AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE FAITE À ZACHARIE

Ml 3, 1-4 et 23-24 ; Lc 1, 5-25

Vendredi de la troisième semaine d'Avent – A

(18 décembre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers ce récit de l'annonciation de la nais­sance de Jean-Baptiste qui est là comme un des deux pans du diptyque du Prologue de saint Luc annonce de la naissance de Jean-Baptiste, annonce de la naissance de Jésus, nous voyons com­ment s'articule toute l'économie du salut. L'histoire de Jean commence par une annonce, dans le Temple, dans le cœur même de la vie d'Israël, l'annonce de la naissance commence dans la chair d'une femme, une jeune fille vierge, Marie qui concevra et enfantera le Verbe de Dieu. C'est donc aujourd'hui le mystère de l'ancienne Alliance, c'est le mystère du Temple qui est au cœur de notre prière et de notre attente.

La bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ a commencé dans le temple de Jérusalem C'est là que le héraut, "l'ange du Seigneur", le Précurseur, "celui qui devait ouvrir le cœur d'Israël, ramener le cœur des fils vers leur Père", c'est là que sa naissance a été annoncée. C'est là que Zacharie, le père de Jean, a été éprouvé dans sa foi. Dieu est fidèle à ses promesses. Il avait bâti Israël. Il avait bien voulu que Salomon bâ­tisse le temple et que ce temple soit encore rebâti pour signifier que le peuple d'Israël serait cette demeure vivante du salut. La Loi avait été accomplie et ce jour-là Zacharie, selon les ordonnances et les pres­criptions de la Loi, accomplissait le sacrifice de l'en­cens. C'est donc bien dans l'ancienne économie, c'est donc bien dans le mystère de cette vie d'Israël en at­tente, dans ce mystère de la vie d'Israël qui est fait pour accueillir son Dieu, pour recevoir l'accomplis­sement des "promesses faites à Abraham et aux pè­res", comme le dira plus tard Zacharie, que vient s'in­sérer, se greffer le mystère de l'économie nouvelle, de l'économie du Verbe de Dieu fait chair.

Et ce qui est grand c'est que Dieu demande, au fond, à Zacharie, au moment où il est vraiment l'homme de la Loi, au moment où il accomplit le sa­crifice comme cela était demandé par Moïse, Dieu lui demande d'aller jusqu'au bout, dans la dynamique de la Loi c'est-à-dire dans le mystère de l'obéissance. Et c'est là que Zacharie n'arrive pas à croire que le mys­tère de Dieu pourra s'accomplir comme l'ange le lui proclame. Au fond, dans le mystère de l'hésitation et du doute de Zacharie qui, par certains côtés, fait pen­ser au doute de Moïse lorsqu'il a hésité à frapper le rocher pour que les eaux du salut jaillissent pour le peuple qui devait être abreuvé au désert, au fond, en­tre le mystère de cette hésitation de Zacharie et le mystère du "Oui" de la vierge Marie, c'est le mystère de la restauration de la liberté. La Loi est toujours un pédagogue. Elle est un pédagogue de la liberté. Elle porte la liberté là où elle devrait aller mais elle est impuissante à faire que la liberté de l'homme réponde totalement au dessein de grâce, au dessein salvifique de Dieu. Marie, elle, parce qu'elle est comblée de grâce, peut dire Oui à la conception virginale du Sau­veur.

Entre les deux alliances, la seule différence c'est que dans un cas la liberté est comme guidée, poussée, éclairée par le mystère de la Loi, par le mystère de la Torah mais qu'elle n'a pas encore l'énergie et les ressources suffisantes pour répondre dans la plénitude de l'obéissance et dans la mouvance de la grâce. Dans l'économie nouvelle qui s'insérera à travers le "Oui" de la vierge Marie, et l'Incarnation du Verbe, la liberté est déjà totalement reprise par le salut de Dieu, la bénédiction divine accordée par la Pâque du Christ. Et ce qui est grand dans cet évangile c'est que, malgré ce doute, malgré cette défaillance de la liberté de Zacharie, malgré ce manque de totalité dans l'adhésion au plan sauveur de Dieu dont il est un partenaire essentiel dans la mesure où il croit qu'il est l'instrument des promesses faites aux pères, cependant Dieu ira jusqu'à l'accomplissement de ses promesses. Zacharie ne croit pas qu'il peut devenir le père de l'Envoyé, du nouvel Elie. Et pourtant, il le sera.

Ceci nous montre à quel point notre propre vie peut être compliquée. Nous sommes tantôt Zacha­rie et nous sommes tantôt la vierge Marie. Tantôt nous vivons sous l'économie de Dieu qui appelle no­tre liberté au suprême don de soi et parce que nous vivons encore sous cette peur, ces doutes et ces hési­tations, nous ne répondons pas oui. Et d'autres fois, par le mystère de la grâce de Dieu qui "nous a com­blés et bénis dans le Christ", à l'image de Marie nous répondons oui à cet appel de notre liberté. Qu'au mo­ment même de cette préparation ultime au mystère de Noël nous ayons sans cesse les yeux fixés à la fois sur Marie et sur Zacharie et que nous demandions à Dieu de faire que notre liberté, celle qu'Il nous a donnée en pur don et en pure bénédiction par le mystère de notre création, que notre liberté, grâce à la pédagogie de la Loi et grâce à la puissance de l'amour de Dieu mani­festé en Jésus Christ, entre en plénitude dans l'écono­mie de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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