AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE LA MORT ET DE LA RÉSURRECTION

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année A (17 mars 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, l'étape catéchuménale que nous avons accomplie au début de cette Eucharistie comme les deux dimanches précédents nous rappelle que le Carême que nous vivons est avant tout la marche vers cette nuit de Pâques pendant laquelle les catéchumènes vont recevoir le baptême. Les évan­giles que nous écoutons ont été choisis très précisé­ment dans cette perspective. Aussi, vous me permet­trez de m'intéresser plus particulièrement aux caté­chumènes, à Danièle, Florie, Arthur, Julian, Ken et Morgan pour leur parler de l'évangile que nous ve­nons de lire. Je vais essayer de vous en parler de telle manière pour cela soit compréhensible et accessible pour vous, ce qui n'est pas si simple, car le sujet que nous avons à traiter aujourd'hui c'est la mort et la ré­surrection. Le mystère de la mort et de la résurrection qui nous est proposé à quatre niveaux : la mort et la résurrection de Lazare dont nous venons d'entendre le récit et qui est l'annonce, la prophétie, la préfiguration ultime, la préparation de la mort et la résurrection du Christ que nous célébrerons la nuit de Pâques, et puis aussi, notre propre mort et notre propre résurrection à chacun d'entre nous, conséquence, fruit de la mort et la résurrection du Christ. Et enfin, je voudrais vous parler de la mort et la résurrection que représente le baptême, puisque vous le savez, c'est dans la Pâque du Christ, dans sa mort et sa résurrection que nous sommes baptisés, c'est-à-dire plongés.

La résurrection de Lazare, incontestablement, c'est de tous ces évènements le plus spectaculaire. Devant la foule des juifs rassemblés à Béthanie autour de Marthe et Marie, en public, donc, Jésus fait ouvrir le tombeau et à haute voix Il cire : "Lazare, viens de­hors !". Et Lazare sort encore recouvert du suaire dans lequel on l'avait enseveli, et Jésus dit : "Déliez-le et laissez-le aller !" Résurrection grandiose, publique, significative, mais ce n'est pas pour autant que la mort de Lazare serait un évènement comme éclipsé par sa résurrection. Remarquez bien que Jésus aurait pu dire : cette mort de Lazare, ce n'est pas bien grave, puis­que Je vais le ressusciter. Et pourtant, Jésus a frémi intérieurement en s'approchant du tombeau, Jésus a pleuré sur la mort de son ami. Il n'a pas fait semblant de pleurer. Il a vraiment pleuré d'une douleur pro­fonde qui étreignait son cœur comme celui de Marthe et de Marie. Et quand Marthe et Marie disent à Jésus : "Si tu avais été ici, notre frère ne serait pas mort", Jésus ne répond pas. D'ailleurs c'est volontairement qu'il était resté en Galilée, Jésus n'a pas voulu faire l'économie de la mort de Lazare, et elle l'a atteint mystérieusement, au plus profond de son cœur.

