AU FIL DES HOMELIES

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LES TROIS PEURS

Ez 37, 12 b-14 ; Rm 8, 9-11, Jn 11, 1-45
Cinquième dimanche de carême - année A (10 avril 20011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Village de Béthanie

 

Pour vous qui vous préparez au baptême, plus précisément pour certains d’entre vous qui vivez votre troisième scrutin ici à Saint Jean de Malte, vous avez du remarquer que les évangiles sont très longs, je vous rassure, le reste de l’année ils sont plus courts. Mais pourquoi l’Église veut-elle lire les trois évangiles que vous avez entendu pour vos étapes de préparation au baptême ? Je vais essayer de les résumer très rapidement pour que vous puissiez comprendre pourquoi ce choix, et pourquoi d’ailleurs ils sont tout aussi importants pour nous, déjà baptisés.

Vous vous souvenez, il y a trois semaines, c’était la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. C’est une histoire dans laquelle on découvre que Jésus fatigué, désire boire de l’eau auprès d’une femme qui est une samaritaine. Or, à l’époque de Jésus, les hommes et les femmes quand ils ne sont pas mariés, ne se parlent pas comme ça, ce n’est pas bien vu. Jésus est juif et cette femme en plus, elle est samaritaine, c’est-à-dire, que c’est un peu une autre religion, une autre culture. Malgré tout cela, Jésus veut la rencontrer. C’est son plus grand désir. Elle n’en a pas tellement envie. On ne sait pas trop pourquoi, peut-être le craint-elle un peu ? A défaut de tourner autour du puits, elle tourne un peu autour du pot, et au bout d’un moment, quand même Jésus lui pose une question il faut le reconnaître, qui lui fait mal. En fait, cette femme avait eu cinq maris et elle portait cela dans son cœur à la fois comme une blessure et en même temps un bonheur. Au moment où Jésus pose cette question qu’elle accepte le regard de Jésus sur elle telle qu’elle est. C’est à partir de ce moment qu’il y a une véritable rencontre en vérité et en charité entre Jésus et la samaritaine.

La semaine dernière vous avez entendu l’évangile de l’aveugle-né. Là aussi, c’est aussi un peu bizarre parce que Jésus guérit cet homme qui n’a rien demandé, cet homme qui devait avoir ses habitudes, il était aveugle, mais il reconnaissait les pas de telle ou telle personne,il reconnaissait pourquoi pas le bruit que les pièces de monnaie faisaient quand elles tombaient dans son chapeau, et il avait aussi l’habitude de reconnaître les voix particulières des gens qui lui étaient familiers. Il habitait dans sa famille … Et voilà que Jésus le guérit, et à peine guéri, Jésus le laisse tomber et ce pauvre homme se retrouve face à des tas de gens qui le pressent de questions, qui veulent absolument savoir comment il a été guéri, et le critiquent. Il se retrouve tout seul et il doit assurer sa défense. Il va réussir, il ne va pas critiquer, ni faire du mal à ses adversaires. Il leur dit au contraire : si vous étiez un peu malins, si vous laissiez parler votre cœur, vous sauriez que cet homme qui m’a guéri ne peut pas être mauvais.

Et aujourd’hui, nous avons entendu un évangile peut-être encore plus difficile, parce qu’il est question du grand amour que nous avons pour nos amis, pour nos frères, nos sœurs, nos familles, et en même temps de cette chose encore incompréhensible qui s’appelle la mort et qui frappe. Jésus est là aussi un peu bizarre, on lui dit que son ami est malade, on ne peut pas dire qu’il se presse beaucoup pour aller le voir, nous aurions tendance à nous dépêcher pour aller voir un ami malade, et en même temps, vous avez vu Jésus pleurer. Vous avez entendu cette phrase extraordinaire : il appelle le mort par son nom, Lazare, et lui dit : « Lazare, viens dehors », c’est-à-dire sors de ce lieu de mort.

Pourquoi l’Église veut absolument tous les ans raconter ces trois histoires aux catéchumènes ? C’est mon interprétation personnelle, mais je pense qu’elle est juste, en fait, ces trois évangiles nous racontent quelque chose qui nous étreint à des moments différents, et c’est la peur. Dans le premier évangile, c’est la peur de Dieu, la samaritaine ne veut pas rencontrer Jésus. C’est vrai aussi que nous, quelquefois dans notre vie nous n’avons pas tellement envie de rencontrer Dieu, on a peur du grand inconnu. On a peur de se mettre devant Dieu par la prière, parce que dans la journée on avance avec nos masques, on essaie de se montrer forts, parfaits, etc … et en même temps, à l’intérieur de nous-mêmes, on connaît nos limites, on connaît nos fragilités, et on veut que ces limites et ces fragilités restent notre petit domaine secret. Or, le problème, si on veut vraiment rencontrer Dieu, il faut être prêts à lui donner même notre secret. C’est la seule condition pour rencontrer véritablement Dieu en vérité et en charité. La samaritaine avait peur, et en même temps à la fin de l’évangile, elle est très heureuse, elle part dans le village des samaritains et leur dit : « Venez voir cet homme que j’ai rencontré, et qui m’a dit tout ce que j’avais fait ». C’est magnifique.

