AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE CŒUR DE NOTRE FOI

Mi 5, 1-4 ; Lc 1, 26-38

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – A

(19 décembre 2007)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, je crois qu'il est toujours nécessaire de rappeler cet épisode de l'Annonciation dans l'ensemble de l'économie du salut, dans l'ensemble du plan de Dieu sur l'humanité. En effet, c'est que l'on a concentré cette scène sur le problème de la vierge Marie, le fait que cette jeune fille devienne enceinte c'est vrai, mais il faudrait savoir pourquoi on a pu proclamer des choses comme celle-là au point que cela fait partie du cœur de notre foi, dans le Credo on dit : est né de la vierge Marie.

Le problème est plutôt simple. Nous chrétiens, nous croyons que le monde de Dieu et le monde des hommes, la création, le créateur et les créatures ne sont pas deux royaumes absolument étanches et séparés l'un de l'autre qui n'auraient rien à voir, au contraire. Non seulement la création a été créée par le créateur, voulue par lui, comme nous le croyons en commun avec les juifs et les musulmans. Les juifs disent : le ciel, c'est le ciel du Seigneur, la terre Il l'a donnée aux fils des hommes, c'est-à-dire que le ciel c'est Dieu qui gère, et la terre c'est l'homme qui gère, et normalement, c'est étanche. Dieu intervient sur la terre, mais Il intervient par des délégués. Or ce que les chrétiens ont cru depuis le début, et j'entends la mort et la résurrection du Christ, ils ont cru que Jésus de Nazareth Fils de Dieu a franchi et ouvert cette limite aux yeux humains, infranchissable, entre le terre et le ciel. La résurrection c'est le mystère par lequel le Fils de Dieu dans sa chair, son humanité, franchit de façon décisive, non seulement pour lui évidemment puisqu'il ressuscite, mais pour toute l'humanité puisqu'elle est appelée à ressusciter à sa suite, franchit la limite entre la terre dans laquelle il avait pris racine et partagé la vie des hommes pour entrer dans la gloire de Dieu, et faire rentrer cette humanité qui est la nôtre dans la gloire de Dieu. Aujourd'hui encore, nous croyons que dans le cœur même de la Trinité, il y a un homme, l'humanité de Jésus.

Pour les premiers chrétiens, cette affirmation est le cœur même du mystère, que la terre désormais ne soit plus un monde isolé, coupé de sa racine divine et céleste mais qu'au contraire, il y a un lien qui est l'humanité même de Jésus. Ce qui fait tenir ensemble aujourd'hui la terre et le ciel c'est l'humanité de Jésus ressuscité. C'est ça le lien, et il n'y en a pas d'autre. Cela peut paraître curieux que l'univers visible et l'univers invisible ne tiennent à Dieu au cœur même de la Trinité que par l'humanité de Jésus mort et ressuscité. C'est le cœur de notre foi, il est certain que ni musulmans, ni juifs ne peuvent croire une chose pareille. Nous chrétiens, c'est ce que nous croyons. C'est radical et fondamental, c'est la pierre de touche de la foi. Or, et c'est là que nous arrivons à l'Annonciation, comment se pose la question ? On est sûr qu'Il est passé de ce monde au Père, mais la question qui se pose à ce moment-là, c'est comment est-Il venu du Père dans ce monde ? Le salut, c'est un billet aller et retour. Au début, ce qu'on a connu, c'était le retour. Il est passé de la création, de la condition crée, Il était homme comme nous, et dans son humanité ressuscitée Il a introduit cette humanité dans le cœur de Dieu. Il l'a faite sienne à un tel point qu'aujourd'hui elle partage pleinement et définitivement la gloire de Dieu. Donc, la question est de se dire : comment celui qui est le Fils de Dieu, celui qui est Dieu est entré dans le monde ? Le récit de l'Annonciation, c'est précisément cela. C'est comment Dieu est entré dans le monde. La réponse peut paraître désarmante, mais c'est cela : Dieu créateur est entré dans le monde créé par une créature, par une femme.

En soi, Dieu aurait très bien pu, Il n'en est pas un miracle près, Il aurait très bien pu entrer dans le monde en se façonnant directement à lui-même son humanité. Il n'était pas obligé de passer même par l'enfance, de passer par toutes les étapes progressives de l'humanité, rien n'empêche dans le vouloir et la toute puissance divine qu'un homme arrive tout à coup comme Melchisédech qui n'a ni père ni mère. Non, Il a voulu une mère, et Il a voulu que cette femme, la vierge Marie, une créature totalement créature comme nous, là-dessus il n'y a pas de problème, l'absence de péché originel ne change rien au problème, elle est une femme comme nous, née de la race humaine, Il a voulu entrer dans le monde à travers l'humanité d'une femme, à travers l'humanité physique, elle est réellement mère, et à travers également son humanité spirituelle psychique, elle a dit : oui. Ce que nous croyons, c'est le mystère même de l'entrée de Dieu dans le monde. C'est cela l'Annonciation. Après que l'on développe la spiritualité du Fiat, soit, mais il ne faut pas perdre de vue le cœur du problème. Le cœur du problème c'est que Dieu est entré dans le monde de façon aussi radicale, mystérieuse et inconnaissable qu'il n'en est sorti par la résurrection. Incarnation dans le sein de la vierge Marie et Résurrection pour entrer dans le sein du Père, c'est le même problème. Dans un cas l'Incarnation c'est l'aller, et la Résurrection, c'est le retour. Dans les deux questions, c'est le passage entre les deux mondes. C'est pour cela que cette page de l'Annonciation dans l'évangile est si fondamentale pour notre foi, si radicale. Pour Marie elle-même, le mystère est aussi obscur et difficile à comprendre que pour nous. Elle n'a pas été mère par une sorte d'expérience à elle spécifique, elle a été mère dans le mystère même de l'entrée de Dieu dans l'existence du monde, et cela, avec les moyens humains, c'est incompréhensible. Pour nous, Marie reste le prototype même de la foi. Marie n'a pas eu de révélations spéciales pour comprendre comment le Fils de Dieu entrait dans le monde. Elle l'a vécu dans l'obéissance: qu'il me soit fait selon ta parole, voici la servante du Seigneur, et elle a eu une foi encore plus radicale et plus absolue que la nôtre. De même que pour la résurrection, elle n'a pas eu d'illumination spéciale, elle a eu une foi comme nous-mêmes nous avons foi en la résurrection du Christ.

C'est précisément cela qui est extraordinaire, cela n'empêche que c'est par elle que cela s'est produit. C'est par elle que la réalité même du mystère de Dieu, la perspective du Fils de Dieu est entrée dans le monde comme chacun d'entre nous, il est devenu l'un d'entre nous parce qu'Il est le Fils d'une femme de la race humaine.

Frères et sœurs, c'est le cœur même de la foi. Pour nous être croyant, ce ne sont pas d'abord des comportements, des attitudes, des choses à faire, c'est reconnaître comment Dieu a eu l'audace de vouloir passer par la création, la créature, la vierge Marie pour sauver toute la création et toute l'humanité. Pour nous, comme croyants, la vierge Marie reste absolument la figure de la foi. Elle est pour nous la "Croyante" par excellence. C'est celle qui accueille et qui croit à la plénitude du mystère dont elle est actrice, sans que cela ne lui donne des visons ou des compréhensions spéciales. Elle vit dans la même obscurité, dans la même difficulté, la même opacité de la foi que nous. C'est pour cela que nous pouvons la prier pour lui demander qu'à son exemple nous puissions devenir nous aussi de façon de plus en plus authentique de véritables croyants.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public