AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME NOUS PLONGE DANS LE MYSTÈRE DE LA MORT ET DE LA RÉSURRECTION  DU CHRIST

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année C (25 mars 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, en ce cinquième dimanche de carême, le dernier dimanche avant le commencement de la Passion du Seigneur, l'Église nous invite donc à lire dans l'évangile de saint Jean ce récit de la résurrection de Lazare. Il est bien évident que cette résurrection de Lazare est comme la prophétie, le signe avant-coureur, l'annonce de la mort et de la résurrection du Christ. Certes, la résurrection de Lazare et celle du Christ ne sont pas du même ordre. Lazare est ressuscité pour trouver comme un supplément de vie terrestre pour un certain nombre d'années, après quoi, il est mort comme tout le monde. Jésus lui, ressuscite pour une vie éternelle, une vie qui n'est pas seulement de la terre, mais aussi et d'abord du ciel, une vie qui ne finit jamais.

Cependant, je pense qu'il y a dans la résurrection de Lazare, un point qui est très spécialement annonciateur prophétiquement de la mort et de la résurrection de Jésus. En effet, si vous faites attention au dialogue de Jésus avec Marthe, Jésus dit à Marthe : "Ton frère ressuscitera". Marthe lui dit : "Je sais, je crois qu'il ressuscitera au dernier jour". Cette foi en la résurrection de la chair existait déjà en Israël, du moins chez certains juifs, les pharisiens, et Marthe professe cette foi : "Je crois qu'il ressuscitera au dernier jour". Et que lui répond Jésus ? Jésus lui dit :"Je suis [maintenant] la résurrection, je suis la Vie. Celui qui meurt, s'il croit en moi, vivra". Maintenant … c'est donc ce caractère anticipateur de la résurrection de Lazare par rapport à la résurrection universelle au dernier jour qui annonce cette résurrection du Christ qui va avoir lieu maintenant parce que le Christ n'est pas soumis à l'histoire du monde, Il est le Fils de Dieu, il est lui-même en personne, la Résurrection et la Vie. Voilà donc le sens évident de ce dimanche, de cette fête que nous célébrons aujourd'hui.

Frères et sœurs, je m'adresse aux catéchumènes. Tous ces dimanches, sont centrés sur le baptême que vous allez recevoir dans la nuit de Pâques. C'est pourquoi, il y a quinze jours on a lu le mystère de la rencontre de Jésus avec la samaritaine où il lui promet l'eau vive, cette eau baptismale qui jaillit en source pour la vie éternelle. Dimanche dernier, nous avons eu le mystère de la guérison de l'aveugle-né qui va découvrir une vue qu'il n'a jamais connue, et il la découvre selon l'ordre de Jésus en se lavant dans la piscine de Siloë, comme vous serez lavés dans la fontaine du baptême. Cet évangile de la résurrection de Lazare est aussi un évangile qui vous prépare au baptême. En effet, la foi chrétienne c'est que nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. Le baptême que vous allez recevoir dans la nuit de Pâques, vous fait entrer comme Lazare, dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. D'ailleurs, on a dû vous apprendre dans ce temps de catéchuménat que votre vie baptismale qui ne se limite pas à la nuit de Pâques de cette année, mais qui va envahir toute votre existence, cette vie baptismale se couronnera le jour de votre mort et le jour de votre résurrection. L'accomplissement de votre baptême, ce sera à travers la mort d'entrer dans la vie de la résurrection, cette vie éternelle qui est Jésus lui-même. Dès maintenant, par le baptême, vous allez entrer dans ce mystère. Vous n'entrerez pas seulement dans le mystère de la mort du Christ le jour de votre mort, ni dans le mystère de la résurrection du Christ au jour de votre résurrection. Vous y entrez dès maintenant par le baptême.

Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Qu'est-ce que cela veut dire pour nous qui sommes baptisés, qui avons été plongés (c'est le sens du mot baptême), dans la mort et la résurrection du Christ ? Jésus nous a parlé effectivement à diverses reprises de sa mort sur la croix comme d'un baptême. A Jean et Jacques qui voulaient avoir une place d'honneur à sa droite et à sa gauche dans le Royaume des cieux, Jésus disait : "Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?" (Mc, 10, 38). Cette coupe du sang versé du Christ, cette coupe qui nous est offerte dans l'eucharistie. "Pouvez-vous boire cette coupe, pouvez-vous être baptisés, (être plongés) dans ce baptême que je vais recevoir ?", et Jésus parlait du baptême de sa mort. Un peu plus loin, dans l'évangile de saint Luc, Jésus dit : "Je dois recevoir un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit réalisé" (Lc 12, 50). Ici encore, Il parle de sa mort comme d'un baptême parce que par la mort, Il va être plongé dans un mystère d'où jaillira la vie de sa résurrection. Saint Paul nous dit qu'il en va de même de chacun d'entre nous :"Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que baptisés dans le Christ, c'est dans sa mort que vous avez été plongés ?" (Rom.6, 3). Plongés dans la mort en étant ensevelis dans le tombeau, vous en surgirez comme le Christ par la résurrection.

