AU FIL DES HOMELIES

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LAZARE, VIENS DEHORS !

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année B (9 avril 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Lazare, sors dehors !" C'est à vous aujourd'hui, Tristan, Cécile, Pauline, Jessica et Jimmy, que le Seigneur adresse cette Parole qui vous pré­pare directement à recevoir dans la nuit de Pâques la Résurrection du Seigneur, à en vivre, à passer de la mort à la vie, à passer des ténèbres à la lumière, à passer du péché à la grâce. C'est bien le lieu même où Jésus face à Lazare donne comme le dernier signe de cette ultime préparation que vous vivez avant d'accé­der à votre baptême. C'est cela qui est rappelé : que Lazare qui est rappelé à la vie par Jésus est pour nous le signe de ce baptême qui nous appelle à ressusciter aussi. Et cet appel s'adresse à nous tous. Seulement, vous le savez déjà et nous, chrétiens plus anciens nous le savons, il y a une grande différence entre la résur­rection de Lazare et la résurrection de Jésus. On pour­rait dire que Lazare ne ressuscite pas tant, qu'il revit ou qu'il vit à nouveau, une vie comme celle qu'il a déjà connu, la vie de tous les jours, il ressuscite pour une vie dans sa maison, avec ses amis, avec Marthe et Marie. Et même si la tradition en a fait le premier évêque de Marseille, je ne sais pas si cela valait la peine de vivre pour terminer archevêque de Mar­seille ; moi j'aime bien Marseille, il n'y a pas de pro­blème, je sais que cela ne se dit pas sur Aix, j'aime bien aussi les archevêques de Marseille, mais Lazare avait-il comme seule ambition de vivre ainsi après avoir certainement épongé pas mal de difficultés dans sa vie. A nouveau recommencer la vie quotidienne, ses deux sœurs, et tous ses amis, et avancer tant bien que mal dans une vie qui ne lui apportait peut-être pas davantage que ce qu'il avait déjà connu. Après tout, n'était-il pas bien mort, n'était-il pas déjà dans le repos de Dieu, n'était-il pas affranchi de toutes les diffi­cultés de notre vie; après tout il avait certainement bien vécu et je ne sais pas s'il voyait d'un bon œil, même si c'est son ami Jésus qui le fait, de revenir à toutes ces conditions de vie.

Oui, peut-être ... "Lazare viens dehors", et si nous entendions, nous, cette phrase aujourd'hui, pour ressusciter, mais ressusciter aujourd'hui. Le chrétien baptisé s'il n'espère ressusciter qu'après sa mort, vous me direz ce n'est déjà pas mal, entre tous ceux qui croient à la réincarnation et autres choses semblables, il lui manque quelque chose. Ressusciter après sa mort, d'accord, mais ce n'est pas seulement cela être chrétien, c'est vivre en ressuscité dans cette vie, c'est vivre de la résurrection dans notre quotidien, c'est vivre la vie de Jésus qui nous a baptisés dans sa Mort et sa Résurrection, et c'est une Résurrection éternelle, pour que notre vie soit déjà vie éternelle, pour que notre quotidien soit déjà le Royaume de Dieu, pour que ce monde et ce ciel soient déjà monde et ciel nouveaux. Et là se situe toute la différence. Évidem­ment, si l'expérience du baptisé ne se limitait qu'à la résurrection pour l'éternité après notre mort, alors ils avaient tous raison, les philosophes et les politiques qui faisaient de notre religion l'opium du peuple, et qui pour le coup, nous endormait, oui, nous étions en fait, simplement une entreprise de pompes funèbres, l'Église catholique était un cimetière organisé, au sens du mot cimetière : un dortoir, un lieu de repos bien réglé. Oui si ça n'était que cela alors nous avions fa­briqué une Église dortoir, pas de problèmes, on arri­vait à endormir les esprits, à chloroformer les cœurs et même à se sentir "bien". Mais ce n'est pas ça l'Église, ce n'est pas ça les chrétiens ! Et surtout, ce n'est pas ça aujourd'hui, sinon, c'est à désespérer, il faut arrêter, alors il vaut mieux rester dans nos tombeaux, il vaut mieux rester comme Lazare, si c'est pour revivre à nouveau un quotidien et un monde désenchanté, où les chrétiens n'ont plus d'avenir et où l'Église croit à peine à ce qu'elle fait, ce n'est vraiment plus la peine.

"Lazare, viens dehors !" C'est à nous que Jé­sus adresse aujourd'hui cette Parole, c'est évident. Si nous ne sommes pas aujourd'hui ceux qui, comme le disait si simplement Jésus, donnant un peu de goût à ce monde, "Vous êtes le sel de la terre", ou brillant dans ce monde de ténèbres, il y a malgré tout une lumière, "Vous êtes la lumière du monde", notre monde comme le dit si bien le Pape Jean-Paul II est alors et seulement une civilisation de la mort une ci­vilisation des tombeaux, c'est un cimetière où repo­sent toute foi, toute confiance, toute fidélité en une vie et en une résurrection, en une possibilité d'éternité.

