AU FIL DES HOMELIES

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COMME UN GERME DE PAIX

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-45

Vendredi de la troisième semaine de l'Avent – B

(20 décembre 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

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,8 milliards de chrétiens dans le monde, avec une croissance, malgré la baisse de pratique qui n'est d'ailleurs qu'un phénomène tout à fait oc­cidental, le flux s'est maintenu sans un sens qui ne s'est pas démenti. Un milliard de musulmans, les pays catholiques ne sont pas les pays occidentaux, c'est actuellement le Mexique et les Philippines, et quel­ques pays africains, et les pays musulmans ne sont pas les arabes contrairement à ce qu'on pense, mais c'est l'Inde et le Pakistan. Tous s'est un peu modifié, les choses sont moins centrées que nous ne pensions, et lorsque nous allons fêter et proclamer le "Désiré des nations", nous pourrions croire avec ces chiffres et nous l'avons dit dans l'Église, que tous les hommes de tous les temps et de toutes les races aspirent au Christ.

Cette affirmation est peut-être vraie, mais elle est bien difficile à manier, d'abord parce qu'elle est difficile à dire. Les aspirations sont si complexes et si variables et quand on parle "des religions", on parle de choses qui sont presque hétéroclites entre elles. Comment comparer la proposition de Bouddha, une sorte de savoir-faire et de savoir-vivre avec la douleur et la souffrance avec la révélation d'un Dieu qui vient prendre chair dans le ventre d'une femme ? Comment comparer les mille divinités de l'hindouisme ou la ma­nière dont la religion impériale du Japon proclame l'empereur "fils du soleil", avec le Dieu d'Israël. Il y a une difficulté à rapprocher tous ces mouvements reli­gieux, à commencer par les plus anciens, comme la religion égyptienne, ou les religions hittites qui ont précédé ce qui s'est passé en Israël, mais cela a com­mencé même le jour où un homme a plaqué sa main sur un caillou dans une grotte dans la région, ce pre­mier sentiment religieux, le désir d'interroger "l'après", la manière dont les morts quittaient ou res­taient, ou devaient continuer à vivre, mais d'une autre manière. Le sentiment religieux, c'est vrai anime, inquiète, et transforme la face du monde. C'est peut-être d'ailleurs ce qui fondamentalement meut et fait bouger les civilisations entre elles.

Le pourquoi, c'est que le religieux, tout cet ensemble très hétéroclite manie une chose très diffi­cile à manipuler et qu'il faut manier avec des pincet­tes, qui est la violence. Le premier but du religieux, c'est de cerner, de cantonner, de cadrer, de réguler la violence dans l'homme et entre les hommes. Et c'est là que l'affirmation du christianisme dans cette fête de Noël qui est une affirmation de la paix, vient comme un élément nouveau, et je dirais même toujours nou­veau. Il y a une sorte de (et je le dis au sens profond du terme), dans l'annonce de Noël, une "trêve", une manière non pas de taire et d'enfouir dans le sol des civilisations, la violence qui menace et menacera toujours nos vies, nos sociétés, mais quelqu'un vient d'une nouvelle façon planter un germe de paix dans ce monde qui n'a pas pu le trouver lui-même. Et ce germe de paix, se meut comme un bébé dans le sein de Marie. Il y a parmi nous, et c'est cela qui fait l'ori­ginalité incomparable et avec tout ce qui se passe autour, il y a parmi nous quelqu'un qui est comme nous, mais qui n'est pas comme nous. Quelqu'un qui va comme ça, de proche en proche transformer cette terre de violence, cette terre abîmée par Caïn et Abel, par tous les frères qui s'entretuent, et qui va en per­mettre la diffusion à travers la terre entière. L'homme-Dieu qui va naître est différent en ce sens qu'Il va tellement prendre sur Lui cette violence, qu'Il va en changer le sens et qu'Il va le faire advenir dans la vie lors de la Résurrection.

Monseigneur Lustiger en tant que juif chré­tien disait par exemple que toutes les souffrances étaient comprises dans le Christ, ce qui est vrai, mais les juifs lui ont répondu : "De quel droit ramenez-vous les souffrances d'Auschwitz à celles du Christ ?" Et ils n'ont pas tort. On aurait trop tendance à vouloir tout ramener du côté du christianisme comme si c'était une sorte de pyramide dans laquelle toutes cho­ses pouvaient se rassembler. On ne peut pas le dire de cette manière-là. Par contre, il y a une transformation intérieure, nouvelle, une nouvelle façon de voir les choses, la crèche en est un élément indiscutable, et cela, on n'a pas pu l'inventer. Il y a là une sorte d'in­contournable preuve que la roue a tourné, que quelque chose vient non plus des hommes, non plus même de la plus belle sagesse des hommes, mais du ciel.

Que ce ciel entr'ouvert, ce ciel déchiré nous aide, nous à regarder en ce ciel Celui qui vient vers nous.

 

 

AMEN

 

 
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