AU FIL DES HOMELIES

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BAPTISÉS DANS LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année A (21 mars 1999)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, si l'Église nous fait lire, en ce dernier dimanche de carême avant la semaine sainte, l'évangile de la résurrection de Lazare, c'est bien évidemment parce que cet événement ma­jeur qui, en provoquant la colère des grands prêtres et des pharisiens, sera la cause immédiate du complot qui aboutira à la mort de Jésus, est la manifestation la plus éclatante de son pouvoir sur la Vie et sur la mort et l'ultime prophétie, l'image et l'assurance très claire de sa propre Résurrection au matin de Pâques. Mais c'est aussi, tout comme l'évangile de l'entretien de Jésus avec la samaritaine sur l'eau vive que nous li­sions, il y a quinze jours qui nous parle du baptême, don de l'eau vive de l'Esprit qui jaillit en notre cœur et tout comme, dimanche dernier, l'évangile de la guéri­son de l'aveugle de naissance, annonce le baptême, illumination de notre cœur par la foi, c'est aussi parce que de la même façon, la résurrection de Lazare dé­voile la signification profonde du baptême qui nous fait entrer dans le mystère de la mort et de la résur­rection avec le Christ. C'est donc à vous, catéchumè­nes, que cet évangile s'adresse vous qui allez être baptisés dans la Pâque du Christ et aussi à nous, frères chrétiens, qui, avec les catéchumènes, revivons notre propre baptême en cette fête de la mort et la Résur­rection de Jésus. Car, baptisés dans le Christ, nous devenons participants de sa mort et de sa Résurrec­tion.

Dans un passage de l'épître aux Romains qui précède de quelques paragraphes ce que nous enten­dions tout à l'heure, saint Paul dit : "Ne savez-vous pas que baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que, tous, nous avons été baptisés, ensevelis avec Lui par le baptême dans sa mort, nous ressusci­tons avec Lui pour une vie nouvelle" (Romains 6, 3-5). Par le baptême, et saint Paul fait allusion au geste de l'immersion, nous sommes plongés dans l'eau comme Jésus est plongé dans la mort, comme Jésus est enseveli dans le tombeau, et nous surgissons de l'eau baptismale comme Jésus est sorti vivant du tom­beau. Il s'agit donc d'une comparaison qui est, en quelque sorte, visuelle, mais cela n'est qu'un indice, n'est qu'un signe de la réalité profonde par laquelle le baptême va transformer radicalement votre vie en la faisant entrer dans la vie pascale de Jésus, dans sa mort sur la croix et sa Résurrection au matin de Pâques.

Alors vous me direz : "cela est très profondé­ment beau, mais en quoi notre vie, au jour de notre baptême, va-t-elle participer à la mort et à la Résur­rection du Christ ?" Vous n'allez pas physiquement mourir au moment de votre baptême pour physique­ment ressusciter quelques instants plus tard. Certes on peut dire, d'une manière spirituelle, plus symbolique ou morale, que vous allez mourir au péché, mourir à vos défauts pour ressusciter dans la sainteté de Jésus. Mais, vous le voyez bien, si cela est profondément vrai, ce ne peut être qu'une conséquence de quelque chose de plus profond encore, de quelque chose qui ne serait pas simplement d'ordre moral, pratique, mais de quelque chose qui va se passer dans votre nature intérieure, intime. En votre être va s'opérer une trans­formation radicale.

En effet il va se passer quelque chose, invisi­blement mais réellement, au fond de vous-mêmes, car au cœur de votre vie, de votre vie terrestre, de votre vie de tous les jours, de cette vie que vous avez depuis votre naissance, de cette vie que vos parents vous ont transmise, il va y avoir au cœur de cette vie comme le germe d'une vie nouvelle, car la Résurrection, ce n'est pas seulement pour plus tard, dans un avenir lointain et plus ou moins indéfinissable, la Résurrection, ce n'est pas quelque chose qui aura lieu après la mort, la Résurrection et aussi la mort sont des forces spiri­tuelles, divines, des forces qui viennent du Christ, qui sont déjà en œuvre au cœur de vous-même. Au cœur de votre vie se construit, s'édifie, est en train de naître une vie nouvelle dont le Christ mort sur la croix et ressuscité au matin de Pâques, est la cause, la source, le principe, et c'est pour cela que vous allez être bapti­sés.