De la même manière, quand Jésus ressuscite, sa mort n'est pas pour autant un évènement se­condaire. Jésus devant sa mort, non seulement a souf­fert dans son corps, souffert des tortures, des épreu­ves, de la flagellation, du couronnement d'épines, des coups qu'Il a reçu, de cette croix écrasante qu'Il a portée, des clous qui ont percé ses mains et ses pieds. Il a souffert de la soif, Il a souffert de cet étouffement de Celui qui est crucifié. Mais plus profondément encore, Jésus a souffert dans son cœur. Il a souffert de la tristesse : "Mon âme est triste à en mourir". Il a souffert de la peur "Père, si c'est possible que cette épreuve passe loin de Moi". Il a souffert plus encore de la solitude, abandonné par ses disciples, trahi par Judas, renié par Pierre, seul entre deux bandits, accusé par tous ceux qui le raillent en passant au pied de la croix. Mystérieusement, Jésus s'est chargé de tout le poids de la souffrance humaine, de tout le poids du péché du monde, et Il est mort sur sa croix dans la déréliction, en disant même : "Père, pourquoi m'as-Tu abandonné ?" La mort de Jésus n'est pas un mauvais moment à passer, à aucun moment Jésus ne se dit : dans trois jours, Je ressuscite! Jésus est mort au plus profond du mystère de la mort. Car il y a un mystère de la mort. Et quand Jésus ressuscitera cela n'annule pas le mystère de sa mort, Il montrera ses plaies aux disciples. L'Apocalypse nous dit que l'Agneau est pour toujours "comme égorgé". Il porte sur Lui les traces de sa mort. D'ailleurs, la résurrection du Christ à la différence de celle de Lazare n'est pas un évène­ment spectaculaire. Il n'est pas ressuscité devant la foule, mais dans le silence, la solitude de la nuit, dans le secret de la nuit de Pâques. Personne n'a été témoin de sa résurrection, même pas les soldats qui gardaient son tombeau, car ils s'étaient endormis. Quand Il est apparu à ses disciples pour manifester sa Vie nou­velle, c'est à un nombre finalement très restreint d'hommes choisis, ou de femmes, à Marie-Madeleine qui pleurait près du tombeau vide, à trois autres fem­mes, qui étaient venues pour embaumer ce Corps qu'elles n'ont plus trouvé, à deux disciples sur la route d'Emmaüs, aux onze, rassemblés dans le Cénacle, à davantage sans doute, deux cents frères peut-être, comme le dit Saint Paul aussi sur la montagne de Ga­lilée. Au total cela fait moins de monde qu'il n'y en a dans cette église ce matin. Les témoins de la résurrec­tion sont un petit groupe, peu de personnes. Cette résurrection, comme la mort, est un mystère. Un mystère que nous n'avons pas la prétention de percer jusqu'au fond, seul Jésus pourra nous révéler ce mys­tère. Et d'ailleurs, quand les disciples à qui Il apparaît, Le reconnaissent, c'est sans bien Le reconnaître. Ma­rie-Madeleine Le prend pour un jardinier, elle ne Le reconnaît qu'au son de sa voix. Les disciples d'Em­maüs font tout le chemin avec Lui sans Le reconnaî­tre, et c'et seulement au geste de l'Eucharistie qu'ils Le reconnaissent. Même Jean le disciple bien-aimé, le plus proche du cœur de Jésus, il faut que Jésus renou­velle le miracle de leur première rencontre, celui de la pêche miraculeuse pour que Jean dise : "C'est le Sei­gneur !" Et l'évangile de saint Jean à ce moment-là nous dit encore que lorsque les disciples descendent sur le rivage, et qu'ils voient Jésus avec un feu de braises, du poisson dessus et du pain, ils avaient envie de Lui demander : "C'est bien Toi ?" Donc, ils avaient un doute, ils ne le reconnaissaient pas vraiment, et pourtant, ils ne le lui disaient pas parce qu'ils savaient bien que c'était Lui. Quelle étrange manière de s'ex­primer. Jésus ressuscité est ailleurs, Il est autre, Il est différent. Nous ne pouvons pas imaginer à la manière de notre monde d'ici la résurrection de Jésus. Ce n'est pas comme celle de Lazare : un supplément de vie terrestre. C'est une autre Vie qui n'appartient plus à notre monde.

De même pour nous, frères et sœurs, vous êtes peut-être un peu jeunes pour avoir pensé à la mort, mais nous tous, nous avons sûrement déjà fait l'expérience de la mort de quelqu'un que nous aimons, que nous connaissons, et nous savons que cette expé­rience est terrible, difficile, qu'elle ne peut pas être contournée en se disant : il ressuscitera. En attendant, nous ne pouvons plus ni voir ni toucher cet être que nous avons aimé. Hier, avec le Frère Bernard, nous étions à Lyon pour les obsèques du Cardinal Louis-Marie Billé qui a été notre évêque pendant trois ans. Je ne voudrais pas vous parler des souffrances physi­ques qui accompagnent et précèdent la mort, mais simplement du mystère de la mort. Voilà cet homme dont vous avez connu sans doute, je l'espère pour vous, l'intelligence lumineuse, chaleureuse, cet homme si ouvert, cet homme de foi, cet évêque, et je me permettrais de dire qu'ayant connu un certain nombre d'évêques, une bonne douzaine de façon assez personnelle, je n'ai jamais rencontré encore d'évêque qui ait la même stature que lui. Cet homme qui n'avait que soixante-quatre ans, qui était je le pense si utile, non plus pour l'Eglise d'Aix, mais pour celle de Lyon, et pour l'Eglise de France, et pour l'Eglise universelle, voilà que c'est celui-là qui est mort. Pourquoi lui ? Quel mystère ! Je sais bien que c'est un peu simple de dire que Dieu l'a rappelé à Lui, Dieu ne tue pas les évêques pas plus que les autres hommes. Dieu Lui-même l'accueille dans son mystère. Mais quel mystère ! Comment Dieu peut-Il construire son dessein avec des évènements aussi aberrants, avec ce gâchis ? Voilà le mystère de la mort. Je crois que nous y som­mes confrontés : la mort ne s'explique pas, la mort reste insupportable, inadmissible. Certes nous le sa­vons, il le savait lui aussi mieux que personne, Mon­seigneur Billé, qu'il ressusciterait, mais cette résur­rection, c'est dans un autre monde, dans le monde nouveau. Le monde d'ici-bas en attendant, est privé de lui, il est privé de beaucoup d'être nécessaires que nous aimons. Mystère de la mort et de la résurrection.

