AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE, LA LAMPE QUI BRÛLE ET LUIT

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Vendredi de la troisième semaine de l’Avent – B

(16 décembre 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

R

etour sur la figure de Jean-Baptiste. Il est le plus grand des prophètes, il est le sceau de l’Ancien Testament, il est celui qui vient conclure les prophéties jusque dans l’acte de baptiser celui qu’il annonce. Mais si les évangélistes ont gardé la figure de Jean-Baptiste, si elle est si importante, c’est que je crois qu’elle est un modèle aussi pour nous, les chrétiens de 2005. Et cela parce que le Christ lui-même témoigne de lui, parce que le Christ dresse son portrait. Et dans le portrait donné par le Christ, il y a aussi le portrait du chrétien d’aujourd’hui.

On a quelquefois des livres, c’est machin-chouette qui exprime ses idées sur Dieu, donc ce sont les idées de machin-chouette sur Dieu. Mais il y a un livre qui m’intéresse beaucoup plus que les idées de machin-chouette sur Dieu, c’est les idées de Dieu sur machin-chouette. Ca, c’est extrêmement rare, je n’ai pas encore trouvé cela en librairie, j’ai farfouillé dans toutes les librairies d’Aix-en-Provence, mais je n’y ai pas trouvé les idées de Dieu sur chacun d’entre nous. Je n’ai pas trouvé le beau témoignage de Dieu sur chacun d’entre nous. Pour connaître le témoignage de Dieu sur les hommes, il faut lire l’évangile, il faut lire ces passages où le Christ rend témoignage à certaines personnes : par exemple la syro-phénicienne, parce que le Christ n’a jamais vu une telle foi en Israël, par exemple Natanaël, voici un véritable israélite en qui il n’y a point d’artifice. Il y a plusieurs témoins, le Christ témoigne de l’homme. Dieu rend son beau témoignage sur l’homme.

Et ici, le Christ pour rendre son beau témoignage à la figure de Jean-Baptiste, le compare à une lampe à huile qui brûle et qui luit. Qu’est-ce que cela veut dire ? Brûler, c’est être consumé de l’intérieur, c’est quelque chose qui touche à notre être même, à quelque chose qui est en nous. Luire, au contraire, c’est une action, c’est quelque chose qui est de l’ordre de la diffusion. D’un côté, il y a quelque chose qui est de l’ordre de la combustion, de l’autre, c’est une diffusion. Je crois qu’un chrétien doit combiner les deux, il doit combiner la combustion et la diffusion. Il ne peut pas se contenter d’être un illuminé, c’est-à-dire quelqu’un tellement replié sur lui-même (parce que je crois qu’un illuminé est profondément replié sur lui-même), tellement replié sur lui-même, sur cette lumière qu’il croit saisir, et souvent l’illuminé est dans l’illusion, et il ne diffuse rien, ou alors, il diffuse une lumière qui jure avec les autres lumières que nous sommes chacun. Ca, c’est l’illuminé A l’inverse, il y a des personnes tellement extérieures, elles n’ont pas de feu en elles, et à ce moment-là, elles dégagent une lumière qui est aveuglante, qui écrase les autres lumières, et elle ne provient de rien de l’intérieur.

Dans la figure de Jean-Baptiste, il y a le portrait du chrétien qui est à la fois celui qui brûle, et qui luit. Il est impossible de dissocier les deux. Une lumière qui serait simplement de notre fait, de notre extérieur, ce serait une lumière qui serait simplement à l’intérieur de nous comme une sorte de feu tellement caché qu’il n’a aucun sens. Il faut combiner les deux, et je crois que c’est cela la lumière que nous sommes tous les uns pour les autres. Quand on dit rayonnement, moi je dirais plutôt grâce. La grâce du chrétien, c’est cela, c’est de mêler les deux parce que la lumière est donnée justement pour voir le frère, voir la sœur, elle est donnée pour rentrer en communion les uns avec les autres. Donc, c’est très important d’avoir cette figure d’une lumière qui se consume, ce n’est pas la lumière de Dieu du Buisson ardent qui brûle sans se consumer, c’est une lumière qui à la fois, comme elle se diffuse, elle a tendance aussi à disparaître. C’est dans la diffusion que cette combustion s’opère.

Voilà le beau témoignage qu’a rendu sur la figure de Jean-Baptiste au Christ. Mais le Christ n’attend pas de témoignage des hommes, puisqu’il attend le témoignage de son Père. Et le Christ est lui-même cette lampe qui brûle et qui luit. Il va brûler d’amour pour nous jusqu’à ce feu suprême de la combustion qui s’est allumée au Golgotha pour allumer une lumière éternelle. Le Christ est lui-même cette lampe qui brûle et qui luit à travers les œuvres qu’il fait, il rend témoignage à la lumière. En acceptant de partager notre chair, notre existence humaine, il va, par sa chair, rayonner cette lumière pour nous apprendre nous-même à vivre cette grandeur comme lui l’a vécu.

 

AMEN

 

 

 

 
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