AU FIL DES HOMELIES

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RÉJOUIS-TOI

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Vendredi de la troisième semaine de l'Avent – A

(22 décembre 1995)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ans un monde actuel que l'on décrit souvent comme un monde un peu triste et morne. Dans une société, qui ne laisse pas beaucoup de place à l'espoir et dans ce qui apparaît comme l'usure de la vie quotidienne, une usure grise et diffi­cile parfois à porter, nous avons chanté : "Réjouis-toi Jérusalem car le Seigneur viens vers toi" Et au début de cette eucharistie, nous avons dit et chanté : "Peuple de Sion exulte et crie de joie".

Nous sommes donc aujourd'hui en train de célébrer la joie et de célébrer dans la joie puisque les deux lectures que la liturgie du jour nous a proposé d'entendre et de laisser résonner, dans notre cœur, sont des paroles et des exclamations de joie.

Parole du prophète Sophonie qui demande à ce que Jérusalem crie de joie, que le Mont Sion soit dans l'allégresse. Exclamation de cette joie par la bouche de Marie qui chante : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur" et qui se réjouit comme Jean-Baptiste a tressailli dans le sein de sa cousine Elisabeth. Elle aussi est en train de tressaillir d'allégresse parce qu'elle a cru à l'accom­plissement de la parole du Seigneur.

On pourrait se demander si le christianisme est une religion de la joie car très souvent on a eu l'impression au cours de son histoire que pour être chrétien il fallait être tout intérieur, tout replié sur soi-même et ne laisser parfois transparaître qu'une dou­leur ou une souffrance que l'on porterait et qui serait celle qui marque non seulement nos vies mais qui a marqué le sacrifice de la croix du Christ comme si toute notre vie ne devait être qu'une sorte de volonté tendue vers cette Passion qui fait que nous vivons comme reclus et repliés. Or, fondamentalement, la foi, la religion chrétienne est une foi de la joie et de l'allégresse. C'est une religion de la bonté, de la beauté et de la danse de Dieu en nous et pour nous. C'est ce que dit le prophète Sophonie. Et l'on pourrait, dans ce cas-là, se demander si on n'est pas en déca­lage d'une part avec le monde, en déphasage par rap­port à notre société. Et si exprimer de la joie dans le christianisme ce n'est pas être un peu naïf ou être un peu en dehors du monde. Si l'on n'est pas inconscient lorsqu'on se réjouit. Et pourtant ?

Ce qui est essentiel c'est que, si nous devons être dans la joie, c'est parce que le Seigneur est au milieu de nous. Si nous devons crier et exulter, c'est parce que Dieu nous sauve. Si nous devons tressaillir d'allégresse, c'est parce que le Seigneur danse. Je ne l'invente pas ce que je dis là puisque c'est le prophète Sophonie lui-même qui le déclare : "Sois sans crainte Dieu est au milieu de toi et mon Sauveur exultera pour toi de Joie". C'est Dieu qui exulte de joie pour nous. "Il te renouvellera par son Amour". C'est Dieu qui fait toute chose nouvelle dans l'allégresse. "Il dan­sera pour toi avec des cris de joie". C'est Dieu qui en nous tressaille et nous fait tressaillir comme aux jours de fête. Pour nous, chrétiens, il s'agit de laisser trans­paraître ce salut et cette présence de Dieu au milieu de nous. Et nous, qui avons l'habitude de venir à l'Eucha­ristie régulièrement, il faut que cette présence de l'eu­charistie, présence du corps et du sang de Jésus, nous fasse nous réjouir au-delà bien sûr des souffrances quotidiennes. Et si, notre existence est marquée par les souffrances, il faut comprendre que Dieu nous sauve. Si notre vie est marquée par la détresse parfois, il faut comprendre qu'il faut être sans crainte car Dieu est au-milieu de nous. Si notre existence, notre per­sonne, notre être sont marqués par la mort, il faut comprendre que Dieu vit au milieu de nous, qu'il danse pour nous et en nous. Et c'est cela l'espérance chrétienne. C'est cela aussi dont le monde a besoin. C'est de cette joie qui n'est pas de la pure folie ou une sorte d'exaltation de mystique qui n'aurait rien à voir finalement avec cette joie chrétienne qui est une joie douce, une joie de paix.

Et comme les élus qui chantent la gloire au­près de Dieu, ceux qui nous ont précédés. Comme Marie qui a tressailli d'allégresse. Comme Jérusalem qui chante la venue de son Sauveur, encore aujour­d'hui, nous les chrétiens, c'est cette joie, c'est ce re­nouvellement dans l'amour, c'est cette bonté, cette beauté, c'est la danse de Dieu qui doivent nous faire vivre encore aujourd'hui et faire vivre notre espé­rance.

 

 

AMEN

 

 
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