AU FIL DES HOMELIES

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ICÔNE DE LA RÉSURRECTION DU CHRIST ICÔNE DE LA RÉSURRECTION DE LAZARE

Vigiles du cinquième dimanche de carême – B

(17 mars 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous allons donc ce soir faire un sermon au­dio-visuel. Je suis allé rechercher l'icône de la Résurrection du Christ parce qu'en chan­tant le cantique j'ai eu quelques distractions au sujet de celle de la résurrection de Lazare.

On lit l'évangile de la résurrection de Lazare pour son aspect catéchuménal, car c'est l'existence baptismale qui est ainsi figurée. Or pour figurer cette existence baptismale, les deux icônes, celle de la des­cente du Christ aux enfers et celle de la résurrection de Lazare, ont une structure analogue mais avec ce­pendant quelques différences.

Commençons par les structures analogues. Il y a, de part et d'autre, et ce n'est pas simplement pour des motifs de composition esthétique, deux monta­gnes qui figurent deux espaces. Et le Christ est entre les deux, plus bas. Entre les deux montagnes de la Résurrection du Christ, vous voyez deux anges. Ce sont les anges qui, comme le dit l'épître de saint Pierre "se penchent avec convoitise sur le mystère", sur le mystère de la Résurrection qui s'accomplit pour l'humanité. Mais en même temps, ce sont les anges qui figurent "l'Église céleste". Entre les deux monta­gnes de la résurrection de Lazare, vous avez le Christ à peu près en position centrale et au fond, un rempart : c'est Jérusalem puisque nous sommes à Béthanie et dans la montée du Christ à Jérusalem. Autrement dit, nous avons deux espaces séparés par une ville, une muraille, la Jérusalem de la terre vers laquelle monte le Christ ou la Jérusalem céleste symbolisée par la présence des anges qui tiennent en leurs mains les instruments de la Passion.

Si l'on regarde les personnages, il y a le Christ, mais sur l'une, Il est distant, enveloppé dans son nimbe de vie et de gloire, au milieu des enfers, tandis que dans celle de la résurrection de Lazare, Il est extrêmement proche et l'on dirait que l'humanité des personnages viennent comme oppresser le Christ. Par ailleurs Il n'a pas le même costume. Dans l'icône de sa Résurrection, Il est vêtu de la blancheur de la gloire et de la Transfiguration de sa Résurrection. Dans l'icône de Lazare, Il est vêtu du vert sombre de son humanité.

Mais ce qui est le plus intéressant c'est la ma­nière même dont sont concentrés les personnages qui est extrêmement suggestive. Dans les deux cas, il s'agit de sortir quelqu'un du tombeau. Pour la descente aux enfers, c'est Adam et Eve qui sont tous les deux dans des tombeaux et au milieu, le Christ dans son nimbe de gloire, en train de fouler aux pieds les puis­sances du mal, les portes de l'enfer symbolisées sous forme de croix. "Par sa mort, Il a vaincu la mort !" Dans la résurrection de Lazare, il n'y a pas de tombeaux des deux côtés ni les instruments de la croix. Il y a bien un lieu de mort, un lieu souterrain, une énorme caverne dans laquelle Lazare était enterré, et de l'autre côté les apôtres, à la suite du Christ, mais au-dehors.

On aurait pu s'attendre à ce que l'iconographe ne mette que Lazare seul dans l'espace souterrain, dans l'espace de la terre, dans l'espace de l'enfouisse­ment de la mort. Mais pas du tout : il y met Lazare avec les juifs en train de se tenir le mouchoir et de se pincer le nez parce que "cela fait déjà quatre jours et qu'il sent". Par conséquent il s'agit d'une figuration de la mort dans laquelle il n'y a pas seulement Lazare mais aussi les juifs parce qu'ils ne croient pas et qu'ils sont venus chez Lazare pour faire des condoléances et pour sceller définitivement la mort de l'ami de Jésus et en prendre bonne note. Précisément le Christ tend la main vers ce "royaume de la mort" et tient dans son autre main le rouleau scellé, le Livre de vie parce que, précisément, "Il est la Résurrection et la vie."

Or, et c'est là que je veux en venir, qu'est-ce qui fait le passage entre les deux groupes de person­nages ? Ce n'est pas exactement le Christ. Ce sont les deux femmes qui sont prosternées aux pieds de Jésus si bien qu'il faut lire l'icône non pas à la hauteur mé­diane des visages, mais en commençant, à droite, par ce personnage tout blanc de Lazare dans son linceul de mort, descendant à travers celui qui est en train de soulever la pierre tombale, passant par les femmes et remontant vers le Christ dans son geste de bénédiction avec les disciples qui le suivent.

Il me semble que ces deux femmes sont la fi­gure de l'Église. "Seigneur, si Tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !" - "Ne t'ai-je pas dit que si tu crois tu verras la gloire de Dieu ?" A droite, nous avons Israël, Lazare et les juifs, qui ne connaissent pas encore la plénitude de la Nouvelle Alliance. Au centre, nous avons la figure féminine de l'Église, celle qui adhère au Christ et qui manifeste, même si c'est seulement à l'état embryonnaire, la foi en la puissance de la Résurrection.

 

 

AMEN

 

 
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