AU FIL DES HOMELIES

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JE DONNE MA VIE

Dn 3, 13-20+46-52+91-92+95 ; Jn 10, 17-39

(24 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

 

Auzon : Christ roman du XIIème siècle
Détail du Visage 

L

'affrontement entre Jésus et les juifs devient de plus en plus intense. Ce sont vraiment les problèmes de fond qui sont abordés. Jésus dit clairement : "Le Père et Moi, nous sommes un " et les juifs comprennent très bien puisqu'ils apportent des pierres pour le lapider parce que, disent-ils :"Tu blasphèmes. Toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu". C'est d'ailleurs le motif que donnera le grand-prêtre à Pilate quand il demandera la mort de Jésus : "Cet homme se fait l'égal de Dieu et dans notre loi un tel blasphème doit être puni de mort." C'est parce que Jésus a revendiqué l'égalité divine avec le Père qu'Il a été mis à mort.

       Cette égalité avec le Père, Il ne l'a pas revendiquée comme un trophée de gloire, comme une manière de se mettre au-dessus des autres ; Il l'a revendiquée au plan même du salut. C'est en tant qu'Il nous sauve que Jésus se manifeste comme Dieu. Deux phrases symétriques sont proclamées par Jésus : "Je connais mes brebis, elles ne périront jamais parce que personne ne peut les arracher de ma main,"  et tout de suite après : "Personne ne peut rien arracher à la main du Père." C'est dire que cette protection contre laquelle il n'y a rien qui puisse se lever, cette protection parfaitement certaine et solide que Dieu exerce à l'égard de ceux qui sont ses enfants, cette protection est inébranlable. On ne peut rien arracher à la main du Père parce que le Père est père, parce que le Père est Dieu parce que Dieu nous aime avec ce cœur de Père et que, à son cœur de Père, rien ne peut être arraché de ceux qu'Il aime. Et cette protection que Dieu exerce auprès de nous, Il la donne équivalemment au Fils, et en cela la divinité du Fils se manifeste comme égale à celle du Père : "Personne ne peut rien arracher à ma main", car la main du Fils c'est la main du Père. La protection du Fils c'est la protection du Père. Le salut donné par le Fils c'est la volonté de salut qui est dans le cœur du Père.

       C'est pour cela que le Christ a été crucifié, c'est pour cela que le Christ a été mis à mort, parce qu'Il a revendiqué le pouvoir de nous sauver, le pouvoir de nous arracher au mal et à la mort, sans que rien ne puisse nous arracher à sa main qui nous protège. Mais cette mort le Christ va la dominer. Il n'est pas l'esclave de la mort. Il s'y soumet librement, volontairement, par amour pour nous ; non par nécessité, non pas parce qu'elle lui serait imposée, non pas parce qu'il ne pouvait pas l'éviter, mais parce qu'Il l'a voulue. Il a voulu mourir par amour pour nous. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime !" Le Christ a manifesté le plus grand amour en donnant sa vie pour nous parce qu'Il nous aime. Et cette vie, précisément parce qu'il la donne par amour, Il ne peut pas la perdre, Il ne peut pas être esclave de la mort : "J'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre." J'ai le pouvoir de donner ma vie en acceptant d'être élevé sur la croix. J'ai le pouvoir de reprendre ma vie en ressuscitant : "Personne ne me l'enlève. Je la donne de Moi-même."

       Nous sommes là au centre le plus secret, le plus profond de ce drame de la Passion. Le Jeudi saint nous concentrerons notre méditation sur cette liberté avec laquelle le Christ entre dans la mort et donne sa vie. Nous célébrerons l'eucharistie par laquelle le Christ, avant d'être arrêté, donne son corps livré pour nous, donne son sang versé pour nous, s'offrant en sacrifice avant que les hommes aient mis la main sur lui, s'offrant librement. L'eucharistie c'est le sacrifice libre de celui qui meurt parce qu'Il le veut. Nous célébrerons aussi l'agonie de Jésus à Gethsémani durant laquelle Il dit librement : "Père ! que ta volonté soit faite ! S'il est possible, que cette coupe passe loin de moi, mais non pas comme je le demande mais comme tu le veux !" Là aussi le Christ accepte librement, volontairement de boire cette coupe, de boire ce calice de sa passion et de sa mort.

       Au moment où se nouent tous les fils de ce drame, regardons vers la croix du Christ, regardons vers ce sacrifice offert librement, par amour pour nous. Regardons avec espérance vers celui qui peut nous donner la vie puisque Lui-même a donné sa vie pour nous, afin de la reprendre et de nous redonner, à nous aussi, victoire sur la mort.

       AMEN

 

 
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