Comment cela se fait-il ? il y a deux éléments sur lesquels je voudrais attirer plus particulièrement votre attention, qui dans votre baptême vont être en vous le principe de cette vie renouvelée.

Le premier principe, nous l'avons entendu tout à l'heure, c'est saint Paul lui-même qui nous le dit : c'est l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu. Par le bap­tême, à travers le signe de l'eau, l'eau qui est symbole de vie, (car on ne peut pas vivre sans eau, l'eau cou­rante est comme une réalité vivante, et plus profon­dément encore nous sommes tous nés dans les eaux maternelles, et l'Église ne cesse de dire que la piscine baptismale est le sein maternel de l'Église qui va vous mettre au monde) l'eau est le signe de l'Esprit Saint qui est la vie même de Dieu qui va venir se commu­niquer à l'intérieur de vous-mêmes. Par le baptême, vous allez être remplis de l'Esprit, de la présence de l'Esprit, c'est-à-dire de la présence du souffle vital de Dieu. "Or, nous dit saint Paul dans l'épître aux Ro­mains que nous entendions tout à l'heure, l'Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, par le baptême, et Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts, donnera aussi la résurrection, la vie, à vos corps mortels par cet Esprit qui habite en vous" (Romains 8 11). Si l'Esprit Saint vient (c'est une image bien sûr) faire sa maison, sa demeure dans vo­tre cœur, si vous laissez l'Esprit vivre en votre cœur, autrement dit si vous êtes ouverts à sa présence, at­tentifs à cette Vie divine jaillissant au plus profond de vous-mêmes comme la source dont Jésus parlait à la samaritaine, si vous coopérez à cette Vie divine nais­sant en vous, l'Esprit petit à petit va fabriquer en vous, façonner en vous, créer en vous cette Vie nouvelle, cette vie éternelle dont je vous parle et qui va mysté­rieusement grandir à l'intérieur de vous. Bien sûr, vous continuerez à vivre la vie de la terre comme nous tous, mais à l'intérieur de cette vie quotidienne, ordinaire naîtra quelque chose d'autre : la vie même de Dieu grandissant en vous, c'est-à-dire que l'Esprit va comme ensemencer votre cœur avec la vie de Dieu de telle sorte que, petit à petit, votre façon de vivre ressemblera de plus en plus à la façon de vivre de Dieu. Dieu va en quelque sorte transformer, impré­gner votre vie. Une sorte d'osmose entre ce qu'Il vit en vous et ce que vous vivez va se produire. Et, si vous êtes fidèles, peu à peu tout ce que vous ferez, tout ce que vous direz, tout ce que vous penserez, tout ce que vous réaliserez sera fait par vous et en même temps par l'Esprit de Dieu qui vous éduquera, qui peu à peu vous donnera la façon de vivre de Dieu, les mœurs de Dieu, de telle sorte qu'il sera de plus en plus difficile de savoir si c'est vous qui agissez ou l'Esprit qui agit par vos mains, vous qui pensez ou l'Esprit qui pense par votre intelligence, vous qui aimez ou l'Esprit qui aime à travers votre cœur, ou plus exactement tout cela sera tellement intimement mêlé que peu à peu votre vie sera intérieurement divinisée. Et c'est cela qui prépare en vous votre résurrection. Car un jour, comme nous tous, vous mourrez et si vous avez vécu de l'Esprit du Christ, vous mourrez avec le Christ et l'Esprit du Christ vous ressuscitera avec le Christ. C'est ce que saint Paul nous promet.