C'est vrai cependant qu'il y a en nous cet ap­pel. Est-ce vrai qu'en tant que baptisé, j'entends au jour le jour Jésus me dire : "Lazare, viens dehors, Nathalie : viens dehors, Bertrand viens dehors, Jéré­mie, viens dehors ?" C'est à chacun d'entre nous, ap­pelé par notre prénom, dans ce que nous vivons dans ce que nous expérimentons, que nous avons à enten­dre cet appel, parce que, soyons honnêtes avec nous-mêmes, nous passons plus de temps à creuser notre tombe et à bâtir des tombeaux, fussent de très belles pyramides, qu'à construire la vie, qu'à apporter la ré­surrection, qu'à manifester que nous sommes ressus­cités. Un théologien, Karl Rahner, écrivait à ce propos : "Parce que sans cesse nous prenons congé, parce que nous réduisons sans arrêt par nos options le champ des possibilités de la libre vie jusqu'à ce que nous ayons épuisé notre vie, et l'ayons réduite aux limites de la mort, nous mourons toute notre vie du­rant, et ce que nous appelons la mort est à propre­ment parler la fin de la mort". Oui, nous vivons plutôt en mourant toute notre vie, et c'est bien dommage, et si Lazare a un tout petit supplément d'âme, comme le chantait si bien Michel Berger, si c'est pour simple­ment à nouveau mourir, Lazare aurait mieux fait de rester dans son tombeau.

Si nous recevons le baptême et si nous som­mes confirmés, si nous recevons la réconciliation qui fait de nous à nouveau des baptisés dans la pureté du jour de notre baptême, si nous recevons~ l'Eucharistie signe de la Résurrection, Corps et Sang ressuscités, si c'est pour vivre encore dans des tombeaux, il valait mieux rester dans la mort.

"Lazare, viens dehors !" Entendons-nous cet appel pour nous aujourd'hui ? Frères et sœurs, il ne faut pas s'arrêter au fait que Lazare soit appelé comme chacun d'entre nous à sortir de sa tombe. Il faut aussi que cette Parole de Jésus ne soit pas simplement adressée à nous-mêmes, mais que nous aussi, pour l'autre, nous soyons Jésus. Sur ce point, vous le savez, un chrétien tout seul est un chrétien en danger, un chrétien avec un frère c'est celui qui accepte d'être aussi pour lui le visage et la voix de Jésus. Savons-nous dire à notre frère, à notre conjoint, à nos enfants, à nos parents, à nos amis, à nos inconnus : "Lazare, viens dehors" ! Avons-nous déjà comme Marthe et Marie bien et bel enterré Lazare. Certes elles croient bien que Jésus est la Résurrection et la Vie : "Si tu avais été là Lazare ne serait pas mort". Nous aussi, comme elles, nous dirions : Jésus si tu avais été là, un tel, celui que j'aime ne serait pas mort. Mais, on les a déjà enterrés, on a déjà lié les pieds et les mains de notre frère Lazare, on l'a déjà mis dans le tombeau et l'on a déjà roulé la pierre, et l'on dit à Jésus qu'il sent déjà parce qu'il est vraiment mort, il n'y a plus rien à faire. Mon proche, il est vraiment mort, mon frère il est déjà pourri.

Ah ! bien sûr, s'il ne s'agissait pour nous que de sortir de nos tombeaux, mais quand c'est nous qui avons construit le tombeau des autres, quand c'est nous qui avons déjà lié de bandelettes les mains et les pieds de nos frères, et que nous avons déjà bien calé la pierre sur le tombeau, la résurrection est plus diffi­cile. Effectivement, Jésus doit crier d'une voix forte : "Lazare, viens dehors". Et la dernière Parole qu'Il dit c'est : "Déliez-le et laissez-le aller". Frères et sœurs, il n'y aura pas de résurrection pour nous si nous ne sa­vons pas dire à notre frère : "Lazare viens dehors" et si nous n'avons pas le courage de dire dans une vie mortifère que nous avons parfois construite de nos mains : "Déliez-le et laissez-le aller". Cette liberté, cette grâce qui est faite à Lazare, Jésus nous demande qu'aujourd'hui en tant que chrétien, notre vocation soit de pouvoir dire à ceux qui sont emprisonnés, parfois par notre propre faute, d'autant de liens, oui, aujour­d'hui, je veux que la pierre de ton tombeau soit roulée et que tu sois délié et libre. Alors, la Résurrection ne sera pas seulement pour demain, elle sera vécue au­jourd'hui. Etre chrétien aujourd'hui ne sera pas un vain mot et une illusion, et vivre son baptême ne sera pas du passé, mais une actualité, et ce sera un passage de la mort à la vie et cette vie-là sera vraiment éter­nelle.

 

 

AMEN

 

 
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