AU FIL DES HOMELIES

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LA PAROLE DE DIEU DANS NOTRE VIE

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

Jeudi de la cinquième semaine de carême – A

(5 avril 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

M

es brebis écoutent ma voix, elles Me connaissent !" Il ne suffit pas d'écouter la voix du pasteur pour le connaître. Les juifs n'avaient d'oreille que pour ce que le Christ disait et ce qu'Il faisait. Ils le savaient parfaitement depuis le temps qu'ils le "filaient". Jésus ajoute cette parole à propos de la connaissance de ce qu'Il est : "Mes œu­vres me rendent témoignage !" Il y a donc une connaissance réelle et nécessaire du Christ comme Parole de Dieu, à travers ses œuvres, à travers ce qu'Il fait, à travers ce qu'Il accomplit. Et peut-être que les juifs ont eu cette connaissance, tant et si bien qu'ils ont reconnu que ce qu'Il faisait, Il ne pouvait l'accom­plir que parce qu'Il venait "de Dieu". Et ceci fut un motif de la poursuite quasiment judiciaire qu'ils ont effectuée avec le Christ pour le conduire jusqu'à la mort.

Nous sommes, nous chrétiens, pratiquants plus que réguliers, plus que chaque dimanche à l'écoute de la Parole de Dieu, chaque fois que nous l'entendons dans l'eucharistie, chaque fois que nous la lisons personnellement dans la prière. Mais cette Pa­role de Dieu cette Parole qu'est le Christ, pour en avoir une connaissance vraie, il faut aussi la découvrir dans ses œuvres. Ou plus exactement il faut accepter qu'elle vive dans nos œuvres, qu'elle fasse vivre notre vie pour que nous y reconnaissions, non pas notre œuvre mais l'œuvre même du Christ.

Souvent les chrétiens disent qu'il y a comme un fossé, une incompréhension entre telle parole de l'évangile et telle situation de leur vie. Mais ceci est un "effet d'optique", cela n'existe pas. Tout simple­ment il y a un manque de connaissance réelle de la Parole de Dieu qui n'est pas uniquement ce qui est écrit dans l'évangile, et pas d'abord cela, car Claudel disait que "la Bible, ce n'est qu'un livre, ce n'est que du papier !" mais il y a une Parole de Dieu qui est inscrite profondément dans notre œuvre, dans notre vie, dans le quotidien même qui tisse nos travaux et nos jours. Et la lecture de la Parole de Dieu, l'écoute de la Parole de Dieu n'a pas d'autre but que d'ouvrir nos yeux pour la reconnaître là où elle vit vraiment, c'est-à-dire là où elle nous conduit en vérité vers ce que nous sommes, en tant que Fils de Dieu, marchant vers le Royaume. Il y a une attention, une intelligence spirituelle de notre cœur, de nos facultés intérieures qui doivent s'habituer à discerner la présence réelle de la Parole écoutée dans la chair même de notre vie. "La Parole se fait chair !" Et c'est dans la chair qu'elle habite parmi nous. "Le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous !"

La logique de l'Incarnation est la logique même de notre connaissance en vérité de ce qu'est le Christ pour nous. Tant que nous en restons unique­ment à l'écoute auditive ou à la connaissance abstraite ou intellectuelle, le Verbe ne s'est pas encore fait chair. Nous ne lui avons pas encore permis d'œuvrer son œuvre et son travail de rédemption dans notre propre cœur. Ceci nous amène à un tout autre regard sur nous-même, où nous ne serons pas à mesurer la distance entre la Parole entendue et notre vie, mais où nous serons tellement attentifs à creuser toutes les épaisseurs de notre vie que nous y découvrirons la Parole de Dieu entièrement déposée, antérieurement déposée de par notre baptême, de par la confirmation de notre baptême, et de par cette immensité de grâce que Dieu ne cesse de nous faire et auxquelles nous demeurons si souvent des gens qui ne les volent pas, des aveugles.

"Les œuvres que je fais me rendent témoi­gnage" Ce témoignage, le Christ le fait en vous, en nous. Mais sommes-nous assez attentifs à cette Parole incarnée qui monte en nous ? qui se manifeste en nous, qui se révèle en nous, pour croire réellement que le Christ est le Fils de Dieu ? A ce moment, nous entrerons beaucoup plus facilement dans cette tâche qui nous apparaît si difficile qui est l'adoration. L'ado­ration viendra spontanément en nous dans la mesure même où nous découvrirons ce que Dieu œuvre en nous. Nous n'aurons plus à craindre les fournaises ardentes, quelles qu'elles soient et quelle que soit leur ardeur puisque nous verrons, au milieu de nous, ce que les trois jeunes gens dans la fournaise ont vu : un quatrième qui leur permettait de connaître la fraîcheur de son œuvre rédemptrice là même ou la fournaise de feu devait les condamner et les mener a la mort.

Que cette eucharistie qui est la Parole de Dieu faite chair ouvre dans notre cœur le chemin où nous reconnaissons que notre chair est déjà l'œuvre du Christ, que notre vie et notre être est déjà l'incarnation de l'œuvre rédemptrice du Christ. Et à ce moment-là l'eucharistie sera vraiment "action de grâces" et louange.

 

 

AMEN

 

 
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