Voilà de quoi le baptême est le commence­ment. Il est le germe en vous de la vie éternelle. De plus, vous le savez, le jour de Pâques, vous allez re­cevoir non seulement le baptême mais, entrant dans la communauté chrétienne par le baptême, vous allez aussi venir partager la Table de l'Église, la table de la communauté chrétienne, la table du Seigneur, c'est-à-dire l'eucharistie, vous allez recevoir le pain dont Jé­sus nous a dit : "Mangez, c'est mon corps", le vin dont Jésus nous a dit : "Buvez, c'est mon sang". Vous allez recevoir en vous le corps et le sang du Christ, le corps et le sang du Christ Ressuscité. Et vous savez que tout ce que vous mangez, tout ce que vous buvez se trans­forme en la substance de votre propre corps et par conséquent ce corps du Christ, sous la forme du pain, ce sang du Christ sous la forme du vin, que vous allez manger et boire, vont devenir la substance de votre propre corps, de votre propre sang. De façon très ré­aliste, à l'intérieur de votre chair, le corps du Christ va être présent comme un aliment qui se transforme en vous, et de cette sorte votre chair va être intérieure­ment, intimement ensemencée par la chair ressuscitée du Christ, votre sang, par le sang du Christ Ressus­cité, et ainsi d'eucharistie en eucharistie, puisque cette communion que vous accomplirez le jour de Pâques sera la première d'une longue suite de communions eucharistiques où, de jour en jour, de semaine en se­maine, vous vous nourrirez du corps et du sang du Christ, peu à peu votre chair sera remplie de la pré­sence de la chair du Christ, votre sang rempli de la présence du sang du Christ, de la chair et du sang ressuscités du Christ. Et comme se plaisent à nous le dire les Pères de l'Église, en particulier saint Irénée de Lyon, cette chair du Christ, ce sang du Christ, dont le sang va devenir votre sang, votre chair et votre sang contiendront en eux un germe de résurrection.

Alors, vous le voyez, à la fois l'Esprit Saint qui habite dans votre cœur, à la fois le corps et le sang du Christ qui habitent dans votre corps, par le bap­tême et par l'eucharistie, vont être en vous une pré­sence réelle déjà agissante, déjà commençante de cette Résurrection qui s'accomplira pleinement le jour où, après votre mort, vous entrerez dans le Royaume de Dieu par la puissance de l'Esprit et en union avec le corps et le sang du Christ Ressuscité. Voilà ce que cet évangile de Lazare nous invite à penser aujour­d'hui, voilà ce que Jésus vous dit aujourd'hui : vous allez ressusciter, non pas immédiatement, mais comme une réalité naissante au cœur de vous-mêmes.

Et si vous voulez, pour terminer, une compa­raison : quand on construit un monument, un édifice, pendant tout le temps de la construction, l'édifice est entouré par des échafaudages qui permettent la cons­truction de la cathédrale, du palais, que sais-je ? Et tant que la construction est en route, on ne voit pas le monument parce que les échafaudages le cachent, le masquent tout alentour. Et puis le jour où la construc­tion est terminée, on enlève l'échafaudage, et à ce moment-là apparaît le clocher de la cathédrale ou la beauté des résurrection, elle se construit au fond de vous-mêmes, au fond de votre vie quotidienne, mais pour le moment votre vie de chaque jour, votre vie terrestre, cette vie dont nous avons tellement l'habi­tude, est comme un échafaudage qui entoure cette construction et qui permet petit à petit à l'Esprit saint de poser les fondements, puis les pierres de l'édifice, et tant que nous sommes encore en construction, l'édi­fice ne peut pas se voir parce que notre vie quoti­dienne est comme un échafaudage qui l'entoure et empêche en quelque sorte qu'il apparaisse à notre vue. Mais quand vous mourrez avec le Christ et ressuscite­rez avec Lui, alors l'échafaudage devenu inutile dispa­raîtra, et alors apparaîtra cette vie éternelle, cette vie de la Résurrection qui petit à petit se sera construite à l'intérieur, jour après jour, de votre vie d'ici-bas, et alors à ce moment-là vous serez pleinement ressusci­tés avec le Christ par la puissance de son Esprit.

 

 

AMEN

 

 
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