AU FIL DES HOMELIES

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J'ENTENDS MON BIEN-AIMÉ QUI VIENT

Ct 2, 8-14

(20 décembre 1991)

Homélie du Frère Jean-François NOËL

 

Renouveau du printemps 

N

ous pouvons entendre ce poème du Cantique des Cantiques que nous avons lu comme étant le chant qui, dès l'aube du monde et des temps, s'est fait entendre entre le cœur Dieu et le cœur de l'homme. C'est un chant d'attente, un chant de désir qui, depuis tout temps, est planté dans le cœur de Dieu, depuis le moment où l'homme s'est refusé à Lui, depuis le moment du paradis où l'homme s'est caché derrière l'arbre car il avait honte de la faute qui avait brisé la relation d'amour qu'il avait avec son créateur. Ce Cantique des Cantiques est donc ce chant qui englobe toute l'histoire du monde, puisqu'elle est l'histoire du cœur de l'homme qui cherche, prend peur, et pourtant tend l'oreille à l'arrivée de son Bien-Aimé qui est tout simplement le Seigneur.

       De fait c'est bien l'humanité qui est aux aguets, qui entend les pas du Bien-Aimé. Et la présence de Dieu est décrite comme les pas d'une gazelle, comme la légèreté d'un faon, comme la fragilité de ces animaux qui, sautant d'escarpement en escarpement, se fait simplement pressentir. Présence de Dieu à l'image de ces animaux si agiles, si fragiles qui dans  notre vie passe comme au loin, laissant simplement l'impression qu'Il est passé, sans rien affirmer de sa puissance ni sans rien imposer de Lui-même.

       La présence de Dieu est aussi celle du Bien-Aimé derrière un treillis, derrière une fenêtre. Si elle semble être légère et fragile, elle est aussi un cœur qui cherche, qui épie avec discrétion, de loin, comme Dieu nous regardait avec des yeux attentifs, des yeux d'amour. Sans vouloir que ce regard croise le nôtre encore, Il est derrière le treillis, Il nous épie comme s'Il attendait un acquiescement, un consentement. Passé ce temps de guet, ce temps d'attente de la part de Dieu, Il prend la parole, Il élève la voix et Il invite, Il appelle. Il invite à le rejoindre, Il invite à se lever, Il invite à se réveiller, Il invite à ressusciter. Et Il appelle l'humanité de toute son âme : "Lève-toi, ma Bien-Aimée, ma belle ! viens !" C'est le cri de Dieu qui, ayant longtemps appelé l'homme, atteint son cœur, le désigne comme ce qu'Il a de plus cher, lui demande de se lever et de marcher. C'est ce que dira Jésus lorsqu'Il appellera ses apôtres : "viens et suis-Moi !"

       Il y a ensuite dans ce texte description du lieu de la rencontre entre Dieu et l'homme. D'abord la saison. C'est le printemps, c'est le moment où la nature se revêt des plus belles promesses, de la plus grande espérance. Ensuite le cadre, cet hypothétique jardin où se fait entendre le chant des oiseaux, le roucoulement de la tourterelle, et où se dresse un nouvel Arbre de vie, le figuier qui montre déjà ses fruits. Et même un parfum, le parfum de la vigne, le parfum des vignes en fleurs. C'est un tableau qui semble trop idéaliste mais qui est la façon dont Dieu approche, la façon dont Dieu saisit, la façon dont Dieu nous séduit. Et encore une fois, au cœur de ce jardin, le refrain de l'invitation à se lever et à suivre Dieu.

       Au sommet de ce Cantique vient la comparaison de la Bien Aimée comme une colombe cachée au creux des rochers, dans un escarpement d'un défilé trop étroit et qui ne se montre pas. Et Dieu guette le visage entrevu de cette Bien-Aimée, et Il attend que l'humanité fasse monter sa voix, car lui dit-il : "Ta voix est douce et charmant ton visage !"

       Nous sommes à quelques jours de Noël, quelques jours de la rencontre dans le sein de Marie de l'homme et de Dieu. Entrons pleinement dans ce chant intime et mystique de Dieu pour l'homme, de Dieu qui attend, qui dévisage nos masques pour y discerner le visage de la Bien-Aimée que nous sommes pour Lui.

       AMEN


 

 
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