AU FIL DES HOMELIES

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SORS D'ICI

2 R 4, 1-13

(23 mars 1980???)

Homélie du Frère Michel MORIN 

Viens dehors ! 

A

u fur et à mesure que s'avance le carême nous touchons à ce qu'il y a de plus extrême dans notre vie d'homme. Après la tentation du désert avec le Christ, après la source d'eau vive et la soif de Dieu, après la soif de la lumière suivie de la guérison, nous voici maintenant appelés à toucher ce mystère de la mort. C'est cela déjà que préfigurait le très beau texte du deuxième livre des Rois. L'homme de Dieu, Élisée, préfigure le Christ, fils de Dieu. Élisée habite la montagne, lieu de la demeure de Dieu, le Christ habite cette montagne qui est le cœur de Dieu. Élisée passe à Shunem et le Christ passera dans nos villes, sur notre terre. Élisée est porteur d'une parole de vie qui réalisera ce que la femme désire et cette femme sunamite est la figure de l'Église. L'Église, cette femme de qualité parmi les autres femmes, l'Église qui n'aurait pas de fils, comme cette femme si ces fils ne lui avaient été donnés par la parole qui vient de Dieu, comme le fils de la sunamite lui a été donné par l'annonce du prophète Élisée. Et le fils de cette femme, c'est la préfiguration de ce que chacun nous sommes aujourd'hui. Nés dans l'Église, à cause de la parole de Dieu, mais aussi destinés à mourir, au milieu même de notre course, de nos travaux, comme ce jeune garçon qui allait aux champs et qui, tout d'un coup a eu ce malfoudroyant dont il est mort dans les bras de sa mère. Nous aussi, chrétiens, qui sommes nés de la parole de Dieu dans l'Église nous serons appelés à mourir dans les bras de l'Église.

       Mais cette mort, nous ne la vivrons pas seul, car l'Église, à ce moment-là, courra vers l'homme-Dieu, courra pour nous vers le fils de Dieu pour lui dire : "Mais ces fils que tu m'as donnés, ces fils qui me sont nés dans ta parole vont-ils disparaître ?" Et comme Élisée qui est sorti pour venir guérir, pour venir ressusciter le fils de la sunamite ainsi le Christ sort encore et vient nous ressusciter, là même où nous nous endormons, dans la personne de l'Église.

       Cette préfiguration du livre de Rois, devient une annonciation dans le passage de Lazare et qui aura son plein achèvement, sa pleine réalisation, sa véritable destinée, dans la mort, dans la Pâque, dans la résurrection du Seigneur. 

       Et avez-vous remarqué que ce que le Christ va vivre dans sa Pâque, déjà Il l'imprime, Il le marque dans les hommes, dans les femmes qu'il a rencontrés avant sa Pâque ? La victoire sur le mal, la lumière de la résurrection dans le profond du regard des apôtres qui l'ont vu transfiguré, la lumière dans les yeux de l'aveugle-né qui s'ouvre à sa parole et à sa présence, la source d'eau vive qui jaillira de son côté transpercé et qui déjà a jailli dans le cœur de la samaritaine. Et l'annonce de sa mort, de son jaillissement du tombeau qui déjà est marquée dans la chair mortelle de Lazare. Tout cela pour nous faire comprendre que tout ce que nous vivons aujourd'hui, comme ce qu'ont vécu les hommes avant le Christ, dans ce mystère sans mesure est marqué dans notre chair, dans notre vie, dans notre naissance, dans notre soif de Dieu, dans notre aveuglement et ce soir, dans notre mort. De façon à ce que lorsque nous vivons cela, nous ayons la certitude intérieure de ne pas être seul à l'avoir vécu, de ne pas être le premier à l'avoir vécu.  

       Et si le Christ appelle Lazare hors du tombeau, c'est pour qu'un jour le Christ puisse entrer lui-même dans ce tombeau. Si le Christ dit à Lazare : "Sors d'ici", c'est pour que le Christ, mort, puisse prendre place dans notre mort de façon à ce que nous-mêmes, lorsque nous retrouverons cette mort, lorsque nous serons déposés dans la mort, nous ayons la certitude de ne pas y être seul, car notre tombeau ne sera pas vide. Il sera déjà rempli de la présence du Christ qui lui aussi y aura été déposé, mais qui y sera ressuscité.

       Au moment de notre mort, comme Lazare, nous entendrons à notre tour : "Lazare, viens dehors, sors d'ici". Le Christ nous appellera par notre nom, celui de notre baptême, celui que nous a donné notre mère l'Église, pour nous tirer des enfers, pour venir nous chercher au plus profond de notre misère, pour nous rendre vivants, là même où nous serons morts. Lorsque Charles de Foucauld, vicomte, officier brillant, quelque peu turbulent a senti ce désir de Dieu, a senti cet appel de la miséricorde tout au fond de sa misère, il est entré dans une église à Paris, l'église de Saint Augustin, et à l'abbé Huvelin qui était là, il a dit : "Père, je suis tombé très bas". Et le prêtre lui a répliqué: "Mais Dieu est encore plus bas."

 

       AMEN

 

 
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