L’évangile de la semaine dernière c’est une deuxième peur, c’est la peur des autres. Quand on croit en Dieu et qu’en plus on se prépare à être baptisé, il ne faut pas non plus vous faire trop d’illusions, cela risque de se passer comme pour l’aveugle-né. Tout va bien, vous êtes tous entourés par des quantités de gens que vous ne connaissez pas mais qui vous portent dans leur prière, et puis, il y aura la Vigile pascale, et après, vous aurez le sentiment comme l’aveugle-né, de vous retrouver seuls face à des gens qui vous diront : qu’est-ce que tu as fait ?Tu t’es fait baptiser ? Mais qu’est-ce que c’est ? Ca sert à quoi ? Vous allez vous retrouver avec la peur des autres : que vont penser les autres ? On dit souvent que c’est une peur très présente chez les enfants, parce que le groupe est important et que quelquefois on a envie de laisser telle ou telle chose tomber pour rentrer dans un groupe, je vous rassure, c’est une maladie qu’on trouve aussi chez les adultes.

Après la peur de Dieu, il y a la peur du regard des autres. Et aujourd’hui, c’est vrai que c’est la grande peur, la peur de la mort. C’est cette peur à laquelle nous serons un jour tous confrontés soit à travers la mort de quelqu’un que nous avons aimé, jusqu’au jour où nous serons confrontés à notre propre mort.

En fait, ces trois évangiles par rapport à ces trois peurs, nous indiquent trois choses essentielles dans la vie du chrétien. La première chose essentielle c’est la prière. Si on ne se met pas devant Dieu tel qu’on est, en fait, il n’y a rien qui viendra. Les religions resteront simplement des religions identitaires, culturelles, manipulées pour une question financière, économique, politique, mais comme dit Jésus, il faut une rencontre en vérité. C’est la première chose à laquelle nous sommes appelés : la prière.

La deuxième chose, par rapport à cet aveugle-né et la crainte du regard des autres, c’est le témoignage. C’est un témoignage simple, pas agressif, mais en même temps, savoir rendre de ce que nous vivons, ni plus, ni moins, d’une manière paisible et fraternelle.

Et pour aujourd’hui, c’est la mort. Lazare a deux sœurs, Marthe et Marie Jésus dit à Marthe : « Crois-tu en la vie éternelle ? » C’est un peu la question qu’on va vous poser le jour de votre baptême. En fait, Marthe répond en récitant son catéchisme. C’est très bien, elle déroutée parce que son frère est mort et Jésus lui dit alors qu’il aurait pu arriver à l’heure : « Crois-tu en la vie éternelle ? » - « Oui, dit-elle, je sais qu’un jour, il va ressusciter ». Elle pense que c’est pour plus tard, que c’est une idée et que ce n’est pas pour maintenant. Ensuite, il y a ce moment où Jésus pleure et cette phrase sur laquelle je vais revenir : « Jésus crie à voix forte : Lazare, viens sors dehors ». C’est une phrase essentielle parce que cela veut que même si la mort semble tous nous frapper, notre condition d’hommes ne se résume pas à être enfermés dans un tombeau. La phrase la plus importante c’est bien sûr : « Je sais qu’un jour, mon frère ressuscitera », mais Jésus reprend cette phrase et dit une affirmation encore plus importante : « L’homme n’est pas fait pour mourir ». Même si la mort physiquement, visiblement, frappe, il y a quelque chose de plus important que la mort ne pourra jamais atteindre, c’est la foi. J’ai parlé pour la première lecture de la prière, ensuite, pour la deuxième lecture, du témoignage, et pour aujourd’hui, c’est la foi. Malgré tout ce que nous pouvons vive ou voir dans ce monde, il y a quelque chose qui ne pourra jamais disparaître, c’est ce lien entre Dieu et nous, et c’est cela la foi.

Je vais reprendre la phrase d’un pape qui va bientôt être béatifié : « N’ayez pas peur ». Ayez confiance.

 

AMEN

 

 

 

 
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