Ce mystère, vous allez y entrer, Morgan, Ken, Arthur, Flori, Julian, Danièle, vous allez y entrer par le baptême. Qu'est-ce que cela peut vouloir dire ? Cela veut dire que par ce baptême, bien sûr, vous n'allez pas mourir, pas tout de suite, ni non plus res­susciter, pas tout de suite, mais vous allez entrer dans une vie chrétienne qui est constamment marquée par ce mystère de la mort et de la résurrection, et très particulièrement de la mort et de la résurrection de Jésus. Ne croyez pas que le lendemain de votre bap­tême tout va marcher de façon parfaite. Cela sera aussi difficile qu'avant. Et plus vous grandirez, plus cela sera difficile. Votre vie, et votre vie chrétienne en particulier ne sera pas exempte de souffrance, d'épreuves. Vous connaîtrez le doute, l'obscurité, la tristesse, la tentation. Rien de tout cela ne vous sera épargné. Comme Jésus, vous allez vivre aussi un chemin qui sera un chemin de croix, un chemin d'épreuve. Mais au cœur de ce chemin, il y aura cette lumière mystérieuse de la résurrection. Vous saurez qu'à travers la mort, les épreuves, et tout ce que vous vivrez, Jésus vous conduit vers quelque chose que nous ne savons pas encore et qui est la résurrection, c'est-à-dire la plénitude de sa Vie et de son amour. Mais cela, ce n'est pas pour tout de suite. Ce que nous touchons d'abord, ce sont toutes les épreuves, toutes les souffrances. La résurrection est en nous comme un appel, un désir, une attirance vers plus loin. Il faut passer à travers toutes les difficultés, toutes les épreu­ves de la vie pour mystérieusement entrer dans cette résurrection du Christ qui va donner un sens à tout ce qui semble n'avoir pas de sens, qui va renverser les apparences, pour nous faire découvrir la vérité.

Pour vous, être baptisés, ce n'est pas une vie facile, pas plus facile que la vie des autres hommes, ce n'est pas une vie où tout est résolu, mais c'est une vie qui semblable à la vie difficile et dure de tous, mystérieusement marquée par toutes ces épreuves, et ces croix, et cette mort, cette vie est animée par un souffle, par un appel par une promesse, par une certi­tude au-delà de la vie, de la terre, du monde, au-delà de la mort, nous entrerons dans la plénitude de Dieu. La résurrection, c'est cette promesse qui nous est don­née. Ce n'est pas une résurrection temporaire comme celle de Lazare, c'est une résurrection définitive comme celle du Christ, c'est la résurrection à laquelle nous sommes appelés, c'est la résurrection qui déjà dans votre baptême, va vous être donnée comme un germe, comme une graine, qui peu à peu pousse et grandit dans le secret de la terre de votre cœur.

Frères et sœurs, nous tous qui vivons depuis des années dans ce mystère de la mort et de la résur­rection du Christ, nous allons avec les catéchumènes entrer à nouveau dans ce mystère. Nous n'avons pas à faire l'économie de la souffrance, de la croix et de la mort, mais à l'intérieur même de cette mystérieuse déréliction que Jésus a connu jusqu'au bout, jusqu'au fond, à travers cela c'est déjà la résurrection qui est en train de naître. Cela nous le croyons, même si cela n'apparaît pas, même si cela reste un mystère, nous le croyons, c'est le fond de notre vie, c'est la certitude de notre foi.

 

 

AMEN

 

 
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