AU FIL DES HOMELIES

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SORS DEHORS !

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année A (9 mars 2008)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Lazare, viens dehors ! " En somme, quelle parole simple. Souvent, lorsque l'on a des miracles, il y a plus de signes, et plus de paroles. Là, un miracle pas anodin, une résurrection de quelqu'un qui est vraiment mort et cette simple parole : "Lazare, viens dehors !" C'est la voix d'un homme qui appelle, d'un homme qui connaît Marthe et Marie, ils ont échangé beaucoup de paroles, de discours de communications, entre Marthe, Marie et Jésus. C'est la voix de l'homme qui connaît celui qui est mort.

C'est la voix de l'homme qui semble dire d'abord des paroles rassurantes aux deux sœurs : "Je suis la résurrection et la vie". C'est la voix de l'homme en qui l'on a confiance, le témoin, celui que l'on entend, que l'on voit. C'est l'homme, c'est l'humanité qui atteint le mort. Est-ce possible ? Oui, bien sûr, certains parmi nous pensent qu'on peut parler aux morts, mais c'est la voix de Jésus vrai homme qui atteint pourtant celui qui n'entend plus, même si on dit que l'audition est le dernier des sens à d'éteindre vraiment aux protes de la mort, il n'empêche que le mort n'entend plus.

Heureusement c'est la voix de l'ami. Cette amitié est profonde, elle est marquée par beaucoup d'éléments qui nous sont donnés, par les sentiments qui nous sont dits de Jésus, Il est troublé, Il frémit, et Il pleure. C'est celui qui est totalement engagé dans la relation avec celui qui est parti. Jésus ne se situe pas à l'extérieur de cet événement, Il n'est pas à côté du drame, et certes, s'il a déjà partagé des paroles rassurantes avec Marthe et Marie, c'est pourtant la voix de l'ami qui vient appeler son ami. Certainement d'ailleurs, comme Il le dit lui-même à ses disciples : "Je ne vous appelle pas serviteurs". Dieu n'appelle pas l'homme, Il appelle ses amis. Tout homme est situé en amitié avec Dieu. Lazare, l'ami peut entendre la voix de l'ami. Oui, l'amitié peut certainement réellement et invisiblement atteindre, traverser et franchir les impasses où les événements les plus difficiles, voire même ceux de la rupture et de la mort.

C'est la voix d'un Dieu qui s'adresse à Lazare. Vous le savez, Dieu a déjà eu des paroles aussi brèves et aussi fortes, ne serait-ce que pour le premier d'entre tous les hommes, Adam qui est parti, qui a rompu ses liens avec Dieu et dont on pourrait dire qu'il s'est enfermé dans la gangue du péché, c'est-à-dire de la non-communication avec Dieu, et le Seigneur vient, Dieu se promenant dans son paradis lui dit : "Où es-tu?" J'aime à rapprocher ce "Où es-tu ?" de "Lazare, viens dehors".

Et Lazare sort de son tombeau Il a les pieds liés, il a un suaire sur le visage, il est entouré de bandelettes et pourtant, il est sorti du tombeau. Jésus ne se précipite, ne l'embrasse pas, il semble qu'il n'y ait pas grand-chose d'autre qui se passe que cette parole : "Déliez-le et laissez-le aller".

Frères et sœurs, il y a derrière cette parole une vraie parole qui est adressée aux hommes d'aujourd'hui, comme à chacun d'entre nous. J'ai envie de dire que cette parole n'est pas une parole adressée uniquement à Lazare, c'est une parole qui est adressée à chacun d'entre nous; très certainement que le Christ nous a dit, nous dit ou nous dira, Pierre, sors dehors, Martine, sors dehors, Jacques, sors dehors, Jean-Michel, sors dehors. C'est à chacun d'entre nous appelé par notre prénom que Dieu dit : "sors dehors". Encore faut-il avoir compris et entendu la première parole de Dieu : "Où es-tu ?"

Frères et sœurs, nos réponses pourraient être simplement : "Seigneur, je suis dans un tombeau". "Où es-tu ?" C'est-à-dire, où te situes-tu ? où as-tu engagé ta vie ? Où tes choix t'ont-ils menés ? Où ta manière d'être et d'exister au jour le jour t'ont-elles menées ? Quel tombeau as-tu construit dans ta propre vie pour toi comme pour les autres ? Et la parole de salut du Christ c'est de nous dire : "Viens dehors. Sors du tombeau". Et frères et sœurs, s'il ne s'agissait de sortir que d'un seul tombeau … mais nous sommes tellement doués que ce sont des tombeaux par dizaines que nous construisons. C'est un vrai cimetière. Il nous faut sortir de toutes ces tombes. Cela peut être un cimetière de facto, puisque nous aurons un jour à sortir de nos tombes. C'est ce qui s'appelle la résurrection, la parousie, et comme Marthe et Marie, je pourrais dire : "Seigneur, je sais que tu es la résurrection et la vie, je sais que tu ressusciteras les morts". Oui, je vous l'assure, Dieu nous ressuscitera. Mais Dieu ne veut pas attendre le dernier jour. Il veut que ce soit aujourd'hui que nous sortions de nos tombeaux, que ce soit aujourd'hui que nous entendions son appel : "Viens dehors". Pourquoi ? Parce que qu'au fur et à mesure que le temps passe, nous avons l'art de réduire et de ratatiner notre vie et notre existence à des événements et des réalités morbides et mortifères. C'est ce qu'on appellera bien sûr le péché. Tuer l'autre à petit feu par nos paroles et notre attitude, faire mourir l'autre que l'on connaît plus ou moins bien par des calomnies, des racontars et des blas-blas, et puis on peut encore en rajouter. Tout cela ce sont des tombes que nous construisons pour les autres. Ces tombes peuvent être affectives, car il peut y avoir une fermeture de notre cœur. Elles peuvent être intellectuelles parce que nous avons construit de belles pyramides de la pensée. Elles peuvent être tout simplement humaines en empêchant l'autre d'agir, de respirer et d'exister. Et si cela vaut pour chacun d'entre nous, cela vaut aussi pour notre propre communauté chrétienne. Comment construisons-nous parfois, même si nous pensons faire de belles constructions, des pyramides qui ne sont jamais, même si elles semblent être des merveilles, que des tombeaux où le pharaon est déjà mort.

Cela se pose aussi pour l'Église de manière générale. Comment les choix faits du plus petit au plus haut échelon sont des choix qui construisent l'autre ? Comment l'Église entend-elle aujourd'hui cette parole de son Seigneur : "Église catholique, sors dehors. Sors de ton tombeau, sors de tout ce qui t'enferme. Ouvre, fais rouler cette pierre et surtout, délie les pieds de tous les hommes. Enlève les bandelettes qui encerclent, enferment et empêchent de respirer nos contemporains. Enlève le suaire de la tête de ceux qui ne voient plus rien !"

Frères et sœurs, pour l'Église, pour nous, entendons l'appel à la vie, l'appel à la grandeur, l'appel à l'amour. Entendons la voix de l'homme, la voix de l'ami, qui n'est rien d'autre que la voix de Dieu qui nous dit : "viens dehors !"

 

 

AMEN

 

 

 
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