AU FIL DES HOMELIES

Photos

TROIS CARACTÈRES DU MESSIE DANS LA GÉNÉALOGIE

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-7

Vendredi de la troisième semaine d'Avent – B

(17 décembre 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

i soucieux de précisions, si amoureux des do­cuments qu'ils aient pu être, les évangélistes ne sont pas des historiens. Quand Matthieu ouvre son évangile à travers cette généalogie, ce n'est pas d'abord le souci de situer chronologiquement la place du Messie, de Jésus dans l'humanité.

En fait, déjà simplement, cette appréhension du temps n'est pas exactement la même que la nôtre. Nous-mêmes nous comptons le temps par les années et les révolutions solaires ou les calendriers lunaires. Ces procédés-là étaient connus en Israël et pourtant, quand on veut situer le Messie, on parle des généra­tions. Ce qui revient comme un refrain c'est "un tel engendra un tel, un tel engendra un tel ..." Le rythme de l'histoire sainte, le rythme de l'histoire du peuple de Dieu c'est le rythme des générations. C'est le fait que l'image de Dieu, la vie de Dieu insufflée à Adam aux origines se transmet à travers l'amour humain de génération en génération. Et ensuite, à travers cette succession généalogique, l'évangéliste veut nous faire comme une sorte de "portrait génétique" de Jésus.

A travers les générations, c'est une histoire qui s'accumule. Nous croyons que le temps est suc­cession, en réalité, il est stratification, sédimentation, enrichissement des générations les unes par rapport aux autres. Et Jésus se situe précisément dans cette récapitulation de toute la richesse de l'histoire d'un peuple, de toutes ses épreuves aussi de sorte que le portrait du Messie a déjà un certain contenu, un cer­tain code génétique. Et précisément si l'évangile de Matthieu nous divise les quarante-deux générations, chiffre vraisemblablement symbolique, en trois grou­pes de quatorze, c'est précisément parce que le por­trait robot du Messie, les traits de son visage sont organisés selon trois thèmes.

Le premier c'est héritier des terres. Le Messie s'enracine dans la chair des hommes. Il s'enracine dans la paternité d'Abraham, celui qui en étant le premier récipiendaire de la promesse de Dieu est devenu le "père des croyants". Jésus s'inscrit dans la lignée de chair d'Abraham. Il sera circoncis, Il sera membre du peuple juif, Il sera Celui qui, d'une certaine manière, portera en Lui, de façon suréminente, le don de la vie qui avait été fait dans le sein de Sara, à travers Abraham qui ne pensait plus avoir de descendants. Ainsi dans ce premier groupe de généalogies, c'est la génération des pères, des ancêtres, ceux dans la chair desquels chaque être humain est enraciné. C'est donc que le Messie sera un Messie de chair et de sang, enraciné dans un peuple, dans une culture, dans des traditions, dans un lignage.

Le second trait du Messie c'est sa royauté. A partir de David, jusqu'à la déportation de Babylone, c'est la royauté de Juda, c'est la figure de David, de Salomon, Achaz, Ezéchias et tous les autres, ceux qui ont reçu de Dieu cette mission d'être les porteurs de la destinée du peuple, ceux qui comme David ont été des rois selon le cœur de Dieu. Et donc le Christ s'inscrit, Lui aussi dans le lignage, dans le mystère de l'Onc­tion, dans le mystère de la mission qui lui a été confiée et par laquelle Il doit porter la destinée du peuple pour le conduire vers le Royaume définitif.

Le troisième trait du Messie, à travers cette généalogie, c'est évidemment celui du Messie caché. A partir de la déportation de Babylone, et comme en porte le nom le premier descendant qui est à Babylone et qui peut-être est revenu à Jérusalem, Zorobabel c'est-à-dire "semence de Babel" c'est le mystère de l'ensemencement de la puissance de vie cachée, inap­parente, de la royauté, de la promesse et du dyna­misme même que Dieu avait mis à l'intérieur de son peuple. Les quatorze générations suivants sont pour ainsi dire "d'illustres inconnus". personne ne sait qui était Salathiel ou Mathan. En réalité à travers tout cela c'est le mystère du surgissement du Messie caché au cœur du peuple, caché au cœur de la terre. C'est le verset du psaume 84 : "La vérité germera de la terre."

Si nous sommes chrétiens, nous portons nous aussi, comme autres christs, ces trois caractéristiques. Nous sommes de la chair d'un peuple, nous sommes marqués du sacerdoce royal :"Et ce que nous sommes n'est pas encore manifesté". Que ce temps qui nous prépare à Noël nous aide à mieux comprendre ce que cela veut dire dans chacune de nos vies.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public