AU FIL DES HOMELIES

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LA STÉRILE ENFANTE

Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25

Vendredi de la troisième semaine d'Avent – B

(18 décembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e parallélisme et la correspondance profonde entre les deux récits de l'Écriture qui viennent de nous être lus, sautent aux yeux. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de la naissance d'un enfant qui naît de parents âgés, marqués par toute l'épreuve de la détresse de la stérilité du couple qui ne peut pas avoir à accueillir dans sa chair la vie que Dieu donne.

Abraham, au début de l'Ancienne Alliance, Abraham et sa femme Sara,"le père de la multitude", ce que veut dire Abraham et Sara,"la princesse", désignant déjà ce rôle royal de l'assemblée des croyants au milieu du monde. La promesse est accueillie dans l'ambiguïté d'un rire qui signifie, à la fois, l'incrédulité et l'exultation devant la merveille que Dieu annonce. Et dans ce cas Dieu choisit pour le rire comme émerveillement et comme exultation de joie. C'est pourquoi Sara a ri dans la tente, au moment où elle a appris la nouvelle, et c'est pourquoi aussi, elle a appelé son fils Isaac : "Dieu a ri, Dieu m'a donné la joie pour que je rie", ce qui veut dire que c'est la première amorce d'un Magnificat, d'une exultation de joie devant ce que Dieu peut faire.

Et à l'autre bout de cette histoire de l'Ancienne Alliance, Zacharie, c'est-à-dire "Dieu s'est souvenu". Il s'est souvenu "de la Promesse faite à nos Pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais." Et Élisabeth, c'est-à-dire : "Dieu a trouvé le repos". Voici que l'œuvre de l'Ancienne Alliance est achevée. Voici que, d'une certaine manière, tout ce que Dieu avait opéré dans la première Alliance arrive à son terme. Le chemin est parcouru et la boucle est bouclée. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agissait de montrer que dans l'Ancienne Alliance, ce qui ne peut pas se produire par des moyens humains, arrive par la puissance de Dieu : la stérile peut enfanter et devenir mère heureuse au milieu de ses enfants.

D'une certaine manière, ce récit de Luc, c'est la conclusion de l'Ancien Testament et c'est sans doute pourquoi, Zacharie qui a douté comme Abraham est réduit au silence, parce que, désormais, l'Ancienne Alliance n'a plus grand-chose à dire. Entre le silence de Zacharie qui est le symbole de l'Ancienne Alliance qui se tait, qui est arrivée au-delà même des possibilités qu'elle pouvait espérer, et d'autre part la voix de Jean-Baptiste qui va s'élever dans le désert et qui va montrer le Sauveur au peuple d'Israël, il y a un abîme. C'est le passage à la nouvelle création. Entre les deux, il y aura eu ce moment où Marie, la Vierge, aura enfanté, par la pure puissance de Dieu.

Frères et sœurs, c'est cela aujourd'hui notre existence de chrétiens. Nous croyons non seulement que Dieu peut faire enfanter à celle qui est stérile, c'est-à-dire, nous croyons que non seulement Dieu peut susciter du milieu de cette humanité blessée, abîmée par son péché, des fruits de conversion, des fruits de pénitence extraordinaires des fruits de joie prodigieux, mais nous croyons aussi que Dieu peut faire que la Vierge conçoive et enfante un fils, c'est-à-dire qu'à travers notre humanité, soient apportés des fruits qui ne soient pas de l'ordre humain, mais qui soient de l'ordre de la pure grâce de Dieu, du pur don de Dieu, et tellement gratuit, et tellement divin que c'est le Fils de Dieu Lui-même. Alors nous avons moins encore de raisons que Zacharie de rester muets. Nous avons plus de raisons que Sara d'exulter de joie et de rire, car, maintenant, nous savons que, quoi qu'il arrive, "la Vierge concevra, elle enfantera un fils" et cette naissance c'est un monde nouveau envahi par une présence qui ne vient pas de l'homme, qui ne vient pas du monde, mais qui est la présence même du Fils de Dieu dans notre cœur, dans notre vie, dans notre chair.

 

AMEN

 
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