AU FIL DES HOMELIES

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ACCUEILLIR, APPROFONDIR, TRANSMETTRE LA PAROLE

Is 7, 10-14 ; Lc 1, 26-38

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – C

(20 décembre 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e signe merveilleux de cette Vierge qui enfante c'est pour nous l'occasion de méditer cette vocation unique de la Vierge Marie d'accueillir celui qui est Fils de Dieu et qui va naître dans notre monde. Mais ce qui est unique chez la Vierge Marie elle ne l'a pas seulement pour elle, même si nous ne sommes pas appelés à être chacun mère de Dieu, puisque d'abord les hommes auraient des difficultés, mais que déjà il y en eu une, et ce n'est pas la peine d'en avoir d'autres, la réalité, la grâce, l'histoire du salut qui se réalise dans le cœur et le sein de Marie, équivalemment doit se vivre dans chacune de nos existences et dans la nature même de l'Église.

Il y a un fort beau texte d'Isaac de l'étoile qui fait partie de ces moines cisterciens du Moyen-Age qui disait que tout ce qui s'applique à la Vierge Marie peut être dit de l'Église, et inversement. C'est pour cette réalité que le Christ lui-même sur la croix, en voyant Marie sa mère et le disciple qu'Il aimait, et que l'on identifie à l'apôtre saint Jean, dit à Marie : "Voici ton fils", et à saint Jean, "voici ta mère". Le Christ induit donc dans le signe de sa mère le signe de l'Église mère.

C'est pourquoi l'Église est considérée comme la nouvelle Ève, ce nom voulant dire mère des vivants, que l'Église à l'instar de la Vierge Marie est vierge et mère, épouse immaculée et en même temps épouse du Christ qui doit lui donner des enfants, ce que réalise le baptême : nous avons Dieu pour Père, nous sommes configurés au Christ, et nous sommes rempis de l'amour de l'Esprit Saint mais nous reconnaissons en même temps que nous ne sommes pas seulement fils, mais frères, frères de tous ceux qui sont renés de l'eau et de l'Esprit Saint et qui constituent cette Église. L'Église est donc l'instrument entre les mains de Dieu de cette possible filiation, de cette possible naissance des hommes à la vie divine. Ainsi lorsque Marie est désignée par l'ange pour être cette mère de Dieu, peut-on appliquer du coup ce qui se passe en Marie, à l'Église et par répercussion à chacun d'entre nous. En effet, d'abord, il y a l'idée qu'il faut accueillir ce que Dieu propose. Il nous fait don de sa vie, par sa Parole. Elle accueille la Parole de Dieu qui lui est transmise par l'ange. L'Église n'est pas d'abord celle qui doit dire la Parole, elle est d'abord celle qui est choisie pour accueillir cette Parole, pour la méditer, pour la célébrer, pour se rendre compte qu'elle est la première bénéficiaire du salut. C'est la première des réalités.

Une fois que cette Parole a été accueillie, bien sûr, il faudra la donner, il faudra la transmettre, mais avant cela, pensons que la Vierge Marie a vécu dans la réalité de l'approfondissement du mystère de sa propre maternité, pendant au moins neuf mois. De toute manière, avant que Marie ne devienne le signe de la mère qui enfante ce qu'est l'Église, pendant une trentaine d'années, d'abord, elle a élevé son Fils, elle l'a éduqué, elle lui a appris à manger, à s'habiller, à prier, et donc elle a approfondi ce mystère de la présence de Dieu, du Fils de Dieu, non seulement dans sa vie, mais dans la réalité même de sa vie quotidienne et familiale. C'est ce que nous devons faire. Nous devons prendre le temps de saisir le don de Dieu, nous devons prendre le temps de sans cesse méditer et approfondir la grâce qui nous a été faite par notre baptême confirmation, et l'eucharistie qui est donc l'accueil du don de Dieu. C'est aussi ce temps qui nous permet d'intérioriser ce que le Seigneur nous accorde et ensuite de le transmettre, de le donner, de comprendre que cet accueil et cet approfondissement ne nous replient pas sur nous-mêmes, mais nous appellent à être encore plus féconds.

Et l'on comprendra dès lors que l'annonce de la Parole de Dieu, sa transmission, la mission de l'Église ne lui appartient pas et la dépasse, mais que pour pouvoir enfanter quelqu'un d'autre à la vie divine, d'abord, c'est Dieu qui enfante, nous n'en sommes que les instruments, et il faut avoir soi-même été enfanté et avoir pris le temps de ce propre enfantement, de cette propre vocation.

Il m'arrive assez régulièrement d'avoir des jeunes un peu tout feu tout flamme parce qu'ils viennent d'être saisi par Dieu, de découvrir quelque chose de l'immensité de Dieu dans leur vie, et souvent, ils voudraient secouer les puces de cette vieille Église qui semble ne plus bouger, s'appesantir, et voire même ils peuvent reprocher au prêtre de ne pas en faire assez, de ne pas avoir conscience de la grâce qui est en lui, et de ne pas déborder d'exultation et de joie et de crier alleluia dans la rue. Il faut faire attention, nous sommes tous appelés comme la Vierge Marie à faire et à passer par ces trois étapes : l'accueil, la méditation, et enfin de donner ce que nous avons reçu et au-delà même de ce que nous avons pu recevoir. Si nous ne prenons pas le temps de cela, on ne peut pas comprendre que nous croyons en un Dieu qui se révèle. Le Dieu qui se révèle, c'est le Dieu qui prend le temps, c'est cela que ça veut dire, Il prend le temps de parler à l'homme, Il prend le temps de converser avec l'homme. Dieu prend le temps de l'histoire de l'homme, de son quotidien. Il prend le temps de tout ce qui se passe au fur et à mesure, car Dieu ne brusque pas son histoire du salut. D'Adam en passant par Abraham, David, les prophètes, c'est le temps de Dieu avec nous, dans notre histoire qui devient histoire sainte, dans nos petites histoires qui deviennent le lieu même de la rencontre, et donc de la conversion. La Vierge Marie a accepté cela : elle reçoit la Parole que par l'ange il lui est donné d'entendre, elle fait fructifier cette Parole, et le Verbe se fait chair. Et au pied de la croix, elle peut accepter son ultime vocation : désormais tu seras mère de tous les hommes.

Si cela a été demandé à la Vierge Marie, on ne voit pas pourquoi le chrétien en serait dispensé ?

 

AMEN

 

 

 

 
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