même de naître, est déjà rempli de l'Esprit Saint, c'est d'ailleurs ce que l'ange annonçait à Zacharie : "Il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère", et la venue de l'Esprit provoque son allégresse, la joie. Et quand Elisabeth mettra au monde Jean-Baptiste, ce que nous lirons dans quelques jours, tous les voisins et les proches regardent cette naissance comme la manifestation de la miséricorde de Dieu, ils se ré­jouissent avec Elisabeth.

Comment cet homme qui va vivre dans la so­litude, dans l'ascèse et le jeûne, comment peut-il être ainsi signe et symbole de joie ? Je crois que pour bien comprendre cette joie de Jean-Baptiste à ce texte de la visitation que nous lirons demain, et aussi ce texte que nous lisions aux vigiles de dimanche dernier quand les disciples de Jean-Baptiste viennent se plaindre à lui de ce que Jésus, lui fait de la concur­rence en prêchant et en baptisant lui-même et en dé­tournant les foules vers Lui. Que disait Jean-Baptiste à ses disciples ? "Vous êtes témoins que je vous ai dit que je ne suis pas le Christ. Je suis envoyé devant lui, et celui qui a l'épouse est l'Époux, mais l'ami de l'Époux est rempli de joie à la voix de l'Époux. Telle est ma joie, elle est parfaite, il faut qu'Il grandisse et que moi je diminue". Je crois que ce texte comme un écho à la venue de l'Esprit au moment de la visitation sur Jean-Baptiste et qui l'a fait tressaillir de joie, ce texte nous fait pénétrer au plus profond de la mission spirituelle de Jean-Baptiste. Il est celui qui s'efface devant le Christ, il est l'ami de l'Époux et le centre de sa vie, c'est la voix de l'Époux qu'il perçoit, s'avançant au-delà de lui et devant lequel il va disparaître et s'ef­facer. "C'est là ma joie, elle est parfaite", dit Jean-Baptiste.

La joie de Jean-Baptiste, c'est d'être entière­ment tourné, polarisé d'une certaine manière par la voix de l'Époux. Il ne comprend pas encore parfaite­ment ce que sera la mission de Jésus comme Messie, il attend toujours un Messie qui va apporter le juge­ment, la vengeance de Dieu, au point que devant les actes de miséricorde du Christ, nous lisions cela, il y a quelques jours, il enverra ses disciples dire : "Es-tu celui qui doit venir ? Devons-nous en attendre un autre ?" Je ne dis pas que Jean-Baptiste a tout saisi de la mission de Jésus, et pourtant, toute sa personne, toute sa vie, toute sa mission est centrée vers cette voix du Christ qui s'avance, qui vient et qui va tout transformer, tout modifier. Jean-Baptiste est prêt à cette modification, il est prêt à s'effacer devant le Christ, à disparaître devant Lui, et c'est cela sa joie. La joie de celui qui annonce et qui est heureux que celui qui est annoncé vienne et transforme le monde dans lequel Il s'avance. Cette joie peut s'effacer de­vant un miracle, un mystère qui le dépasse et qui est plus grand que lui, qui est plus grand que ce qu'il a pu en comprendre et en pressentir, et devant ce nouveau mystère, Jean-Baptiste disparaît.

Je crois que nous tous qui avons comme dis­ciples du Christ à être parfois les annonciateurs du Christ qui vient, nous qui parlant les uns aux autres du Christ qui s'approche, sommes comme Jean-Baptiste, des précurseurs de la venue du Christ dans le cœur de nos frères, nous devons nous aussi savoir nous effacer devant Dieu qui vient, savoir mettre toute notre joie à pressentir ce mystère qui nous dépasse, à l'annoncer et à disparaître devant lui.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public