AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA RESURRECTION MAINTENANT

Ez 37, 12b-14 ; Rm 8, 9-11 ; Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême – année B (18 mars 2018)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, et vous Camille, Enzo et Thibault qui allez recevoir le baptême, vous venez d’entendre ce texte : la plupart du temps, quand nous écoutons l’Évangile, nous sommes un peu comme des téléspectateurs. En effet, la grande caractéristique des téléspectateurs, c’est la curiosité, on veut voir comment ça se passe, on veut que la caméra avec des gros plans aille fouiller de la façon la plus précise, et comme nous sommes des croyants téléspectateurs, nous sommes surtout intéressés par ce moment, il est vrai palpitant, où Jésus fait ouvrir le tombeau, rouler la pierre placée à l’entrée du caveau, une vieille coutume de beaucoup de pays du Proche-Orient destinée à empêcher les violations de sépulture. Nous attendons pour voir comment le mort va sortir du tombeau et nous sommes surtout intrigués par le fait de savoir comment ça se passe. Ceci a d’ailleurs donné lieu à de nombreuses représentations, d’icônes etc...

Mais ce texte considère comme un petit détail final la résurrection de Lazare. Non qu’elle n’ait pas d’importance mais ce n’est pas cela le cœur, le sens profond du texte. En fait, tout le texte repose sur cette affirmation de Jésus : « Je suis la résurrection ». Notez bien qu'Il dit « Je suis » et non pas « Je serai plus tard » la résurrection : Il parle au présent et c’est ça le cœur et le nerf de tout le récit. Jésus, dès maintenant, est la résurrection. Si nous sommes rassemblés ce matin, si nous sommes croyants, c'est parce que nous croyons qu’Il est la résurrection, même si nous pensons qu’Il nous ressuscitera plus tard. En réalité, Jésus nous dit "dès maintenant" – et Il le dit aux catéchumènes qui vont recevoir le baptême –, « Je suis la résurrection ».

Comment entendre cela ? Dans le monde ancien où vivait Jésus, certaines franges de population croyaient déjà en la résurrection – contrairement à ce qu’on pense, c’est une croyance plutôt tardive. Beaucoup de juifs pieux pensaient qu’ils ressusciteraient, au futur ; tout le problème était de savoir comment on allait ressusciter. Cela nous a valu ces grandes fresques de résurrection dont une qu'on lira durant la nuit pascale, le moment où Dieu envoie son esprit et ressuscite les morts. Nous le voyons aussi dans les fresques de Michel-Ange et de tous les grands peintres de la Renaissance : des gens à moitié squelettes à moitié revêtus de peau, de chair et de nerfs, en train de s’extraire douloureusement de leur tombe pour arriver à rencontrer Jésus.

En réalité, la résurrection se produit après la mort, elle est toujours pensée au futur, à ce qui pourra arriver, en tout cas ce qu'on souhaite de tout son cœur. Or, ce qui s’est passé ce jour-là, c’est que pour la première fois, la résurrection a été proclamée et réalisée comme un "maintenant", non comme un "à venir". C’est intéressant car Jésus fait attendre le "maintenant". Il ne part pas tout de suite, Il attend, ensuite Il maintient les disciples dans une sorte de suspense : dort-il, est-il est malade, va-il mourir, est-il déjà mort ? Durant toute la première partie du texte, nous cherchons à savoir où en est Lazare. Tout cela n’existe que parce que le texte nous interroge : « Que fait Jésus face à cette situation ? » Puis, quand Il arrive près du tombeau, aussi bien Marthe que Marie interprètent la venue du Seigneur en pensant que c’est trop tard, qu’il n'y a plus rien de possible, mais en même temps, il reste une porte de sortie, c’est l’avenir : « Au dernier jour, je le sais, mon frère ressuscitera. Tu aurais pu faire quelque chose quand il était malade, prolonger sa vie, maintenant nous devons attendre plus tard ». Il n’y a pas de "maintenant", de "présent" pour Lazare.

C’est extraordinaire et ça correspond à une impression que nous avons de façon récurrente face au deuil : il y a "avant" et quand la personne est décédée, c’est fini. On a l’impression que le fait qu’une personne soit morte est un "maintenant vide" dans lequel il ne se passe rien. Dans le monde juif aussi, on se représentait souvent le statut des morts comme une situation de mise en attente, en stand-by. Il ne pouvait rien se passer, c’était terminé.

