AU FIL DES HOMELIES

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VRAI DIEU ET VRAI HOMME

Is 7, 10-14 ; Lc 1, 26-38

Vendredi de la troisième semaine de l'Avent

(19 décembre 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Arles : Saint Trophime
L'Annonciation

C

ette Annonciation est donc le début de ce que nous allons célébrer à Noël, la naissance, l'Incarnation de Jésus, Lui, comme le dit l'ange, qui sera appelé le Fils de Dieu. Certes, il existe dans la mythologie, on s'en souviendra, des histoires ou le dieu, les dieux prennent une enveloppe humaine et batifolent au milieu de notre humanité, mais il s'agit bien dans ces cas-là, pour le dieu, de faire semblant de prendre l'apparence humaine. Il ne reste jamais vraiment homme, c'est pour son plaisir, c'est donc quelque chose d'assez centré sur le dieu lui-même, sur sa manière de prendre plaisir avec les hommes, et parfois même de tisser quelques petites histoires amoureuses avec des femmes de l'humanité.

L'Incarnation n'a rien à voir avec cela. L'Incarnation est le propre de ce que propose la foi chrétienne. Il y a eu pendant tellement de siècles, des discussions, des combats même sur ce que la prière d'introduction à la messe nous fait dire lorsque l'on demande d'attendre avec une foi vraie, certaine, cette naissance de Dieu, cette Incarnation. Il est vraiment Dieu, et Il est vraiment homme. Pour nous, cela peut nous sembler presque un jeu de mot assez facile. Pourtant, si souvent, les hommes ont dû tenir ferme les deux principes. Il ne perd rien en étant homme, il ne perd rien de sa divinité. Il n'est pas amoindri par son humanité, mais en même temps, Il n'a pas fait semblant d'être homme, Il n'a pas pris une enveloppe humaine. Il est vraiment homme. Il est Fils de Dieu et Il est homme. Je dis que c'est le propre de la vie chrétienne, parce qu'il n'existe pas d'autre foi, en un Dieu qui s'incarne. Il n'existe pas d'autre confession religieuse, d'autre religion qui va jusqu'à reconnaître dans le visage de cet homme Jésus qu'Il est vraiment le Fils de Dieu.

Cela est important pour nous parce que cela induit aussi en nous tout un principe de vie chrétienne, un principe de vie religieuse. Nous ne sommes pas religieux comme d'autre religieux dans des religions différentes. Pourquoi ? Parce que pour nous aussi est pris en compte tout ce que nous sommes, notre part peut-être plus spirituelle et notre part d'homme. Le christianisme passe par la réalité, par un corps, par quelque chose de très concret. Il faut pour avoir éprouvé la foi chrétienne, il faut l'avoir éprouvé dans ses tripes, il faut l'avoir éprouvé dans son corps, à l'image finalement de la Vierge Marie. La Vierge Marie a la foi en un Dieu qui est proche, elle a la foi en un Dieu de ses pères, en un Dieu qui fait Alliance avec les hommes, qui les aime et qui aime leur dire qu'Il est là, tout près d'eux. Mais elle va faire l'expérience dans son corps de la proximité de Jésus, tant et si bien qu'Il s'incarne en elle, il prend sa chair, il s'incarne en elle, il la transforme de l'intérieur pour qu'elle soit véritablement selon sa vocation, mère de Dieu.

Pour le chrétien, il y a absolument similitude. Certes, nous ne mettons pas au monde un fils qu'on va appeler Fils de Dieu, et pourtant, c'est par notre vie, notre réalité que nous mettons au monde l'annonce d'un Dieu proche, parce que nous le sentons mais nous vivons Dieu proche en nous, Dieu en notre corps comme en notre cœur. Cela me semble important, tout simplement parce que dans une manière un peu récente de dire la foi, ou de vouloir évangéliser, on a tendance à oublier que le christianisme, c'est d'abord le témoignage d'un rapport vrai et concret avec Jésus. Le christianisme n'est pas une idée, ce n'est pas une pensée, et à plus forte raison, il n'est pas une sagesse. C'est l'expérience humaine d'un Dieu qui s'est fait homme et qui par notre humanité, continue comme le dira saint Paul, à vivre dans le monde, à naître dans le monde, et nos humanités, sont une humanité de surcroît pour Jésus-Christ.

Cela s'expérimente dans le fait que lire la Parole de Dieu, la mastiquer et la faire sienne, c'est bien comprendre aussi que cette parole de Dieu, comme le dit l'épître aux Hébreux, elle est efficace, plus tranchante qu'un glaive, elle atteint jusqu'à la moelle, c'est-à-dire qu'elle doit nous transformer de l'intérieur et notre corps est participant à cette transformation. Dans la prière personnelle ou dans l'oraison, ce n'est pas une pensée pieuse que j'essaie de faire jaillir de moi, mais c'est de ressentir et de vivre un Dieu qui est en moi, comme Jésus est en Marie. La vie chrétienne, c'est aussi cette expérience sacramentelle, et quand saint Augustin dira : "Devenez ce que vous recevez, le Corps du Christ", les sacrements qui passent par des gestes et des paroles, des actes concrets, de la matière, un peu d'huile, un peu de pain, un peu d'eau, un peu de vin, c'est pour que notre corps lui-même soit transformé et qu'il devienne le lieu même de la présence de Dieu, temple de l'Esprit Saint, pierre vivante. Ainsi donc, ce mystère de l'Incarnation n'est pas une belle idée, mais c'est notre histoire avec Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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