AU FIL DES HOMELIES

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LE MAGNIFICAT

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 46-56

Vendredi de la troisième semaine de l'Avent – C

(20 décembre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Aïn-Karem : Magnificat en hébreu

C

 

e cantique du Magnificat qui résonne dans nos cœurs et dans toutes nos églises, chaque soir à l'heure des vêpres, et ceci depuis les débuts de l'Eglise, ce cantique qui nous permet d'entrer plus profondément dans le cœur de la vierge Marie, car à aucun autre moment elle n'a parlé aussi longuement, elle n'a dit autant de choses, ce Magnificat qui est le chant de la Bien-Aimée répondant à son Bien-Aimé comme il est dit dans le Cantique, qui est le chant de l'intimité du cœur de Marie visitée par l'Esprit de Dieu, ce Magnificat est en quelque sorte une vision d'ensemble de toute l'histoire du monde.

En quelques versets, Marie tire comme la quintessence de l'action de Dieu à travers tous les âges. "Dieu exalte les humbles. Il abaisse les orgueilleux. Dieu donne à manger à ceux qui ont faim et Il renvoie les repus les mains vides." C'est l'histoire de Pharaon englouti dans la mer et des esclaves hébreux qui sont libérés par la main de Dieu. C'est l'histoire des hébreux affamés qui reçoivent la manne dans le désert et qui, dans leur soif, boivent l'eau du rocher. C'est l'histoire d'Abel, le fils cadet préféré par Dieu à Caïn son aîné, comme Joseph le dernier enfant de Jacob est élevé au-dessus de ses frères, comme David le plus petit des enfants de Jessé est choisi comme roi pour Israël, comme Jacob lui-même est préféré à son frère aîné Esaü. C'est une constante de l'attitude de Dieu à travers l'histoire que d'aller à contre-courant des évidences humaines, d'aller à contre-courant de ce que le monde croit être la puis­sance, la force, la richesse, le bonheur, la grandeur. Dieu parlant à Samuel, au moment où il va oindre David, s'exprime par ces paroles : "Le monde regarde à l'apparence, mais Dieu regarde au cœur." Et c'est pourquoi, à travers l'histoire du monde Dieu a choisi sans cesse de tisser au cœur des évènements apparemment grandioses une autre histoire, plus vraie, plus profonde, qui est l'histoire de ce dialogue d'amour entre Lui et l'homme, entre Lui et le cœur des pauvres, qui est la véritable histoire du monde, celle qui compte, celle qui sauve le monde et qui, peu à peu, s'écrit et qui apparaîtra au grand jour quand s'écrouleront les apparentes puissances de cet univers.

Cette histoire, la vraie histoire du monde que Dieu écrit dans le secret des cœurs, dans le cœur des pauvres, c'est celle qu'Il a écrite dans le cœur de Marie. Marie, cette humble enfant d'Israël, Marie cette pauvre que rien ne laissait, aux yeux des hommes, apparaître comme devant l'emporter sur toutes les autres filles d'Israël, Maire qui ne se distinguait que parce qu'elle était plus pauvre que les autres, c'est-à-dire plus humble, plus ouverte, plus transparente à la grâce de Dieu, Marie qui a reçu en son sein Dieu Lui-même, Marie qui a été choisie pour que s'écrive en elle la page décisive, centrale, axiale de toute l'histoire du monde. Dans le secret de ce petit village de Nazareth, cette bourgade minuscule, "peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ?", dans cette petite bourgade, une fille inconnue des hommes devient la mère de Dieu. Et toute l'histoire des hommes bascule et change définitivement car à partir de cet évènement imperceptible, qu'aucun journal de cette époque s'il y en avait eu n'aurait recensé, toute l'histoire est transformée.

Il faut que, nous aussi, nous arrivions à lire l'histoire du monde et notre propre histoire avec les yeux de Dieu, comme l'a fait Marie dans ce Magnificat. Il faut que nous sachions trouver où sont les vraies merveilles de Dieu, les merveilles de Dieu qui ne sont ni dans les chars, ni dans les chevaux, ni dans les tanks, ni dans les porte-avions, les vraies merveilles de Dieu qui ne s'écrivent pas avec les succès diplomatiques ni d'ailleurs avec les succès littéraires ou scientifiques, avec aucune des gloires de ce monde, mais qui s'écrivent au cœur des humbles par la croissance silencieuse de l'amour. Et dans notre propre cœur aussi, il faut que nous sachions reconnaître l'endroit où Dieu vient faire sa demeure. Ce n'est pas dans nos qualités plus ou moins reluisantes, ce n'est pas dans la grandeur des évènements qui peut-être parsèment telle ou telle vie, c'est dans la fidélité humble, silencieux, de chacun de nous à l'amour de Dieu, c'est là que s'écrit l'histoire du salut. Il faut que nous sachions la lire, que nous sachions être attentifs à Dieu qui vient, quand Il vient et là où Il vient, non pas là où nous croyons qu'Il doit venir, non pas là où nous l'attendons à tort, selon la logique de ce monde, mais là où réellement Dieu veut nous rencontrer parce que c'est là qu'Il se plaît et parce que c'est là qu'est la vérité de notre être, et c'est là que s'établit la vérité de notre histoire, et à travers nous, petit à petit, la vérité de l'histoire du monde, cette vérité qui apparaîtra au grand jour quand nous serons manifestés avec toute la splendeur de Dieu, en pleine lumière.

Que Marie nous apprenne à lire notre propre vie, à lire les évènements de notre vie et la présence de Dieu, là où Il se cache, là où Il se fait petit, là où Il vient pour nous faire grands.

 

AMEN

 
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