AU FIL DES HOMELIES

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LES LARMES DE DIEU

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année B (29 mars 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


 

Langres : La résurrection de Lazare
Frères et soeurs, je ne sais pas si vous avez remarqué à combien de reprises dans cette page d'évangile, on parle de l'amour de Jésus pour  Lazare et pour ses sœurs Marthe et Marie. Marthe et Marie envoient dire à Jésus : "Celui que tu aimes est malade". Et l'évangéliste ajoute : "Jésus aimait Marthe et sa sœur, et Lazare". Quand Jésus parvient au village, il frémit intérieurement, devant les juifs qui sanglotent avec Marie et l'entourent pour la consoler dans son deuil. Jésus troublé, demande : "Où l'avez-vous mis ?" – Viens et vois", et Jésus pleure. L'évangéliste nous dit que les juifs en voyant cela disent : "Voyez comme il l'aimait". C'est donc cet amour, cette profonde amitié et tendresse de Jésus pour Marthe, pour sa sœur Marie et pour leur frère Lazare qui est comme le paysage d'arrière-fond de toute cette scène. Il s'agit d'une scène intime, entre Jésus et ses amis, entre Jésus et ses proches, et Jésus aime Lazare, au point de pleurer sur sa mort. 

       De façon traditionnelle on interprète cette scène en séparant d'un côté les réactions humaines de Jésus : il frémit intérieurement, il aimait Marthe, Marie, Lazare, il pleure sur son ami qui est mort ; et d'un autre côté les actes de Jésus comme Dieu, comme maître de la vie et de la mort : "Je suis la vie et la résurrection. – Père, je te rends grâces de m'avoir exaucé. – Lazare, viens dehors !" Nous avons l'impression que cette scène nous montre deux faces alternatives de Jésus. D'un côté, il est le Fils de Dieu, qui commande en maître à la mort et fait surgir la vie et c'est pourquoi il ressuscite Lazare ; et de l'autre côté, il est homme comme nous, c'est pourquoi il peut aimer avec tendresse Lazare et ses sœurs, et pleurer parce que Lazare est mort. Cette interprétation traite ce texte un petit peu comme si sur un ordinateur, nous ouvrions simultanément deux fichiers, et que alternativement nous utilisions l'un puis l'autre de ces fichiers. On a l'impression qu'en Jésus il y a tellement sa nature humaine, et tellement sa nature divine, qu'elles sont en quelque sorte juxtaposées, chacune se déroulant indépendamment de l'autre comme si Jésus à certains moments agissait en homme et à d'autres moments agissait en Dieu. 

       C'est une vision un peu simplifiée et pas tout à fait satisfaisante de la personne de Jésus. Certes, Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme, mais non pas pour agir quand il le veut comme Dieu, et à d'autres moments comme homme. Ce serait faire à l'intérieur de l'être de Jésus une dichotomie qui est tout à fait invraisemblable et anormale. Jésus est vrai Dieu et vrai homme, non pas de façon alternative mais de façon conjointe, un peu comme dans un ordinateur où nous avons ouvert deux fichiers, nous pouvons prendre le contenu d'un  des fichiers et le transférer dans l'autre. Je crois qu'il faut comprendre que les manifestations humaines de Jésus ne sont pas étrangères à sa nature divine. Quand Jésus se fait homme, il ne cesse pas d'être Dieu, mais il est Dieu en manière humaine, en modalité humaine de vivre. Jésus a choisi d'être semblable à nous, et de vivre les émotions, les événements, les connaissances comme nous les vivons, même s'il les connaît en même temps avec toute la profondeur divine. Et c'est précisément cette profondeur divine qui mesure l'intensité de l'amour que Jésus a pour nous. Dieu est celui qui nous aime au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, au-delà de tout ce que nous sommes nous-mêmes capables d'avoir comme amour. Dieu nous aime chacun d'entre nous comme si nous étions seuls au monde. 

       C'est ainsi que Jésus, parce qu'Il est Dieu, aime Marthe et Marie et Lazare. Cet amour divin de Jésus pour Lazare n'est pas étranger aux manifestations humaines de cet amour. Plus exactement, c'est le débordement de cet amour infini du Fils de Dieu pour son ami Lazare qui se traduit dans des réactions humaines, comme celle de pleurer sur la mort de son ami. Il pleure comme nous pleurons, mais ses pleurs sont des pleurs de Dieu, c'est Dieu qui pleure en cet homme Jésus. Par conséquent, les larmes de Jésus font partie de la puissance de sa résurrection. J'oserais dire que c'est par ses larmes que Jésus ressuscite Lazare. Je veux dire par là que l'orchestration humaine de la vie intérieure de Jésus n'est pas étrangère à ce miracle qu'il va accomplir par sa puissance divine, en rendant la vie à Lazare. Il a rendu la vie à Lazare parce qu'il aimait Lazare, par son amour pour Lazare, par son amour pour Marthe et pour Marie. Cet amour est indissociablement la plénitude de l'amour divin et la qualité concrète de son amour humain, entièrement envahi par cette présence divine. Etre Dieu ne fait pas qu'il ne nous aime pas à la manière des hommes, mais il nous aime d'une manière humaine plus totale, plus parfaite, plus intense que tout ce que nous pouvons imaginer et ressentir nous-mêmes. Jésus, parce qu'il est Dieu il est pleinement homme, totalement homme, il va jusqu'au bout de l'intensité de son humanité, et c'est là que nous pouvons entrevoir et toucher la puissance de sa divinité. Ce qu'il y a de plus divin en Jésus ce n'est pas qu'il accomplisse des prodiges, mais c'est la profondeur et l'intensité avec laquelle il nous aime, avec laquelle il aime chacun des hommes, avec laquelle il va jusqu'à donner sa vie pour nous. En ressuscitant Lazare, Jésus annonce qu'il va nous aimer au point de mourir lui-même sur la croix, mourir, pour que son amour plus fort que la mort le ressuscite, comme il a ressuscité Lazare. 

       C'est cela le mystère du baptême dans lequel Virginie va être introduite comme nous l'avons été au début de notre vie chrétienne. Par le baptême nous sommes plongés dans la présence de Dieu, dans la présence de l'Esprit de Dieu qui façonne en nous l'image, la ressemblance, la similitude, la participation à ce qu'est Jésus. Nous entrons en communion par le signe du baptême, en communion avec Jésus, homme comme nous, mais qui nous appelle à devenir Dieu comme lui. Nous entrons en communion avec Jésus par cette eau du baptême, nous sommes plongés dans sa mort pour pouvoir surgir avec lui de la mort dans la résurrection. Cette mort, c'est le signe de l'amour de Dieu pour nous dans lequel nous sommes immergés, et cette résurrection, c'est la victoire de l'amour pour nous à laquelle nous sommes associés. C'est ce mystère de la tendresse, de la proximité de Dieu, une proximité infinie, inimaginable. 

       Les hommes, quand ils ont découvert la notion de Dieu, l'ont pensé comme quelque chose qui nous échappe, ce qui est infiniment au-delà, ce qui est inaccessible. Et voilà qu'en Jésus Dieu nous révèle qu'il est infiniment proche, infiniment accessible, que nous pouvons le toucher, le voir, l'entendre. C'est cela la révélation de Jésus et c'est la révélation de cet amour de Dieu qui fait que, même si nous sommes peu de chose au regard de l'intensité de Dieu, Dieu veut se faire proche de nous pour que nous puissions être proches de lui, pour que nous puissions être remplis de sa présence et de sa vie. 

 

       AMEN


 

 

 

 

 
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