AU FIL DES HOMELIES

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LE SALUT, ŒUVRE DE MÉTALLURGIE

Ml 3, 1-4 + 23-24

(22 décembre 2006)

 

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

I

l viendra comme le feu du fondeur". Frères et sœurs, je ne sais pas si vous avez eu l'occasion une fois ou l'autre dans votre vie de visiter une aciérie où une usine où l'on transforme le métal où on le fait fondre pour en faire des moulages. Effectivement, pour le profane que je suis, j'ai toujours été émerveillé par ce genre de visite. Je trouve cela toujours extraordinaire, parce que quand on suit le processus, on s'aperçoit qu'au début, dans les grands fours, en réalité, on met des cailloux. Le minerai un peu concassé, avec tout un amalgame scientifique de différents produits est mis dans les fours, et il y a un moment absolument féérique et splendide, c'est après la fusion dans le creuset, on l'apporte automatiquement, parce que tout est informatisé maintenant, et comme une sorte de casserole, il commence à verser le métal en fusion sur des chemins de sable. Le métal coule comme un fleuve à la fois avec des reflets métalliques, des reflets bleutés, cela me fait penser aux panneaux de Sama dans l'orgue, il y a une harmonie et une fluence des couleurs argentées, bleutées et dorées, et aussi à cause de la chaleur, certains reflets rouges, des irisations extraordinaires. Evidemment, toutes ces manipulations sont programmées par ordinateur et des calculs mathématiques sur la manière dont on chauffe le métal. 

       On imagine ce que représentait le métier de fondeur dans l'Antiquité. La maîtrise du métal est une chose relativement récente dans l'histoire de l'humanité, les premiers outils en bronze n'ont pas plus de quatre mille ans, le côté inouï, d'abord d'avoir pu inventer cela, et ensuite de l'avoir mis en pratique, d'avoir détecté les filons où l'on trouve du métal, du minerai de cuivre, de fer, et ensuite d'avoir trouvé les procédés pour arriver à une chaleur suffisante pour faire fondre, et à un moment donné, vient cet éblouissement que de la pierre, sort liquide, une réalité qui va devenir extrêmement dure et cependant malléable, qui va permettre de faire un certain nombre d'outils, qui vont apporter un élément prodigieux dans l'histoire de la civilisation, au point qu'on peut penser honnêtement que l'âge du fer et des métaux n'a finalement été détrôné que par l'âge informatique, il y a une cinquantaine d'années. 

       C'est pour cela que je trouve très intéressant la prophétie de Malachie, et encore plus intéressant qu'on l'applique à Jean-Baptiste. Que ce soit Malachie, ou Luc qui reprend certaines allusions de Malachie, c'est le fondeur qui est Jean-Baptiste. Il est celui qui a comme but de concentrer de ramasser le minerai, ce qu'il y a en Israël d'attente de Dieu, mais qui est aussi froid et dur que des cailloux, et qui par cette transformation, d'alchimie de sa parole, de sa mission et de son message, va en faire un métal ardent, fluant, et qui va devenir quelque chose d'inouï, d'inattendu, c'est la pierre qui devient du métal. C'est cela la nouveauté du salut. C'est le moment où Dieu saisit la réalité de ce que nous sommes, la réalité de notre vie, de tout ce qui est comme du minerai, avec des scories et des tas de choses qui apparemment ne servent à rien, et cependant, il s'en empare, et Dieu fait que cela devient ce métal précieux, de l'or, de l'argent, du cuivre, du bronze, et qui vont servir à confectionner une réalité d'un ordre nouveau. 

       C'est cela que voulait évoquer cette image, cette métaphore du fondeur, le salut est une œuvre de métallurgie dans laquelle le monde est transformé pour devenir cet objet absolument précieux à l'époque qui était le métal. Ce processus de fusion est assez "douloureux", difficile, parce que c'est un moment terrible que d'être éprouvé comme le feu du fondeur. Déjà les psalmistes avaient perçu que c'était une sorte de transformation douloureuse, mais le résultat est absolument fascinant, c'est le résultat de la Gloire de Dieu. 

       Dans ces derniers jours de l'Avent, nous sommes effectivement appelés par la Parole de Zacharie, par le chant du Benedictus qui appelle, qui annonce ce moment où le soleil levant va faire entrer en fusion le vieux minerai de notre vieux  monde et lui donner cet éclat nouveau et cette consistance nouvelle qui et la pureté de l'or et de l'argent, parce que à travers le mystère de l'Incarnation, c'est notre humanité qui va devenir la base, le point de départ de ce monde nouveau  que le Christ est venu inaugurer sur notre terre à Noël. 

 

       AMEN 


 

 

 

 
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