AU FIL DES HOMELIES

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LA RÉSURRECTION DE L'ENFANT

2 R 4, 8-37

(20 mars 1994???)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Vendôme : Résurrection de Lazare 

L

e sens de la résurrection de cet enfant est que la vie que nous avons reçue n'est pas la vie dont nous parlons en ce lieu et en ce soir, que ce n'est que l'ébauche de celle que nous devons non plus recevoir à notre insu mais avec notre consentement. Et la vie que nous avons à recevoir vient de Dieu, ne peut venir que de Lui, car elle est vie divine qui ne peut être que le fruit d'une rencontre comme celle de la Sunamite avec l'homme de Dieu. Elle est comme le fils que la Sunamite n'a pas réclamée car "elle était parmi les siens", parmi, comme nous le sommes. Et de la rencontre de moi-même, au plus profond de moi-même, de ce que les hébreux vont appeler "la pointe fine de mon être", de cette rencontre intime avec Dieu naît la vie divine, la vraie vie, celle dont le Christ parle. Et l'enfant dont il est question dans ce texte très curieux, très ancien, est le symbole de cette vie nouvelle qui s'ajoute à la première et qui la transfigure, qui lui donne un sens.

       De même lorsque Dieu avait créé l'homme et qu'Il avait soufflé dans cette glaise "son haleine de vie", le même mot se retrouvera à la fin du texte lorsque l'enfant "éternua". Cet épisode décrit l'histoire du souffle de Dieu dans la vie humaine qui ne peut se contenter de son propre souffle humain. La rencontre entre l'humanité, la Sunamite, et Dieu, c'est un enfant. Comme le dira le psaume : "Je tiens mon âme égale et silencieuse comme un enfant près de sa mère", l'enfant est ici le symbole de l'âme, de la vie profonde de Dieu en moi. L'enfant grandit, mais l'âme est malade. Les maladies de l'âme ne sont pas celles du corps. C'est pourquoi d'ailleurs quand on parle de vie dans le monde contemporain, on confond souvent la vitalité et la vie. La vie n'est pas la santé, ce n'est pas l'absence de souffrance, mais la vie dont nous parlons dans la Révélation c'est la transformation de la vie terrestre en vie divine. C'est un mouvement, un dynamisme profond qui prend ici la couleur et l'apparence d'un enfant.

       Et cet enfant vient à mourir car si les âmes sont immortelles, elles ont des maladies mortelles, des maladies qui les font dormir, qui les ensommeillent comme Lazare dans le tombeau. Et il faut que Dieu achève cette création. A travers l'homme de Dieu, qui d'ailleurs ne savait pas que ce que l'enfant donné à la Sunamite était mort : "Son âme est dans l'amertume et le Seigneur ne m'a rien annoncé", lui le confident, l'intime de Dieu n'a pas entendu l'âme qui est partie, qui s'est éteinte, cette vie, cette grâce divine qui n'a pas trouvé à s'enraciner et qui est morte, faute d'avoir pris racine dans la vie terrestre. Et le serviteur du prophète, comme Moïse le serviteur de Dieu, étend son bâton sur l'enfant. Mais la maladie de l'âme est si grave, la maladie de notre âme est si grave qu'il ne peut pas y avoir d'intercesseur autre que Dieu Lui-même. Le bâton de Moïse qui frappait le rocher et qui en faisait sourdre une source nouvelle, ne suffit pas aujourd'hui à faire revivre l'âme. Le bâton est étendu sur l'enfant, mais l'enfant ne bouge pas. Il faut que Dieu l'épouse, il faut que Dieu se couche sur moi, pose sa bouche sur ma bouche, ses mains sur mes mains, son corps sur mon corps. Il faut qu'il y ait non plus simplement cette haleine de vie qui s'ajoute à la glaise que je suis, mais plus profondément, l'intimité, la chaleur même de Dieu comme le décrit l'intimité conjugale entre un homme et une femme. Aussi étroitement que sont unis un homme et une femme qui s'aiment, aussi étroitement sont unis l'âme de ma vie et Dieu Lui-même. Cette réanimation, ce mot est si vilain, cette résurrection passe par la bouche de Dieu, passe par les mains de Dieu, passe par la chaleur de Dieu, par sa tendresse, par sa Parole, sa création. Et alors, au bout de sept tentatives comme sept jours de la création, l'enfant éternua. Quand on éternue, c'est qu'on souffle de nouveau pour dégager ce qui empêchait le souffle d'atteindre les bronches, ce qui inhibait une véritable respiration. Et Dieu rend l'enfant à sa mère : "Prends ton fils !" Elle entra, tomba à ses pieds, se prosterna à terre, puis elle prit son fils et sortit.

       Notre vie surnaturelle s'est peut-être éclairée au contact de cet épisode pittoresque, coloré, précis. Peut-être que Dieu a fait naître en nous, par la rencontre qu'Il y a eu, cette âme nouvelle, peut-être que nous l'avons laissée, pliée dans un placard et que les quatre coins sont moisis car elle n'a pas servi comme le dira un poète. Peut-être qu'elle s'est endormie de cette maladie terrible qui est l'absence d'âme dans l'homme, peut-être avons-nous besoin de ce nouveau bouche-à-bouche, de cette présence si intime de Dieu pour que son souffle nous redonne la vie.

 

       AMEN


 

 
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