AU FIL DES HOMELIES

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AVEC SAINT AUGUSTIN, OUVRIR LE SIGNE

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année A (13 mars 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Que dire de plus ? Extraordinaire évangile où tous les éléments de la vie humaine se mêlent, de l'amitié jusqu'à la mort, jusqu'à la Vie. Fait extraordinaire. Fait charnière aussi pour la vie de Jésus. N'est-ce pas à partir de ce moment-là que le complot de cette mâchoire aveugle va se refermer ? N'est-ce pas à partir de ce moment-là que tout va se nouer, au point que les grands-prêtres cherchent même à tuer Lazare, à lui enlever ce petit bonus qui lui avait été remis par le Sauveur, par l'auteur de la Vie ?

Mais il ne faut pas bloquer le signe. Il ne faut pas s'arrêter simplement à la grandeur de ce signe. Il faut voir comment ce signe se déploie dans la trajectoire, la prédication de Jésus. Quand Jean-Baptiste, en prison, demande à l'un de ses disciples si vraiment Jésus est celui qui doit venir, les messagers reviennent en répétant les paroles que Jésus leur a dit de dire : "Les boiteux marchent, les aveugles voient, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres". Inséparablement, la résurrection des morts est liée à la Bonne Nouvelle du Royaume. Mais si jamais on envoie les émissaires avec cette nouvelle : les morts ressuscitent, il y a donc eu plusieurs résurrections dans l'évangile.

J'ai fait mon enquête : il y en a trois. La première concerne la fille du chef de la synagogue de Capharnaüm, un dénommé Jaïre. C'est la fille unique de ce chef de la synagogue. Là, on prévient Jésus, Il n'est pas là, la fillette meurt, Jésus arrive, rentre dans la maison avec Pierre, Jacques et Jean. Il touche la fillette et lui dit : "Lève-toi" car elle n'est pas morte, elle dort. Et la fillette se lève.

Autre résurrection. Là, c'est un convoi funèbre qui parcourt la ville. C'est le fils unique d'une veuve. On va le porter en terre. Jésus touche le cercueil et est ému de compassion et ressuscite le fils de la veuve.

Dans l'évangile que nous venons d'entendre, c'est Lazare, l'ami, l'unique, celui que Jésus aimait, celui dont Jésus appréciait la compagnie, qui est là et qui est mort depuis quatre jours. Tout le processus de deuil est ici largement entamé. Il avait à peine commencé pour la fillette, il se poursuivait pour le fils de la veuve. Là en quelque sorte, la mort a scellé son œuvre. Il y a une progression dans ces résurrections. Pourtant, sans doute y a-t-il eu d'autres résurrections ? On n'en sait rien, mais saint Jean termine son évangile en disant : "Jésus a accompli encore beaucoup d'autres signes, et si on les mettait par écrit, le monde entier je pense ne suffirait pas à contenir tous les livres qu'on en écrirait". Alors, quand les Pères de l'Église, ces hommes qui ont le génie du sens, qui ont le génie de ces significations multiples, quand les Pères de l'Église voient qu'il y a trois résurrections, ils se disent, celles-là ont été nommées, citées, rapportées dans l'évangile pour nous introduire à quelque chose de plus profond.

Je fais appel aux Pères de l'Église parce qu'ils ont le génie du sens spirituel, ils ont le génie d'un sens qu'on appelle quelquefois second, allégorique, un sens qui se cache à l'intérieur du signe, qui se cache à l'intérieur de cette résurrection. Il faut ouvrir le signe au maximum pour ne pas voir simplement en Jésus un magicien, une sorte de thaumaturge génial. Il faut ouvrir le signe, ne pas en bloquer la signification, parce qu'on se dit alors : pourquoi n'a-t-Il pas ressuscité ce mort que je pleure aujourd'hui ? Pourquoi a-t-Il simplement ressuscité ces trois personnages ? Il faut ouvrir le signe à son maximum. Le mort, celui qui est derrière cette grosse pierre, enveloppé de bandelettes, c'est l'humanité, l'humanité privée de la grâce, l'humanité sous le joug du péché originel que le baptême vient enlever. Le mort, c'est cette humanité qui guette le Sauveur. Le mort, c'est aussi celui, celle, qui est enfermé dans une situation, qui s'est quelquefois volontairement, quelquefois involontairement, enfermé dans une situation, il a l'impression d'être dans une prison, il ne peut plus bouger, il ne voit plus la lumière, il est là et il guette quelqu'un qui pourra lui dire : "déliez-le et laisser aller". Le mort, la mort, c'est aussi la mort qui est procurée par le péché. Le mort, c'est nous quand nous sommes sous le joug du péché.

