AU FIL DES HOMELIES

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LA JOIE DES FEMMES

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 57-79

Vendredi de la troisième semaine de l'Avent – C

(22 décembre 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous suivons pas à pas cette joie qui semble s'infiltrer dès qu'une porte est entr'ouverte, dès qu'un cœur n'est pas complètement fermé, tout de suite la joie, l'évangile se glisse su­brepticement. Et cette joie dans l'évangile de saint Luc que nous suivons ces jours-ci, cette joie elle sem­ble d'abord toucher les femmes, on dirait qu'elles seules sont concernées. Joseph, il est mis hors-jeu, bien sûr, Marie est fiancée à un homme du nom de Joseph, mais Marie est seule quand elle rencontre l'ange, ce n'est pas la visite à un couple. Zacharie, lui aussi est mis hors jeu et confronté à l'ineffable, à quelque chose d'immense et sa joie se transforme en mutisme. Cette joie qui devrait le pousser, le voilà qui est réduit au silence. Oui, cette joie ne semble concer­ner que les femmes parce quelle concerne deux nais­sances, deux fils premiers-nés. J'ai mené mon en­quête, j'ai interrogé les pères de famille, je les ai vus à l'œuvre, quand ils voient que le ventre de leur femme s'arrondit, bien sût, ils attendent, ils disent : "nous at­tendons un enfant", mais on les sent toujours un peu à côté de la plaque, on les sent toujours un petit peu à côté de ce qui se passe, on ne les sent pas vraiment en prise comme une mère est en prise, surtout à la nais­sance du premier, ils sont un peu à l'extérieur de ce qui se passe. Et curieusement, l'évangile est comme un écho, cette joie qui déjà inonde les mères n'a pas encore touché les pères.

Qu'est-ce que tu as vu Zacharie dans le Tem­ple ? Tu as eu la visite de l'ange, mais qu'est-ce que tu as vu dans le Temple ? Qu'est-ce que tu as vu dans le saint des saints ? Quelle est cette révélation qui t'a fait rester un peu plus longtemps que de coutume, quelle est cette révélation qui t'a complètement abasourdi et qui t'a plongé dans ce mutisme ? Je crois que ce que tu as vu, c'est une femme enceinte, une femme qui attend un enfant, et ce n'est pas n'importe quelle femme, c'est ta femme, c'est Elisabeth avec qui tu as partagé tellement d'années et c'est cette femme que tu vois avec un ventre arrondi et tu te demandes ce qui va se passer ?

Je traduis la vision qu'a eue Zacharie dans le Temple, cette vision qu'il a très particulière, que lui qui est avancé en âge va concevoir, va avoir un fils. Et je pense à Abraham. J'y pense parce que Zacharie quand il retrouvera la parole fera référence à Abra­ham. Je pense à Abraham qui lui aussi a eu la visite de trois anges, ce n'est pas dans le Temple, mais sous le chêne de Mambré, au chapitre dix-huitième, et les trois anges lui annoncent un heureux événement. Mais lui Abraham ne rit pas, c'est Sara qui rit, c'est la femme qui a ce réflexe de rire. Mais Abraham, quand au bout de huit jours, circoncis son fils, devra aussi le présenter et l'offrir, sur le Mont Moriah, et Dieu arrê­tera le couteau, au chapitre vingt-deuxième.

Et toi, Zacharie, c'est l'heure de la circoncision, c'est l'heure d'obéir à la Loi, cette Loi qui est inscrite au plus profond de ton peuple depuis Abraham, c'est à toi maintenant de présenter et d'offrir ton fils, c'est à toi, en quelque sorte, d'accepter ton fils et de le recevoir de celle qui se réjouit déjà avec ses voisins, et elle se réjouit, parce que l'opprobre qui pesait sur elle a disparu. Et maintenant Zacharie, c'est à toi d'offrir et de nommer ce fils, et tu le nommes, en suivant ta femme, comme l'ange te l'a appris dans le Temple, "Dieu est favorable", Jean. Tu nommes la grâce en tenant cet enfant dans tes bras. C'est peut-être cela la grâce qu'il nous est demandé de contempler aujourd'hui avec en écho le texte de Malachie : "Le Seigneur ramènera le cœur des pères vers leurs fils et des fils vers leur père". C'est peut-être cela la grâce, c'est un père qui tout d'un coup reçoit son enfant, l'accepte et l'offre parce qu'à travers son chant d'action de grâces, il lui trace aussi une route, il puise dans cette longue tradition pour tracer une route à son enfant et l'offrir.

C'est précisément au moment où tu as com­pris la Loi que la grâce peut se manifester, la grâce d'un père qui tient un bébé dans ses bras, qui l'ac­cepte, l'offre, se rend compte qu'il est papa pour se laisser entraîner par ce fils-là vers quelque chose d'encore plus beau.

 

 

AMEN

 

 
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