Au moment où Marthe affirme qu’elle sait qu’il va ressusciter, Jésus lui dit que le problème n’est pas ce qui se passera après, ni ce qui s’est passé avant, il est de savoir ce qui va se passer maintenant. « Je suis la résurrection » et « Crois-tu cela ? » Le "maintenant" de Jésus rencontre le "maintenant" de Marthe et de Marie, le présent de Jésus « Je suis la résurrection » rencontre l’attitude de Marthe et Marie « Crois-tu cela ? » C’est la question précise que l’on posera aux catéchumènes dans la nuit de Pâques.

Et c’est là que se réalise l'inouï ; c’est pourquoi ce récit de la résurrection de Lazare est si important et que saint Jean l'a écrit : à partir du moment où le Christ veut entrer maintenant dans la vie de quelqu’un, c’est le début de la résurrection et de la vie éternelle. On pourrait penser que c'est un peu de la provocation, de l'enfumage, car Jésus a certes fait quelque chose pour Lazare mais pour nous aujourd'hui, Il a beau entrer dans notre vie par le baptême, nous mourrons tous !

Mais c’est peut-être là que nous ne comprenons pas exactement ce que veut dire « Je suis la résurrection ». Si nous nous contentons d'envisager la résurrection simplement comme un avenir, sur lequel nous n’avons pas de prise, ce n’est pas vraiment la façon dont Jésus conçoit la résurrection. Il la conçoit comme le "maintenant" où Il intervient directement dans la mort de Lazare. A partir du moment où Il veut implanter cette résurrection dans l’existence et dans la mort, Il le peut. C'est Lui qui est la Résurrection, qui prend l'initiative, qui décide et donne la vie. Voilà pourquoi ce texte est si troublant : il renverse complètement toutes les représentations qu’on peut se faire de la résurrection. Nous-mêmes, nous sommes encore un peu comme Marthe et Marie : « Je le sais, je ressusciterai au dernier jour », mais ce n'est pas vrai ! C'est ce que le Jésus de Jean veut nous enseigner et nous faire percevoir : « A partir du moment où J’entre dans votre vie, J'inaugure en vous la résurrection ».

C’est cela que nous fêtons, que nous célébrons lorsque nous croyons que Dieu intervient dans notre vie par le baptême. Etre baptisé, c’est le moment où Jésus s'approche de votre vie et fait entrer une nouvelle vie, la vie de la résurrection qu'Il veut voir commencer en vous aujourd'hui. Chaque chrétien est un ressuscité, une personne qui n’attend pas pour vivre en ressuscité, il est déjà totalement saisi par la puissance de la résurrection.

C'est pour cela que le christianisme a tellement changé la vision ancienne du monde. Dans celle-ci, il fallait tenir le plus longtemps possible, le but de la vie était de survivre et la résurrection ou la vie éternelle était simplement de la survie. Là, Jésus nous dit qu'Il ne rentre plus dans les catégories de la survie, désormais Il inaugure la vie nouvelle, la vie de ressuscité. C'est le dernier mot de Jésus à propos de cette résurrection : « Déliez-le et laissez-le aller ! » Car vivre de cette vie nouvelle, c’est accueillir, recevoir et laisser se mettre en œuvre en nous une vie qui nous donne une liberté nouvelle, non pas en vivant dans la nostalgie du passé, en nous fabriquant des espoirs utopiques, mais dès maintenant, la résurrection est à l'œuvre pour me donner la liberté. Quand vous serez baptisés, ce que Dieu vous donnera de plus grand et de plus beau, c’est sa vie à Lui telle qu'Il nous l'a donnée par sa mort et sa résurrection, et la véritable liberté des enfants de Dieu.

Frères et sœurs, c’est pour ça que notre vie est tout entière baptismale. Le baptême n’est pas un moment où nous participons à une célébration. C’est le moment où devant le tombeau, Jésus dit : « Ouvrez le lieu dans lequel vous êtes enfermés, ouvrez le cœur dans lequel vous êtes empêtrés et laissez-Moi entrer avec la vie nouvelle que Je vous apporte et Je vous donnerai la plénitude de la liberté que chacun d’entre vous attend du plus profond du cœur, non pas pour plus tard mais pour aujourd’hui et pour maintenant ».

La puissance de la résurrection est la manière dont Dieu chaque jour, même dans les pires moments, est capable de manifester cette puissance de vie qui vient nous renouveler. Amen.

 
Copyright © 2018 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public