AU FIL DES HOMELIES

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CROYEZ EN MES ŒUVRES

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – A

(9 avril 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

S

i je fais les œuvres de mon Père, quand bien même vous ne Me croiriez pas, croyez en ces œuvres !"

Dans les passages de l'évangile de Jean que nous lisons ces temps-ci, il est question de façon per­manente, d'un débat entre Jésus et les juifs (c'est-à-dire essentiellement les autorités du peuple à Jérusa­lem), débat qui porte sur le problème fondamental de savoir qui est le Christ. Peut-être que pour nous, au­jourd'hui, quand nous disons : "Jésus Christ est le Fils de Dieu, Il est Dieu Lui-même" nous ne nous rendons pas assez compte de la difficulté qu'il y avait à affir­mer une telle chose.

Pour un juif, Dieu est Dieu, et l'homme est l'homme. Et dire d'un homme ou reconnaître d'un homme qu'il est Dieu, c'est tout simplement une monstruosité, ce qui s'appelle un blasphème. C'est mélanger l'homme et Dieu. Par conséquent, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de se trouver en face de quelqu'un de chair et de sang et de dire : "Tu es Dieu !" C'est plus que de la folie, c'est plus que de la maladie mentale, c'est l'horreur absolue, c'est le mélange entre le créé et le Créateur, entre Dieu et ce qui n'est pas Dieu.

Par conséquent, il est bouleversant de voir à quel point les auditeurs de Jésus que Jean appelle "les juifs" en général, il est bouleversant de voir à quel point, à la fois, ils se posent la question tout à fait étonnante, et en même temps combien ils sont embar­rassés pour accepter une quelconque identification de Jésus comme Dieu. En réalité, ce personnage de Jésus les dérange tellement, dans ses déclarations, dans les gestes qu'Il pose, que, comme le disait Nicodème, ils sentent bien qu'il y avait un mystère. "Nous sentons bien que Tu viens de la part de Dieu !" Mais en même temps, il y a quelque chose de radical qui empêche d'accepter que Jésus soit vraiment le Fils de Dieu.

Et tout se passe comme si, dans cet évangile, Jésus tendait une passerelle, comme s'Il disait : C'est sûr que vous avez du mal à croire que je suis Dieu, que je suis Fils de Dieu. Je comprends bien la diffi­culté qu'il y a pour vous. Cela frise le non-sens. Mais au moins, essayez de comprendre ce que je fais. Dire que je suis Dieu, c'est vrai, c'est terriblement dur pour vous. Mais essayez au moins de réaliser les œuvres que je fais. Quand je guéris l'aveugle-né, je porte l'humanité à la véritable lumière de Dieu, quand je ressuscite Lazare d'entre les morts, c'est dire que, l'homme voué à la mort, je le fais vivre pour Dieu, quand je guéris le pauvre homme qui reste toujours sur le bord de la piscine, tous ces signes, de quoi sont-ils signes ?

A la limite, c'est comme si le Christ disait : Après tous, que vous le reconnaissiez comme Dieu, cela viendra bien un jour, mais au moins pour 1'instant, essayez de voir la signification de ce que je fais, et si vous voyez la signification de ce que je fais, vous verrez que cela ne peut renvoyer qu'au Père, cela ne peut renvoyer qu'à Dieu. Peut-être que vous avez du mal à reconnaître que je suis Dieu, mais reconnais­sez que mon agir est tout entier pour Dieu. Et alors, quelle sera la démarche ? C'est comme si Jésus leur disait : Quand vous aurez compris à quel point ce que je fais est complètement et totalement le reflet de ce que le Père veut faire par Moi, quand vous aurez compris à quel point mon action m'unit au Père, me joint au Père, parce qu'elle est totalement conforme à ce que le Père veut, parce qu'elle est totalement conforme à ce qu'Il veut que je fasse, à ce moment-là vous comprendrez que si j'agis tellement conformé­ment à la volonté du Père, c'est que le Père et Moi nous sommes un.

C'est cela la "perche" que Jésus tend au peu­ple juif en lui disant : C'est sûr que cette proclamation de ma divinité ne peut pas naître spontanément dans une sorte d'assentiment de foi naturel et sans pro­blème, mais faites le chemin que je vous propose, suivez ce que je fais, et vous en arriverez à reconnaî­tre ce que je suis.

