AU FIL DES HOMELIES

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LA CULPABILITÉ DU CHRÉTIEN

Ba 5, 1-9 ; Mt 24, 28-32

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – A

(15 décembre 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n reproche souvent aux chrétiens de ne pas avoir l'air de ressuscités, d'afficher une mine triste. Mais, ce n'est pas facile de se tenir dans le Salut. On ne peut pas faire comme si les choses étaient déjà acquises, et que nous soyons simplement en attente d'un salut et que nous ayons à jouer la faribole et à attendre le don de Dieu. Dieu touche à des endroits douloureux de nous. Ce serait plus facile d'accepter que les choses soient acquises comme telles, qu'il y ait une sorte de clivage en nous : ce qui ne va pas d'un côté, je l'accepte et j'y consens, je me refuse même à l'admettre, comme le fils de l'évangile qui dit qu'il va à la vigne mais qui n'y va pas !

Le Seigneur nous attend toujours au tournant de notre inachèvement. Nous avons à accepter un certain nombre de défauts en nous, des choses qui ne sont pas encore en place, et nous en souffrons. C'est parce que nous en souffrons que nous attendons l'expérience de la miséricorde, le don de la grâce. Nous ne pouvons pas nous considérer d'emblée comme tranquilles avec nous-même, comme poussés à souffrir de nos inachèvements, et nous souffrons en plus de ceux des autres frères, en prenant bien conscience que tout cela s'articule. Quand le Seigneur vient nous convertir, il faut pour cela qu'il y ait une sorte de reconnaissance que nous avons besoin de cette conversion et que nous sommes dans une impossibilité de nous sauver nous-même. Donc, pour que cette grâce du pardon vienne cicatriser de façon pertinente, il faut que nous souffrions de nos inachèvements et de nos péchés. Ce qui fait que nous pouvons regretter que nous n'ayons pas l'air d'être des sauvés, mais il se fait que nous les chrétiens (un peu d'encensoir ne nous fait pas de mal), sommes des gens qui se confrontent peut-être plus que d'autres à l'exigence d'une unité intérieure.

La reconnaissance du péché, c'est déjà au moins reconnaître que nous sommes "un", et de renoncer à ces clivages qui sont ces doubles langages, ces doubles jeux, qui sont en général l'apanage de ceux qui vont renoncer à être "un" sauvés par Dieu à être "un" homme et homme en Dieu. Il y a une sorte d'exigence intérieure du message chrétien qui fait que nous ne pouvons pas nous sentir tranquille et qu'il y a des moments de peine vis-à-vis de nous-mêmes, ou vis-à-vis des autres. C'est en cet endroit de peine qui pourrait se conjuguer avec le remords de celui "qui ne veut pas y aller", et ensuite, pris de remords, il y va. Dans cette prise de conscience que notre volonté ne s'accorde par à celle de Dieu nous avons à opérer une couture, un rapprochement, un accord entre la volonté de Dieu et la nôtre. Cet accord ne se fait pas sans peine d'ailleurs, sans difficulté intérieure. Les chrétiens sont des gens qui acceptent de se confronter sans arrêt à cela. Ce serait plus facile de faire comme l'autre : je te réponds ce que tu veux, mais je ne le fais pas ! Au bout d'un moment la mauvaise conscience finira pas s'éteindre au fond de moi. Mais, nous, en tant que chrétien, nous acceptons d'être confronté à cette exigence, comme le dit saint Paul : "je fais ce que je ne veux pas et ce que je veux, je ne le fais pas". Cette exigence, cette articulation exacte de la mauvaise volonté et du remords pourrait effectivement venir soulever cette mauvaise volonté ou susciter une culpabilité.

Les chrétiens, contrairement à ce qu'on nous reproche souvent, ce sont des gens qui travaillent au sens profond du terme, leur culpabilité. Pourquoi ? Parce que la foi offre un "devant" à la culpabilité, il y a quelqu'un devant cette culpabilité, elle ne nous est pas renvoyée en pleine face, elle est reçue, accueillie par Dieu, encore faut-il que nous la reconnaissions pour qu'Il la transforme et qu'il nous la renvoie en pardon, en grâce, en salut. Les chrétiens sont des gens coupables. Ce serait illusoire de croire que nous pouvons balayer cette culpabilité, mais nous l'acceptons d'autant plus parce qu'elle est l'occasion non pas d'y rester, mais de la voir se transformer et d'être le lieu de rencontre avec quelqu'un qui a la force de la transformer. Donc, plutôt que d'éteindre la culpabilité ou de la nier, ce qui serait pire encore, elle est la point de départ, un des éléments, une articulation, un moment qui nous permet d'aller plus loin et de rencontrer plus avant le Seigneur du pardon et de la vie.

 

 

AMEN

 

 
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