Nous sommes donc plongés dans un mystère qui est celui de la mort et de la résurrection. Qu'est-ce que la mort ? La mort, c'est le moment où tout ce qui nous attache à ce monde va être délié, va disparaître d'un seul coup. Tous les biens que nous possédons, tout ce monde si beau dans lequel nous vivons, tous ces événements qui ont tissé notre vie, il faut à un moment, celui de notre mort, les donner. C'est ce qui fait la spécificité de la mort chrétienne : nous mourrons avec le Christ, comme le Christ, car la mort du Christ est un sacrifice, c'est-à-dire un don de soi, non pas un arrachement, mais une offrande. Jésus nous invite à ce que ce dépouillement de la mort ne soit pas pour nous un arrachement contre notre gré, contre notre liberté, ce moment terrible où il faut tout abandonner, tout laisser, mais que ce soit vraiment un don de nous-mêmes, de tout ce qui nous appartient, de toute notre vie, un don qui nous dépouille certes mais qui nous permet d'entrer dans une autre vie déjà naissante au fond de notre cœur, une vie que nous ne connaissons pas, la vie éternelle que Jésus nous a promise et qui sera cette vie d'amour partagé avec le Père, le Fils et l'Esprit, une vie dans laquelle on donne tout sans rien garder et on trouve la joie parfaite à tout donner.

Si vous voulez qu'au jour de votre mort vous puisiez comme le Christ faire de votre mort un sacrifice, c'est-à-dire non pas un arrachement qui vous déchire mais un don d'amour, une offrande, il faut dès maintenant apprendre à donner, à aimer, à renoncer à cet instinct de possession, d'accaparement, de pouvoir, de domination, d'orgueil, de mépris des autres, de peur de la différence qui nous referme sur nous-même, sur notre propre identité et qui nous conduit à toutes les violences, les jalousies, cet instinct qui habite dans notre cœur et qui au fond essaie de rassembler autour de moi mon désir, moi mon besoin, moi mon pouvoir, moi mon identité, moi ma peur de l'autre. Cet instinct qui parcourt toute notre vie, toute la vie et l'histoire des hommes, il faut que nous apprenions dès maintenant - et c'est cela la grâce du baptême,- à nous détacher de cet instinct de possession, de domination et de pouvoir. Il faut que nous apprenions à ne pas vivre selon cette loi de l'égoïsme centré sur nous-même, mais à vivre jour après jour, humblement et progressivement, par la grâce de Dieu, que nous apprenions le don, l'amour qui seul peut être notre bonheur et que Jésus veut partager avec nous.

C'est cela être baptisé dans la mort et la résurrection du Christ, c'est-à-dire apprendre à aimer et à donner pour que dès maintenant, nous prenions le chemin d'une vie éternelle, d'une vie de don et d'amour qui dépasse infiniment la vie de cette terre et qui l'accomplira à travers notre mort et notre résurrection. C'est le sens de ce que nous venons d'accomplir tout à l'heure dans cette étape qui vous prépare au baptême. Pour pouvoir dire le jour de votre baptême : "Je crois en Dieu, le Père de tout amour, qui nous a créés pas amour, je crois en Jésus-Christ qui est né de la Vierge Marie, homme parmi les hommes par amour pour nous, mort par amour pour nous, qui est ressuscité pour nous donner l'amour, je crois en l'Esprit Saint qui est l'amour du Père du Fils répandu dans nos cœurs", pour pouvoir dire cela, il a fallu aujourd'hui dire : "Je renonce au péché, je renonce à cet égoïsme rampant dans mon cœur, je renonce à toutes les tentations qui conduisent au péché, tentations du pouvoir, de l'orgueil, de la domination et de la possession. Je renonce à Satan qui est le Prince de ce monde, de l'enfermement et de la division, de la peur, de la haine de l'autre". Je renonce à toutes les tentations, à tous ces instincts de mort qui habitent en moi, je veux mourir dès maintenant à cette tentation du péché pour entrer dès maintenant dans le royaume de l'amour et de la résurrection.

Voilà ce qui vous est proposé. Voilà pourquoi nous célébrons aujourd'hui la résurrection de Lazare, symbole de la résurrection du Christ, pour nous inviter à entrer dans le mystère du Christ qui accepte de tout donner sur la croix pour vivre et partager avec nous cette vie éternelle, vie de don et d'amour, vie de bonheur sans fin.

Frères et sœurs, interrogeons-nous sur notre propre vie baptismale, nous qui accompagnons les catéchumènes sur ce chemin où ils font les premiers pas, nous qui sommes de vieux baptisés, de vieux chrétiens, essayons de retrouver l'élan de notre baptême qui à travers le don, doit nous conduire au don parfait.

 

AMEN

 

 

 

 
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