AU FIL DES HOMELIES

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LE SALUT VIENT DE JÉRUSALEM OU DE L'ÉGLISE

Ba 5, 1-9 ; Mt 21, 28-32

Mercredi de la troisième semaine de l'Avent – A

(15 décembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jérusalem

 

F

rères et sœurs, il y a dans le passage du prophète Baruch que nous avons entendu tout à l'heure un certain nombre de petits détails qui sont extrêmement significatifs. En effet, vous avez remarqué que tout ce passage du livre de Baruch qui forme un petit ensemble, puisque ce livre est une collection de pièces assez disparates, dans ce petit poème, il est question essentiellement de Jérusalem. La ville de Jérusalem reçoit un certain nombre de qualifications, un certain nombre de titres qui sont assez inhabituels parce que ces titres ont tous des connotations nouvelles. Notamment le fait qu'après avoir chanté la beauté de Jérusalem qui est comme cette épouse qui est déjà le départ de ce qui aboutira dans l'Apocalypse avec l'idée que la nouvelle Jérusalem s'avance belle comme une épouse parée pour son époux, et on trouvait aussi cela d'une certaine manière chez Isaïe.

Mais après avoir décrit la beauté de l'époque, son vêtement, son diadème, on lui donne son nom. Baruch n'y va pas par trente-six chemins : "Et ton nom sera de par Dieu (donc de la part de Dieu, imposé par Dieu), pour toujours (donc éternel, cela relève de l'ordre de l'Alliance), et ce nom est Paix de la justice, gloire de la piété". Or, ces titres sont explicitement messianiques. Ce ne sont pas simplement des titres comme des panneaux publicitaires : "Aix, ville d'eau ville d'art", mais ici, c'est véritablement la dénomination de Jérusalem dans sa fonction messianique. "Paix de la justice", c'est précisément ce que doit faire le Messie, et "Gloire de la piété", non pas au sens piétiste du terme, mais c'est la gloire, ce qui glorifie les hommes qui vivent dans la bonne et juste relation avec Dieu. C'est assez clairement Jérusalem qui est proclamée comme ayant une dimension messianique.

C'est assez rare dans l'histoire de la théologie de l'Ancien Testament, d'autant plus rare et étonnant, car après lorsqu'on continue et que l'on dit que Jérusalem est messianique, on dit ce que Dieu va faire pour elle. Dieu va ramener les exilés, et on croit toujours que l'exil était essentiellement à Babylone, mais on dit ici qu'il faut qu'elle regarde les exilés qui reviennent de l'Orient et du couchant. Ce qui montre que déjà la diaspora juive était vraiment dispersée, elle était non seulement à Babylone, mais aussi ailleurs et notamment en Égypte. On dit : tous ces hommes, tes enfants sont partis à pied, ils étaient sous escorte, ils étaient conduits par des militaires, maintenant ils vont revenir glorieusement comme sur un trône royal. A ce moment-là on donne ce petit détail : "Dieu guidera Israël dans la joie de sa gloire avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui". Ce qui conduit Israël au retour, c'est la justice et la miséricorde de Dieu. Mais ni miséricorde ni justice de Dieu n'est attribuée aux hommes, aux exilés.

Les titres messianiques sont attribués à Jérusalem, mais il n'y a pas de titre attribué au peuple, aux gens individuellement. Là aussi, cela fait partie de cet approfondissement de la part des prophètes qui petit à petit, on dû se rendre compte que l'identité du peuple de Dieu symbolisée par Jérusalem est quelque chose de plus que simplement le rassemblement des hommes. Les hommes ont été pécheurs, les hommes seront sauvés, mais ce qui participe formellement de la dignité du Messie, c'est Jérusalem. Donc, cela veut dire que lorsqu'on est sauvé, quand on est ramené d'exil, on l'est par la dignité messianique de l'Église.

C'est donc toujours ce thème que Dieu lui-même en acte de sauver son peuple sauve son peuple comment ? non pas d'abord en s'assimilant au peuple, mais en confiant à l'entité qui rassemble le peuple, c'est-à-dire Jérusalem, l'Église en lui confiant toutes les prérogatives qu'il veut lui donner et effectivement Jérusalem et l'Église soient les médiatrices de ce salut de Dieu. C'est toujours la même idée, c'est contrairement à notre opinion moderne, la grâce de Dieu, le salut de Dieu n'est pas une pure affaire individuelle. Ce n'est pas moi qui suis sauvé tout seul, individuellement, je suis toujours sauvé par la médiation terrestre de l'Église ou de Jérusalem. Je suis sauvé parce que j'appartiens dans l'acte même qui me sauve, à ce lieu de communion, de rencontre qui est l'Église, qui est Jérusalem.

Aujourd'hui, nous avons tendance à simplifier outrageusement les choses, et à considérer que chacun gère son salut, chacun gère sa vie avec Dieu, chacun gère ses préoccupations personnelles. Là, précisément, non ! Quand Baruch parle, et de ce point de vue-là il apporte quelque chose de très important à la tradition prophétique, il montre que chacun des destins individuels est accompagné par la miséricorde et la justice de Dieu, certes, mais est accompagné par la médiation, ici de Jérusalem, et pour nous aujourd'hui, de l'Église.

 

 

AMEN

 

 
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