AU FIL DES HOMELIES

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RECONNAÎTRE JÉSUS

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

(2 avril 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

rères et sœurs, que dans l'évangile que nous venons d'entendre qu'il y ait un problème de communication entre les juifs et Jésus, cela ne fait aucun doute. Les juifs veulent savoir si Jésus est le Christ ou pas. Le problème est de savoir ce que l'on met derrière ce mot. Il semble bien que quand un juif demande à Jésus : "Dis-nous si tu es le Christ ?" pour ce juif, le Christ fait référence au Oint du Seigneur, c'est-à-dire un homme parmi les hommes, choisi par Dieu pour mener son troupeau comme le berger mène ses brebis et que par conséquent, Jésus ne serait que le Christ selon les modalités du roi David. Jésus s'évertue à les emmener sur un autre plan et il leur explique que si effectivement, il est le Christ, le Oint du Seigneur, il n'est pas seulement le Christ, mais Dieu. 

       Petit à petit on arrive sur un autre terrain, de plus en plus glissant, où l'on va passer de la confession de foi au problème de la morale et des actes. Si l'on écoute tout ce discours, il en ressort que ce que les juifs reprochent à Jésus ce n'est pas tant de faire des miracles, mais c'est de le faire dans l'idée de proclamer qu'il est l'égal de Dieu. C'est cela qui pose problème. Que Jésus soit un bon juif et que par conséquent, il s'attache à faire de bonnes œuvres, suivre la Loi de Moïse et vivre le mieux possible le Décalogue et toutes les lois qui en découlent, très bien. Que Jésus, encore une fois se mette à guérir, pourquoi pas ? Le monde entier de l'époque, comme maintenant est rempli d'hommes et de femmes qui sont ce qu'on appelle de guérisseurs. Là où le bât blesse, c'est quand la personne qui fait tout cela se met à affirmer qu'il est Dieu. C'est là que la plupart des juifs ne vont pas suivre Jésus. 

       Nous, nous sommes de bons chrétiens, nous avons suivi la catéchèse, l'ancienne et la nouvelle, tout est parfait, on nous a toujours rabâché : Jésus, Fils de Dieu. Mais il faut comprendre qu'avant d'en arriver à cette confession à laquelle nous sommes tellement habitués, il a fallu beaucoup de travail. Quand on écoute un petit peu nos contemporains, on  se rend compte que pour beaucoup d'entre eux, Jésus n'est pas le Fils de Dieu. Jésus est peut-être quelqu'un qui travaille à l'œuvre du monde, c'est peut-être quelqu'un de très bien, qui donne des repères, parce qu'il dit ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire, mais pour beaucoup de nos contemporains, Jésus c'est un peu, le "Che". C'est celui qui va peut-être améliorer le monde, améliorer nos problèmes ou ceux de la société. Mais Jésus dit : il n'y a pas que cela ! moi, je suis le Fils de Dieu. 

       Ce que je trouve assez beau dans ce dialogue, c'est que Jésus sait à la fois se montrer compréhensif, et en même temps, Jésus ne lâche rien de la vérité. D'une part, il dit bien qu'il est le Fils de Dieu et qu'il ne transigera pas là-dessus, mais il est tout de même compréhensif, parce ce qu'il dit à ses détracteurs : d'accord, vous n'arrivez pas encore à croire que je suis le Fils de Dieu, mais au moins croyez à mes œuvres. Il leur laisse la possibilité de grandir, de changer, d'évoluer, de se convertir. 

       Je crois que c'est intéressant pour nous au moins à deux titres. D'abord bien sûr dans notre relation à Dieu, dans la manière même où éventuellement nous aurions à évangéliser les autres. Est-ce que de but en blanc, nous voulons absolument leur fourrer dans le crâne la confession de foi, ou au contraire, est-ce que nous sommes assez attentifs à la fois pour ne rien lâcher, et en même temps pour accompagner l'autre sur son chemin qui et le sien, quitte à ce que cela prenne du temps et que cela passe d'abord par les œuvres, ce n'est déjà pas si mal ! 

       Dans un deuxième temps, et c'est plus à proprement humain, pour parler d'une communauté paroissiale, familiale, nous jugeons souvent sur l'identité de la personne, mais nous ne devons pas non plus oublier de juger sur les actes. Il est quelquefois assez facile de passer à la moulinette de la critique la personne, exactement comme le font ces gens envers Jésus et à qui Jésus répond : d'accord, vous ne comprenez pas qui je suis, mais arrêtez-vous au moins à mes œuvres. 

       Je crois que c'est ce que nous avons aussi à faire avec ceux qui nous entourent. Ils ne sont pas parfaits, ils sont aussi pécheurs que nous, mais nous avons peut-être à commencer à les juger sur leurs actes. Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de reprendre ensemble à la fois cette confession de foi qui nous semble si évidente, avec les préoccupations de ce monde qui nous semblent si bouleversées actuellement. 

 

AMEN 

 

 
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