Relisons ces trois résurrections avec quelqu'un comme saint Augustin qui a le génie de ce sens spirituel ou allégorique.

Dans la première résurrection, la petit fille n'a pas quitté la maison, et Jésus vient à l'intérieur de sa maison. C'est ce péché que l'on nomme le péché par pensée. Le péché est resté au fond de notre cœur, il est là. La fillette, n'est pas morte, nous ne sommes pas morts, nous dormons, le Christ vient nous réveiller. Aussitôt, à peine cette sollicitation du péché a-t-elle fait son œuvre, que Jésus vient nous toucher et le péché s'arrête là.

Dans la deuxième résurrection, quand le fils de la veuve est conduit en terre, à ce moment-là le péché a pris son caractère public. Il y a eu la délectation du péché, il y a maintenant le consentement et l'acte. Là aussi, le Seigneur peut nous tirer de ce mauvais pas. Là aussi, Il peut nous réintroduire dans sa grâce.

Et Lazare ? Il est mort depuis quatre jours. Saint Augustin va imaginer une correspondance avec ces quatre jours. En fin psychologue, il va détailler : la délectation, la voix du charmeur qui touche notre cœur ; le consentement, c'est-à-dire cet imperceptible mouvement intérieur qui trouve un intérêt et un plaisir à commettre le péché. Pagnol dit : "Si le péché ne nous faisait pas plaisir, nous serions tous des saints". Après la délectation, le consentement, il y a l'acte qui est une sollicitation de tout notre être, sollicitation de notre volonté, sollicitation de nos forces. Le péché comme réponse à une sollicitation du mal, engage toute notre personne. Et le quatrième jour ? saint Augustin dit : c'est l'habitude. A force de commettre le péché, le pécheur est comme ligoté, il ne sait plus s'en sortir. saint Augustin, un sourire en coin rajoute : il sent déjà. Voilà, c'est un voleur, c'est un parjure, c'est quelqu'un qui est incapable de réaliser, d'accomplir ses promesses, et donc, il sent déjà, c'est-à-dire que l'habitude provoque dans l'entourage du pécheur, une sorte de répulsion, quelquefois.

Voilà comment en appliquant un sens allégorique à ces trois résurrections qui sont rapportées dans les évangiles, nous comprenons à travers les différences, la gravité des péchés que nous commettons. Nous comprenons aussi comment la résurrection de Lazare est le signe du péché maximum, puisque toute la personne est comme entravée et ligotée. Mais pourtant, que personne ne désespère de son salut. Tous ont été ressuscités, tous ont eu besoin du Christ, du Sauveur. Vous avez remarqué aussi, à chaque fois que la personne meurt, le Christ n'est pas là. Si le Christ est là nous ne commettrons plus de péchés. Si le Christ est là, si nous gardons la proximité du Christ, nous ne tomberons pas. Et à chaque fois, il y a aussi le rôle des apôtres qui est souligné : Pierre, Jacques et Jean, pour la fille du chef de la synagogue, le Christ qui commande à ses apôtres de délier Lazare. Ce "déliez-le" renvoie à ce commandement qui est fait par le Seigneur : "Tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel". Nous avons besoin d'entendre, de toucher la miséricorde qui est donnée dans l'Église. Quand nous venons nous confesser, nous ne venons pas chercher la dispense donnée par le surveillant général. Nous ne venons pas chercher une consolation à bon marché. Nous venons chercher rien de moins que la résurrection. La confession de ses péchés, le pardon donné, c'est notre résurrection. La confession de notre péché est aussi d'une manière unique, la confession du Sauveur. Imaginez Lazare dans son tombeau. Il fait sombre, il fait froid, il se demande si c'est ça la mort, et puis, cette chaleur qui le saisit dans ses membres, et la voix du Bien-Aimé : "mon ami, lève-toi, c'en est fini des pluies, elles ont disparu. La saison vient des gais refrains, le roucoulement de la tourterelle se fait entendre sur notre terre. C'est la saison des fruits. Lève-toi, mon ami, viens".

Est-ce qu'il faut entendre la voix du Bien-Aimé pour décider d'aller trouver un prêtre et se confesser, pour goûter déjà dans notre vie une expérience similaire à celle qu'a vécue Lazare ? C'est ce que je nous souhaite : entendre cette voix du Bien-Aimé pour se décider à aller se confesser.

 

 

AMEN

 

 
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