AU FIL DES HOMELIES

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RESSUSCITER POUR VIVRE ET NON POUR SURVIVRE 

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année C (23 mars 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

"Déliez-le et laissez-le aller". Chère Odile chère Marie-Augustin c'est pour vous que l'Église dans sa tendresse et son affection pour vous, a choisi les textes que nous avons entendus. C'est à vous que s'adresse la promesse du prophète Ézéchiel : "Voici que je vous ferai sortir de vos tombeaux et vous saurez que je suis le Seigneur". Jusqu'ici vous cherchez le Seigneur, mais vous ne savez pas encore vraiment qui Il est. Mais quand Il vous fera sortir de vos tombeaux, vous le saurez. C'est encore à vous qu'est donnée cette parole de saint Paul : "L'Esprit qui a ressuscité Jésus d'entre les morts, ce même Esprit ressuscitera votre corps de chair" pour que vous soit donnée la gloire de la résurrection. Vous ne connaissez pas encore 1'Esprit et il vous faudra toute votre vie pour le connaître c'est dans votre corps en votre condition humaine que vous connaîtrez progressivement la gloire de Dieu son appel à la résurrection et à la promesse de la vie. Enfin et surtout, c'est à vous qu'est donné aujourd'hui, le récit de la résurrection d'un ami du Seigneur, Lazare qui était mort.

Et vous êtes comme Lazare. Déjà le Seigneur vous aime beaucoup et vous l'aimez. Mais à cause du péché, à cause de votre enracinement dans notre existence humaine de pécheurs vous êtes malades de cette maladie qui conduit à la mort, cette maladie qui est notre péché à tous. L'Église vous donne ce texte pour que vous connaissiez le remède et la joie qu'elle va vous apporter par le baptême. En effet lorsque nous pensons résurrection, nous pensons qu'il s'agit de "rendre" la vie de "ramener" à la vie. Lazare était mort de maladie, puis il est entré dans la mort pendant quatre jours manifestant ainsi qu'il est réellement mort et voici que la puissance de la résurrection du Christ le fait rentrer dans la vie. Nous croyons alors que ce qui a été donné à Lazare c'est un simple sursis, un supplément de vie. Ainsi la résurrection de Lazare nous apparaît comme une "opération survie", une opération "récupération", une opération de sauvetage. Quelle erreur. En raisonnant ainsi nous raisonnons comme des païens. Toutes les grandes civilisations ont connu ce mystère de la mort, elles ont été fascinées par le culte des morts et des tombeaux. A leurs yeux, seul comptait cet effort incessant de récupération pour ne rien perdre, et tenir entre ses mains des souvenirs qui échappent à la mort. La mort du monde ce n'est pas simplement qu'il meurt, la mort la plus tragique de ce monde, c'est qu'il veut se sauvegarder et se sauver lui-même. Voilà ce que signifient la mort de Lazare et ce tombeau dans lequel il est enfermé, lié de bandelettes. C'est l'image de notre humanité aux prises avec la mort qui ne veut rien lui céder et qui dans un combat stérile et vain, ne cesse de s'acharner à sauver ce qu'elle ne pourra jamais sauver par sa propre force.

La mort la plus horrible du monde, frères et sœurs, c'est de ne pas accepter de mourir, et lorsque nous sommes en face de la mort, nous avons ce réflexe : "Si Dieu avait été là, nous ne serions pas morts", nous aurions tenté de lui arracher un peu de survie, demandant un brin de sursis de vie "encore une petite minute".

Frères et sœurs la résurrection n'est pas un sursis, et lorsque Lazare fut ressuscité d'entre les morts ce ne fut pas pour avoir un supplément de vie car, lorsqu'il est sorti du tombeau, il a entendu deux paroles de Jésus. La première c'est : "Lazare viens ici, dehors", cela signifie que pour Lazare comme pour vous, Odile et Marie-Augustin qui allez recevoir le baptême, il s'agit de recevoir la plénitude de la vie et de la résurrection. Vous n'allez pas survivre, mais vous allez vivre d'une vie que vous ne soupçonniez pas, que vous ne comprenez pas encore et que nous-mêmes qui l'avons reçue à notre baptême, ne comprenons pas encore. "Viens ici, dehors", cela veut dire que désormais, le monde sera trop petit pour vous, tout ce que vous connaîtrez de joies dans ce monde, et Dieu sait qu'il y en a de belles et de grandes et que vous en connaissez déjà de très belles, toutes ces joies ne vous suffiront plus, ou plutôt elles prendront une dimension nouvelle que vous ne leur connaissiez pas encore car vos joies s'épanouiront en vous, sous le soleil de la grâce et dans la plénitude de l'Esprit. C'est la vie que vous recevrez et non pas la survie, la liberté et non pas un sursis pour une vie qui ne saurait que mourir. Vous recevrez de l'Esprit cette liberté profonde qui consistera non plus à lutter dans un combat stérile contre la mort mais à vous laisser entraîner dans un combat victorieux, vous n'aurez plus à faire de la récupération de la vie, vous aurez à vivre la prodigalité du don de Dieu.

"Déliez-le et laissez-le aller". Recevez aujourd'hui cette Parole de la part du Christ, ce flot immense de liberté dans l'Esprit qui commence à envahir votre cœur. Vous n'êtes plus liées de bandelettes car vous allez recevoir la liberté des fils de Dieu, vous n'avez plus de suaire sur le visage parce que vous sera retiré le voile qui est posé sur votre regard pour que vous contempliez le Seigneur dans sa beauté.

Voilà, frères et sœurs, ce dont nous avons à être : les témoins de la part du Seigneur, de nos catéchumènes. Comme elles le seront dans la nuit de Pâques nous avons été plongés dans la mort, mais dans une mort qui n'est plus survie mais qui est don de vie car, ressusciter, c'est se donner. Il est dit quelques pages plus loin dans l'Évangile de Jean, que les juifs voulaient aussi mettre à mort Lazare, parce que, comme le Christ l'avait ressuscité des morts, il avait été 1'occasion de la foi de beaucoup en Israël. Lazare n'a pas été rappelé de la mort pour échapper à la mort, il a été rappelé de la mort dans laquelle il était enfermé, dans la solitude de son tombeau, pour vivre une autre mort, une mort dans le Christ et avec le Christ.

Ce que l'Église vous promet c'est que vous ne mourrez pas. Cela ne veut pas dire que vous n'aurez pas votre lot de souffrance et votre croix à porter car le serviteur n'est pas au-dessus de son Maître. Vous mourrez vous aussi, mais vous ne mourrez plus comme Lazare, de cette première mort qui consiste à être enfermé dans un tombeau. La mort dans laquelle vous allez entrer en étant plongées dans les eaux du baptême est une mort à vous-mêmes, qui durera toute votre vie et qui culminera au moment où Dieu viendra vous accueillir dans sa tendresse et sa miséricorde. Cette mort-là ne conduit pas dans un tombeau, elle conduit dans l'espace de la liberté de Dieu, dans l'amour et la communion de tous les saints.

C'est ce que l'Église vous promet solennellement aujourd'hui en vous libérant du mal et du péché, en vous transmettant le Notre Père qui est la prière des fils et non celle des esclaves asservis au péché et en vous accompagnant vers la résurrection par cette nouvelle mort cette mort des ressuscités qui est don de sa propre vie.

 

AMEN

 

 
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