AU FIL DES HOMELIES

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L'ORACLE DE BALAAM

Nb 24, 2-7+15-17

(16 décembre 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Le soleil levant venu nous visiter … 

C

et oracle de Balaam fait partie du Livre des Nombres, une des traditions les plus anciennes d'Israël. Balaam était un prophète qui "se vendait au plus offrant" et qui avait été requis par le roi de Moab pour maudire Israël contre lequel il était en guerre. Au moment de prononcer son oracle, un ange de Dieu lui barre la route pour empêcher son prophète de parler en faveur des ennemis de son peuple. Les yeux de Balaam sont aveuglés car il n'obéit plus au Seigneur. Il n'est pas conscient de sa présence et seule l'ânesse voit l'ange du Seigneur. Balaam frappe son ânesse qui ne veut plus avancer jusqu'à ce que Dieu lui ouvre les yeux. Par la suite Balaam ne pourra prononcer que les paroles que le Seigneur mettra dans sa bouche pour bénir Israël et assurer sa victoire sur Moab au dépit du roi qui avait soudoyé Balaam.

       Et comme il arrive souvent dans l'Ancien Testament, la prophétie de Balaam, tout en s'appliquant de façon immédiate à la situation présente, aux armées qui se trouvent face à face, cette prophétie voit plus loin. Et Balaam le dit expressément : "Je le vois, mais non pour maintenant. Je l'aperçois, mais non de près." Voilà donc que, à travers la situation immédiate sur laquelle le roi de Moab l'avait requis de prophétiser, Balaam entrevoit un autre évènement qui accomplira plus parfaitement ce qui se réalise maintenant seulement en figure. Il voit au-delà d'Israël un héraut qui se lève, qui va dominer sur des peuples nombreux, qui sera un roi plus grand que les rois de la terre. Il est comme un astre, une étoile qui se lève au milieu de Jacob comme un sceptre royal qui se dresse au milieu d'Israël et va lui assurer la victoire.

       C'est une constante de l'Ancien Testament qu'il est une figure en action, une figure vivante des évènements à venir. Tous les évènements de l'Ancien Testament, outre leur signification immédiate, comportent une dimension cachée, secrète. Ils n'accomplissent pas pleinement ce que Dieu, par la bouche des prophètes, a dit à leur sujet, car le dessein de Dieu, tout en s'appuyant sur ces évènements immédiats, tout en se réalisant partiellement dans ces évènements, va plus loin. Le dessein de Dieu établit comme une sorte de filiation entre les évènements de l'Ancien Testament et un évènement mystérieux, lointain, qui portera à son accomplissement ce que ce dessein contient déjà en promesse dans sa réalisation présente. C'est toute la Loi de l'Ancien Testament d'être ainsi une promesse. Non pas seulement quelque chose que Dieu a promis, mais une sorte de mouvement qui emporte toute l'histoire, qui emporte tout le peuple d'Israël, toutes les paroles, toutes les pensées de ce peuple et qui est l'orientation de tout cet Ancien Testament vers un accomplissement, vers quelque chose qui doit lui donner son sens plénier. Au-delà des troupes d'Israël victorieuses du roi de Moab, c'est ce héraut lointain, cet astre qui s'élèvera et qui sera vainqueur du Prince des ténèbres, du roi de ce monde, de lui qui écrase non pas seulement Israël mais l'humanité tout entière sous le poids de son empire. Ce héraut, cet astre qui se lèvera, mystérieusement, c'est cette lumière saluée par Jean-Baptiste qui n'était lui-même qu'une petite flamme vacillante dans la nuit qui annonce l'aurore, un peu comme l'étoile du matin qui annonce le lever du soleil. Jean-Baptiste participe lui aussi de cette grâce de l'Ancien Testament, d'être un commencement qui porte en lui comme un germe l'annonce, la promesse de ce qui doit se réaliser : Jésus-Christ qui est la réalisation de toute l'histoire du monde, réalisation de la promesse faite à Jean-Baptiste, réalisation de la promesse faite depuis les origines mêmes du monde, depuis cette première promesse faite à Adam sitôt après son péché.

       Oui Jésus est ce point d'attirance vers lequel toute l'histoire est comme polarisée tendue. Nous-mêmes qui vivons après la venue du Christ, nous participons encore à cette grande tension de l'histoire car si le Christ est venu, Il reviendra. Si le Christ a déjà accompli notre salut, Il doit achever ce salut par la restauration universelle de l'humanité tout entière et de chacun d'entre nous. Nous participons nous aussi à cette orientation, à cette tension, à ce mouvement de l'Ancien Testament qui se prolonge par l'Eglise vers le retour du Christ. Pour les hommes de l'Ancien Testament, tout était à venir ; pour nous, notre espérance est déjà profondément assise dans la première venue du Christ, assise sur la croix de Jésus, sur la Rédemption qu'Il a accomplie une fois pour toutes. Nous savons déjà qu'Il est victorieux. Ce n'est pas seulement une annonce qui nous est faite, c'est une réalité qui nous est donnée. Ce qui manque, c'est notre adhésion à cette victoire c'est de nous laisser emporter par cette victoire du Christ.

       AMEN


 

 
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