Pour nous, aujourd'hui, la plupart du temps, il nous est un peu facile de reconnaître que Jésus est Fils de Dieu. On le dit parce qu'on l'a appris depuis tout-petit. C'est bien d'ailleurs, car il vaut mieux dire la vérité. Mais nous ne réalisons pas toujours l'exigence et le paradoxe extraordinaire de ce que cela recouvre. Et je suis sûr que si nous nous étions trouvés face à face avec Jésus, d'homme à homme, (si je puis dire), il nous aurait été extrêmement difficile de dire : "Tu es le Fils de Dieu !" Nous n'imaginons pas à quel point cela a dû être difficile pour Pierre de confesser "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" le Christ ne se fait pas d'illusion là-dessus car Il lui dit : "Tu ne l'as pas trouvé tout cela, c'est mon Père qui te l'a soufflé !" Mais précisément, nous avons une pédago­gie pour arriver à reconnaître que Jésus est vraiment Fils de Dieu. Il faut que nous voyons ses œuvres en nous. Il faut que nous voyions la manière dont Il agit en nous. Il faut que nous voyions la manière dont, patiemment, de jour en jour, Il nous conduit au Père. Reconnaître Jésus, c'est reconnaître qu'Il est le seul capable de nous conduire au Père. C'est par là que ça commence, et la plupart du temps, nous n'y faisons pas assez attention, nous ne voyons pas l'œuvre de Dieu, de Jésus en nous. Nous ne voyons pas qu'Il œu­vre à cause du Père et pour le Père, qu'Il travaille uni­quement pour le Père. Nous ne voyons pas assez que ses œuvres, en nous, nous conduisent à son Père. Et c'est cela, la plupart du temps, qui pourtant, devrait être le véritable chemin de la reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ.

Trop souvent, nous voyons 1'œuvre de Jésus comme une sorte de pure amélioration de nous-même. Nous avons l'impression, si je puis dire que Jésus "roule pour le monde" pour l'améliorer, pour le rendre meilleur. Mais c'est un peu une erreur, c'est une vision très superficielle des choses, car en réalité, Jésus ne travaille pas "pour le monde", mais Il travaille "pour son Père". Et c'est dans la mesure où nous sommes capables, progressivement, de voir à quel point le Christ nous rapproche du Père, qu'à ce mo­ment-là nous pouvons nous rendre compte que le seul qui puisse nous rapprocher du Père à ce point-là, doit aussi être "Un" avec le Père et donc Il doit être Dieu. En nous aussi, il y a une reconnaissance progressive de tout ce que veut dire : "Tu es le Fils de Dieu !" quand on s'adresse à Jésus. Ce n'est pas donné comme cela, simplement quand on le professe dans le Credo. C'est bien de le professer, mais il faut en réaliser tou­tes les exigences.

La plupart du temps, pourquoi notre foi est-elle si faible, si vacillante ? C'est parce que nous ne sommes pas assez attentifs à voir comment le Christ agit. Nous ne voyons pas les œuvres, nous sommes comme les juifs. Alors, je crois que ces derniers mo­ments qui jalonnent notre itinéraire de carême, ces derniers moments qui vont nous amener vers la Se­maine Sainte, où nous verrons vraiment "l'œuvre" du Christ. Quand Il donne sa chair et son sang, quand Il est intronisé comme Messie à Jérusalem, quand Il meurt pour nous sur la croix, quand Il ressuscite, il faut que nous voyions, en vérité, ces œuvres-là, non pas simplement comme le moyen de nous améliorer, mais vraiment comme le moyen radical dans lequel le Christ, se donnant totalement à nous, se donne à nous, pour nous conduire au Père, pour mieux nous enraci­ner dans l'amour de son Père. Alors, à ce moment-là, comprenant que Lui et le Père ne font qu'un, nous verrons à la fois, où nous sommes conduits, à Dieu notre Père, et par qui nous sommes conduits, par Jé­sus le Fils unique du Père, vraiment Dieu, lumière née de la lumière.

 

AMEN

 

 

 
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